BT DES ENGORGEMENTS LAITEUX DU SEIN
Sommaire, — § I'^ De la galactorrhée et de son traitement. — Définition. — Synonymie. — Opinion de Boerhaate et de P. Frank.
Obeervntion clinique de galactorrhée suivie de réflexions.
Faits analogues emprantés à divers auteurs ( Sauvage, Haller, Boerhaave, Van Swieten, Tissot, Puquet, Green (de New-York), Hank, Amelung, Petrequin, Depaul).
Traitement appliqué par Pierre Frank.
§ II. De l'emploi du chlorhydrate d'ammoniaque dans les engorgements laiteux du sein et dans les engorgements lymphatiques.
Messieurs ,
Le mot de galactorrhée ou galactiiThée a été appliqué par quelques auteurs à toutes les anomalies de la sécrétion lactée; ils ont décrit sous ce nom ces cas exceptionnels de flux laiteux observés chez des enfants des deux, sexes, chez des hommes, chez des jeunes filles impubères, chez des femmes avancées en âge, et longtemps après la ménopause. Pierre Frank, se plaçant à un point de vue exclusivement médical, appelle galactorrhée tout flux laiteux capable d'épuiser les forces, quelle que soit d'ailleurs son abondance.
Je ne crois devoir adopter ni Tune ni Tautre de ces opinions. Ces exemples de production de lait en dehors des conditions habituelles, s'il n'en résulte aucun trouble dans la santé, constituent des anomalies physiologiques plutôt que des maladies. D'une autre part, doit-on, avec Frank, faire rentrer dans la galactorrhée un flux qui n'ofl're rien d'à-
(i) Leçon publiée dans le Bulletin de thérapeutique et dans les Afxh, gin, de médecine, 1856.
normal dans sa quantité, dans ses qualités et dans les circonstances de sa production, par cela seul qu'il devient une cause d*épuiseraent ou de maladie quand il se développe dans des conditions de prédisposition ou d'imminences morbides ? Je ne le pense pas; autant vaudrait rattacher à la spermatorrhée les conséquences fâcheuses que peut entraîner Tusage du coït chez des sujets débilités.
Je crois devoir désigner sous le nom de galactorrhée ou diabète laiteux, comme 1 appelait ingénieusement Boerhaave, une sécrétion anomale du lait entraînant par son abondance des désordres dans la santé, et c'est ce double caractère d'anomalie dans la sécrétion et d'altération (consécutive de l'organisme qui me paraît constituer et définir cette affection. Ainsi limitée, la galactorrhée est une affection rare. J'ai compulsé beaucoup d'ouvrages et de publications périodiques, et je n'en ai pu réunir qu'un petit nombre d'exemples. Cette rareté m'a déterminé à publier le fait que j'avais eu sous les yeux, et qui avait été pour moi l'occasion de ces recherches, bien qu'il soit très-incomplet et me laisse» regretter beaucoup de détails que je n'ai pas pu me procurer.
Madeleine Maucor, âgée de vmgtans, a joui jusqu'à sa première grossesse d'une santd parfaite ; elle accoucha à terme ; l'accouchement fut rapide et heureux; la fièvre de lait fut accompagnée d'un développement considérable des seins ; la sécrétion lactée fut si abondante dès les premiers jours, que^ le nourrisson ne pouvant suffire à l'épuiser, cette jeune femme donnait à teter aux enfants du voisinage. Bientôt le lait s'écoula continuellement sans succion, le sein devint le siège de douleurs et de plusieurs abcès successifs; mais, après de vives souffrances, ces accidents se dissipèrent assez i-apidement, la glande s'affaissa, et la sécrétion se tarit. Cependant la mamelle droite continua à se développer outre mesure, et, quoique la malade eût cessé d'allaiter, son lait continua de couler continuellement, de telle sorte qu'elle en perdait jusqu'à sept litres par jour.
Plusieurs médications furent inutilement mises en usage pour combattre cette affection. On lui prescrivit, sans succès, des purgatifs répétés, des diurétiques, des bains, etc. Depuis plusieurs mois cette femme dépérissait et allait chaque jour s' affaiblissant, lorsqu'elle me fut présentée aux Eaux- Bonnes par mon ami le docteur Tarras, de Pau. Je fus frappé de la maigreur et surtout de la pâleur extrême de la malade ; sa peau était d'un blanc mat, sèche et complètement décolorée, ainsi que les muqueuses labiales et gingivales. Elle tenait suspendu dans un sac de toile goudronnée son sein droit, très- volumineux, qui descendait jusqu'au niveau de la dernière fausse côte, et baignait dans le liquide qui s'écoulait de différents points de sa périphérie. Le mamelon, très-aplati, présentait au centie une dépression assez
profonde où l'on apercevait directement trois orifices donnant issue à un lait blanc et épais. L'aréole, considérablement agrandie, oflrait une coloration d'un rouge très-vif^ la partie inférieure de la mamelle en contact avec la paroi thoracique était très-rouge ; la peau était érodée en deux endroits d'où s'écoulait un liquide semblable à du petit-lait; la glande mammaire était dure, bosselée, douloureuse à la pression. Cette malade éprouvait tons les jours des mouvements fébriles, sa soif était vive ; elle perdait encore dans les vingt-quatre heures quatre Tîtres de lait; ses imnes étaient un peu plus albondantes que de coutume; chauffées avec de la potasse, elles m'cffit éNmé une oolortftron foncée cfm 8em4l»iart y accuser la présence d'une oei*tetne quantité de ■sucre. Cependant, privé de moyens d'ainalyse plus eonciuants, je ne puisiôen af^firmer k cet égard.
Depuis quelque temps il était survenu «ne toux sèche, peu fréquente^ sans expectoration. L'examen attcnitif de la poitrine ne me fit constater autre chose qu'un peu de rudesse du bruit respiratoire, avec expiration prolongée au sommet du poumon droit; les vaisseaux du cou étaient le siège d'un bruit de souffle continu,. énorme, éclatant.
Je fis à cette malade la prescription suivante :
Prendre cliaque jour et pendant les repas 1 demi-litre fle décodion de queues de cerises additionnée de 5 gramjjnes de bicarbonate de soude; deux fois par jour, une des pilules :
Pratoiodiire 'éc ifer , . • . ^ ^ i -^^ ^
} aa 2 frammes.
Linaille de 1er porpbyrisée. . . • m. • )
Miel q. s. pour 20 jululos.
Tous les matins, frictions sur tout le corps avec une brosse de crin. Appliquer .sur le sein des coo^presses imbibées d'eau blanche, et le coin> iprimei* légèrement avec une bande de toile.
Le soir, en se couchant, ^ centigr« de poudre de Dower. 12 bains .sulfureux.
Mes^^nseils Aurent suivis avec exactitude, et jappris de M. le dookan* Tirras qu'^m bout d'un mois, -oeUie malade était cotBQj^temeut guéra4\ ifie ile som avait rapris son volume aoranal, que sa sécuéiioB était Uivit\ H -cfue cett« jecme femme avait reoovvné la plénitsde de sa santé.
En étudiant la succession ^des phénomènes observa chex crnxr malade, nous voyons une sécrétion normale devenir morbide par son abondance sous l'influence d'une cause indéterminée; Vorganc sécréteur, par le fait même de cette activité fonctionnelle exagérées augmente progressivement de volume, comme augmente le plus sou-
vent le volume du rein dans le diabète sucré, auquel Doerbaave a comparé Taffeclion qui nous occupe. Nous retrouvons dans celle-ci, comme caractère qui renforce cette analogie, non-seulement un flux sécrétoire plus copieux, mais encore la déperdition abondante d'un principe dont la production et les transformations paraissent se lier intimement aux fonctions de nutrition et d'hématose : c'est le .principe sucré. Sans doute la glycose n'est pas absolument identique avec le sucre de lait, mais ce sont deux corps isomériques dont les légères difféi*ences ne paraissent pas infirmer la valeur pathologique du rapprochement que je fais ici d'après Boerhaave, et sur lequel Pierre Frank insiste après luL
Cependant, hàtons-nous de le dire, il reste toujours entre ces deux affections une grande et radicale différence; c'est que dans runeTexorétiou du sucre est un phénomène essentiellement morbide qui se rattache toujours à des troubles profonds de l'organisme, tandis que l'autre n'est ne quelque sorte que l'exagération ou l'inopportunité d'une sécrétion normale, et n'exerce pas toujours sur la santé une influence aussi fâcheuse. Quelle que soit la condition de sa production, ce flux, une fois établi, amène une altération rapide de réconomie ; elle se traduit par Tamai- ^issement, par la décoloration des tissus, par la faiblesse musculaive, par Y épuisement, en un mot, expression vulgaire qui exprime ^ résume l'ensemble des phénomènes morbides observés chez cette femme. Comme cela arrive souvent dans les cachexies, et spécialemenl dans celle qui est consécutive à la glycosurie, les organes respiratoînes subissent le retentissement de cette altération générale. Au milieu de cette débilitation si favorable au développement des produits bétéromorphes, quelques signes peuvent faire craindre qu'un travail 4e oe genre ne menace le poumon ; la sécheresse de la peau accuse le troubie de ses fonctions, et les facultés digestives s'allanguissent.
En présence d'un état morbide aussi complexe, l'indication dominante était évidemment de tarir ce flux, qui épuisait la malade; il.fallait, en outre, s'efforcer d'atteindre, s'il était possible, l'état de J'organisme qui avait préparé et qui entretenait cette sécrétion inmiodérée ; il fallait réparer les forces et imprimer aux fonctions nutritives altérées une meilleure direction.
Pour relever l'activité des forces digestives, les ramener à leur type et à leur direction normales, j'ai prescrit à oette malade, avec un régiaie analeptique, ime solution de «ffl de Vichy €fi des pilules de protoiodupe de fer. Les alcalins ont été plusieurs fois employés avec succès dans le diabète, et, sans accepter les explications chimiques qu'on a données
de leurs effets, il me parait incontestable qu'ils favorisent, dans beau coup de cas, les fonctions de nutrition et d*héinatose (1). Le fer agit dans le même sens, et dans son composé iodique je trouvais l'avantage de lui ajouter une substance dont on a constaté l'action atrophiante sur les organes glanduleux, et sur la mamelle en particulier. Pour exciter l'action des autres émonctoires et tâcher d'y produire une dérivation utile, après avoir sollicité l'action du rein par les boissons indiquées plus haut qui jouissent de propriétés diurétiques, j'ai conseillé des bains minéraux, des frictions quotidiennes avec une brosse de crin, moyen énergique qui m'a rendu service dans beaucoup de circonstances, et dont l'action stimulante ne me parait pas bornée au tissu cutané, mais m'a semblé, par l'intermédiaire des nerfs périphériques, retentir quelquefois jusqu'aux centres nerveux; enfin j'ai fait sur la glande ellemême des applications résolutives, aidées d'une compression légère, telle que le pouvait permettre l'extrême sensibilité dont cet organe était le siège, pour diminuer son volume et y modérer l'afflux du sang.
Quelle part faut-il attribuer à chacun des éléments de cette médication dans le résultat si rapidement obtenu ? C'est ce qu'il n'est pas possible de dire. Je sens toute la justesse des critiques adressées aux traitements complexes au point de vue de l'expérimentation thérapeutique, mais je n'en reste pas moins convaincu que dans un grand nombre de maladies, surtout dans les affections chroniques, et plus encore dans celles qui sont accompagnées d'un état cachectique, il est rare qu'on puisse triompher du mal à l'aide d'un seul moyen, et le plus souvent il faut toucher l'organisme par plusieurs côtés pour le ramener à ses conditions d'équilibre. Comme je l'ai déjà dit, le résultat a répondu à mon attente; plusieurs médications énergiques avaient été employées sans succès, et là me parait être le principal intérêt de ce fait.
Les exemples analogues sont fort rares dans les auteurs; je n'en ai mnconlré qu'un très-petit nombre, et je vais les analyser :
Dans les Éphémèrides des curieux de la nature (2* décade, an II, p. 99) on raconte qu'une femme enceinte fut, depuis le cinquième mois de sa grossesse, incommodée par un flux laiteux dont la quantité s'élevait à une livre et demie cha(juo jour. On lui pratiqua trois saignées ; des liga-
(1) Ceci était écrit en 1856, alors que beaucoup de médecins arBrmaient que Tusage des sels sodiques amenait la déglobulisation et l'anémie. Des expériences toutes récentes de mon ami le docteur Tupier tendent à prouver que si^ dans certaines cachexies, les sels sodiques à haute dose peuvent être nuisibles, dans d'autres conditions^ ils augrmentent d'une manière très-notable le chiffre des globules dans le sang.
tares fui'ent appliquées sur les membres inférieurs; on restreignit la dose de ses aliments, on lui prescrivit de rexercice en plein air. Le flux fut réduit à une demi-livre, et cette femme accoucha à terme d'un enfant vigoureux.
C'est à ce fait sans doute que fait allusion Sauvages dans sa Nosologie^ t. V, quand il dit : Visœ sunt mulieres quœ qutnio graviditatis mense Ubram et semtssem lactis quotidie fundebant.
On lit dans le même recueil (décade 11, an V, p. &75) Tobservation d'une femme qui perdait chaque jour 3 pintes de lait, outre celui qu'elle fournissait à son nourrisson ; une autre, après avoir bu 6 livres de lait de chèvre, sentit un tel afflux vers ses mamelles qu'elle était à peine soulagée par les nombreux enfants auxquels elle ofl'rait son sein ; ut pêne rupta œgre a numerosis puerisj uberibus admotis^ levaretur. (Ces derniers faits ont été cités par de Haller dans le ?• volume de sa Physiologie, 2« partie, p. 24.) On trouve dans les Prœlectiones academicœ, rédigées par le même auteur (t. III, p. 303, § 380), le cas observé par Boerhaave, qui le premier donna à cette affection le nom de diabète lacté : a Une femme de Dordrecht avait été enceinte ou nourrice pendant douze années consécutives sans interruption ; elle finit par être affectée d'un diabète laiteux, de sorte que toute la nourriture qu'elle absorbait s'échappait de ses mamelles sous forme de lait, sans aucune succion. Buvait-elle une livre de bière, elle perdait par les seins à peu près la même quantité de lait, maladie pénible dont elle ne fut délivrée qu'au bout de neuf mois ; jamais ses urines ne continrent de lait Chez d'autres femmes, ajoute le médecin de Leyde, les canaux du rein sont tellement relâchés par Tusage des boissons tièdes ou sous l'influence d'autres causes, qu'ils laissent échapper du lait, et qu'il survient un diabète laiteux, promptement suivi d'un épuisement mortel. » Boerhaave prétend expliquer ce résultat par la différence de dilatabilité des conduits uriiiaires et laiteux. H confond ici deux maladies essentiellement différentes. D ailleurs M. Rayer a justement contesté l'authenticité de ces mines laiteuses : ce savant médecin pense que, dans le plus grand nombre des cas, et peut-être dans tous, on a désigné sous ce nom des urines qui contenaient des matières grasses ou du pus.
Van Swielen (t. IV, p. 572) cite l'observation d'une femme chez laquelle les mamelles étaient le siège d'un écoulement de lait continuel et incommode qui persista plusieurs semaines, bien qu'elle eût cessé d'allaiter son enfant ; un amaigrissement rapide en fut la conséquence ; après plusieurs remèdes infructueux, elle fut guérie sous l'influence de
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radministration de la sauge à doses répétées toutes les trois heures.
Tissot (t. VIII, p. 185, édition de HalIé) dit avoir vu deux exemples de diabète mammaire chez des femmes qui n'avaient pas nourri : « L'une, dit-il, fut une femme de ce pays, que cet écoulement, qui dura plus de huit mois, jeta dans un épuisement dont elle ne s*est jamais relevée ; Tflutre, une Française^ qui perdait la vue pendant ses grossesses, et chez qui l'abondance du lait était si grande qu'elle perçait les matelas, les couettes et les paillasses, et qui la conduisit à une mobilité excessive qui subsistait encore bien des années après. »
"Dans les publications récentes, je n*ai trouvé que les indications suivantes :
M. Puquet, médecin à Bourg, adressa à l'Académie de médecine une oi>servation de flux laiteux abondant survenu après l'accouchement, et qui fut tari à l'aide d'une application de sangsues à l'anus (Archives gén. deméd.f 2« série, t. XVI, p. 621).
On lit dans le British and foreign review, t. XX, une observation empruntée à M. Green, de New- York, dont le sujet était une femme de quarante-sept ans, mère de quatre enfants ; elle avait eu le premier à vingt ans, le dernier à trente-trois ans ; la sécrétion du lait n'avait pas odssé depuis son dernier accouchement et augmentait aux époques Bdenstruelles. Cette femme nourrit ses quatre enfants et deux enfants étrangers, qui tous prospérèrent, et sa santé ne subit aucune altération. Cette dernière circonstance devrait faire éliminer ce fait du cadre que je me suis tracé, mais je le mentionne pour montrer que, dans cerlains cas, l'organisme parait s'habituer à cette production anomale, comme dans quelques cas, il s'habitue à des flux sanguins ou muqueux qui finissent même quelquefois par entrer dans ses conditions d'équilibre relatif.
Je dois à l'obligeante érudition de mon collègue et ami M. le docteur Lasègue, les trois faits suivants :
Hank (Journal hebdomadaire de médecine; en allemand Wochenschrift.çXc. 1836) cite le fait d'une jeune femme très-robuste qui, à sa première couche, avait nourri quatre semaines son enfant. A celte époque, vive douleur dans les deux seins qui la forcent à sevrer. La sécrétion lactée pei*siste, malgré la diète et les purgatifs. Le lait coule abondamment, et par intervalles il sort par jet des mamelles, de manière qu'en peu de temps on peut en remplir une cuvette. Amaigrissement, débilité croissante. Guérison après cinq semaines de maladie.
Dans le Journal de Hufeland pour 1828, il y a une observation d'Ame^
lung très-Gurieuse ; il s'agit d'une jeune femme obligée de sevrer par suitd de fisâUi^ du âéin. Con^ltipatioil opiniâtre, galactorrhéé Irèi^bOfl'' dantê. Les toniques Sont employés ^ns suecès et provoquent dé vires douleui*s abdominales ; on administre le calomel à haute do^eâ. Salivation ; pendant toute la durée de ce nouveau flUx, la perte du lait s'àrrété ; elle reparaît après que le ptjalisme a cessé. La galactorrhéé s'arféte spontanément au retour des règles.
Naumann mconte, dans son Manuel de clinique (Handbuch^ 1838)^ le Tait suivant : c Je connais, dit- il, une jeune Temme qui, dans la deuxième semaine de son allaitement, fut prise d'une telle galactorrhéé, que le lait, qui coulait sans interruption toute la nuit, traversait son lit. Un médé* ein prescrivit des diapborétiques* La galactorrhéé se suspendit^ mais il survint des sueurs profuses plus fatigantes pour la malade et qu'il fallut arrêter par les acides minéraux et par le quinquina. Les sueurs cessèrent, la galactoithée reparut presque aussitôt, mais beaucoup moins inteu^ej et surtout d'un seul eùté. La guérison ne fut complète qu'au bout de six mois.
On trouve dans le Bulletin thérapeutique une observation de galactorrhéé beaucoup plus complète que la précédente, publiée par le docteur Pétrequin (de Lyon), et dont je dois encore l'indication au docteur Lasègue :
t<*emme mariée^ firangeusc, âgée de vingt-six ans ; tempérament lympha^ tico-sanguin^ bien constituée.
Lors de son premier accouchement, elle se destinait à être nourrice ; mais, ayant pHs froid, elle fut obligée d'y renoncer au bout de quinze jours; les mamelles devinrent le siège d'un engorgement inflammatoire, et les deux seins s^abcëdèrent. Guërison après trois mois de traitement. Depuis lors le sein droit conserva un volume anomal, il était indolent ; mais, quand elle était en sueur^ il suintait par le mamelon une sérosité blanchâtre dont la quantité augmenta quand elle redevint enceinte, et ce flux fut continu durant le cours de la deuxième gestation. Cette nouvelle couche eut lieu deUx ans après la première; elle fut heureuse; les lochies fluèrent naturellement pendant une semaine. La malade n'allaita pas un seul jour; Técoulement du lait ne tarda pas k s^établir des deux c(ités avec une telle abondance qu'elle en était inondée» La peau des mamelles rougit et s'enflamma dès le sixième jour. Le 30 septembre, vingt et un jours après l'accouchement, elle entra à l'Hôtel-Dieu de Lyon.
Les seins étaient alors très-tolumineUx, distendus, douloureux ; la peau rouge. Comme éry^ipélateils:e,et lematiieloti environné d'Unc auréole de boutons enflammés ; la galadofi'hée continua à être très-forte; il y avait, en
outre, de la céphalalgie^ de la constipation et quelques coliques; il s'y était joint une fièvre tierce, qui était à son quatrième accès; on attribua cette inflammation au contact continu du lait (que la chaleur faisait rapidement aigrir)^ au frottement des vêtements et au peu de propreté de l'accouchée ; du linge propre, des cataplasmes et des lotions émollientes, furent les seuls moyens locaux qu'on dirigea d'abord conti*e elle ; on y joignit des laxatifs^ le petit-lait anti-laiteux de Weiss, qui eurent pour résultat des coliques et du dévoiement.
Un léger accès fébrile ayant reparu, le médecin prescrivit une décoction de quinquina, et la fièvre ne revint plus. Les purgatifs étant impuissants, on essaya des astringents; Talun, l'extrait de ratanhia, la limonade sulfurique, le carbonate de potasse à la dose de 2, puis de U grammes, furent , successivement employés; en même temps, un sachet résolutif fut appliqué sur le sein.
Tous ces moyens restèrent inefficaces, deux vésicatoires appliqués à chaque bras n'eurent pas plus de succès; la malade mouillait deux ou trois draps par jour; le sommeil, du reste, était bon, et les fonctions digestives s'accomplissaient d'une manière régulière ; on eut alors recours aux bains de vapeur, concurremment avec les diaphorétiques (mauve, boun*ache, esprit de Mindererus), et ils amenèrent de meilleurs résultats; le flux laiteux diminua, surtout dans le sein gauche, dès le huitième bain ; les règles reparurent, mais ne firent que marquer , malgré les infusions d'armoise, données à titre d'emménagogues.
Les bains furent continués pendant un mois ; après le vingt-deuxième, le sein gauche était revenu à son état normal ; on y sentait encore quelques nodosités profondes, mais sans douleurs et sans écoulement ; le volume et Thypersécrétion du sein droit avaient diminué aussi ; mais, après avoir fait un pas vers la guérison, la maladie semblait s'être arrêtée et restait à peu près stationnaire ; on y trouvait des nodosités plus sensibles qu'à gauche ; elles paraissaient formées par l'engorgement passif de la glande mammaire; l'écoulement n'était pas continu, et ressemblait à celui delà fontaine intermittente : la sécrétion continuait, les conduits et les réservoirs lactifères se distendaient, tout le sein changeait de forme et de volume, alors un sentiment de pesanteur et de plénitude s'y manifestait; il s'y joignait quelquefois des fourmillements et une ardeur incommode; puis la détente arrivait comme par regorgement, et tout l'appareil sécréteur se vidait pour se remplir de nouveau. Les sachets furent encore appliqués sans résultat; la malade maigrissait, s'attristait, éprouvait une fièvre continuelle, et des tiraillements douloureux dans l'épigastre.
Trois fois depuis l'accouchement, les règles avaient marqué sans se décider ; M. Pétrequin fit appliquer, le U décembre , quatorze sangsues à la vulve, et il y eut une amélioration immédiate, mais qui ne dura que deux jours.
M. Pëlrequin pensa que le meilleur moyen de paralyser localement la suractivité morbide de la mamelle était de la narcotiser par des applica* lions stupéfiantes ; on fit des onctions sur le sein avec de Thuiie de morphine, l'opium fut donné à Tintérieur. Le 15 décembre, après six jours de ce ti*aitement, le volume anomal du sein avait presque disparu^ l'écou* lement aussi : mais il semblait en même temps vouloir renaître à gauche^ où il avait cessé depuis longtemps. Le 16, il suinta du sein gauche quelques gouttes de lait ; on étendit à ce sein les onctions et les embrocations d'huile de morphine. Le 17, on donne 10 centigrammes d'extrait thébaîque en 2 pilules^ et Ton continue durant une semaine. Le 22, la perte laiteuse étant supprimée^ le sein s'engorgea^ et devint le siège de douleurs lancinantes qui gênaient les mouvements du bras. Des applications d*huile de jusquiame calmèrent ces accidents. Le 27, l'éruption des règles paraissait
vouloir se faire ; on la favorisa par des applications de sinapismes aux cuisses; les règles coulèrent avec une abondance normale; c'était la qua« trième apparition.
Le sein gauche ne laissait plus suinter de lait, à peine quelques gouttes s'écoulaient par le sein droit. La malade sortit de l'hôpital^ et dix jours après elle vint voir M. Pétrequin ; elle avait repris sa force et sa fraîcheur, et ne voyait que de loin en loin suinter quelques rares gouttes de lait, qui humectaient à peine son linge.
L'auteur compare cette galactorrhée au flux salivaire qui a quelquefois lieu dans la grossesse.
J'ai cité presque textuellement cette observation, doublement intéressante, et par les détails qu'elle renferme, et par le rapide succès qui suivit l'emploi topique et interne des narcotiques conseillés par le docteur Pétrequin. Celte médication eut-elle obtenu les mêmes résultats dans le cas qu'il m'a été donné d'observer ? On aurait pu la tenter ; mais évidemment l'état de ma malade était beaucoup plus grave, et par Tancienneté de la maladie, et par le développement de la glande mammaire, à peine indiqué dans le fait de M. Pétrequin (ce qui prouve que ses dimensions n'avaient pas frappé son attention), et par l'abondance du flux laiteux, et par les troubles graves que cette perte avait causés dans tout l'organisme. L'appel aux fonctions de la peau a été un élément commun des deux médications : l'opium môme, prescrit à d'autres titres, agit dans cette direction ; mais l'objet principal que se proposait M. Pétrequin en l'employant était de paralyser directement l'irritation sécrétoire, de stupéfier le stimulus qu'il supposait entretenir le flux morbide, d'obtenir, en un mot, une action analogue à celle que ce médicament paraît exercer sur certaines sécrétions morbides des bronches
OU de l'intestin. J'ai dit quelles considérations m'avaient dirigé vers un autre ordre de moyens ; j'ai réussi, mais je ne prétends rien préjuger sur la valeur relative des deux méthodes. Je serais tout disposé à essayer celle de M. Pétrequin, si un nouveau cas de galactorrhée s'oflrait à mon observation, et si le traitement qui m*a si bien réussi une première fois restait inefficace.
Mon excellent ami M. le docteur Depaul m'a dit avoir soigné deux femmes chez lesquelles un Qux laiteux, accompagné d'émaciation et de trouble de la santé, persista opiniâtrement après l'accouchement, en dépit de toutes les médications mises en usage, et ne s'arrêta que sous l'influence d'une nouvelle grossesse.
Pierre Frank cite un fait analogue (traduction de Goudoureau, t II, p. fc7S). Il a consacré h la galactorrhée un chapitre spécial, dont l'ana** lys^ terminera ce travail.
Il fait remarquer que cette affection n'est pas exclusive à la femme, mais qu'on Tobserve chez d'autres mamraifèi'es ; il en décrit les symptômes, et parle de cet écoulement spontané, continuel, qui augmente après les repas, finit par amener des phénomènes de chlorose, et peut entraîner, dans les cas les plus graves, la fièvre hectique et la phthisie pulmonaire. Il ne dit pas sur quelle somme de faits il ^ fondé cette description, et le tableau qu'il a tracé me semble prouver qu'il a eu surtout en vue des femmes chez qui l'allaitement était devenu la cause occasionnelle de maladies, en syoutani h la faiblesse dont elles étaient déjà antérieurement atteinlea ; il recommande de procéder avec prudence dans la suspension de ce flux, suspension qui pour lui cependant Qonstitue la première indication, a II ne faut pas, dit^il, se hâter de pre»^ crire un régime très -substantiel, qui pourrait augmenter encore l'ahondfmce de la sécrétion. )> Il conseille les topiques résolutifs, appliqués à une époque éloignée des repas, et, après que le sein a été dégorgé, des pédiluves tièdes répétés ; il veut qu'on excite les autres sécrétions, surtçiUt celles des reins et de la peau, en administrant des infusions de sureau et de sauge ; il prescrit des sels neutres, à doses modérées ; plus tardi le quinquina, les martiaux, combinés quelquefois avec la myrrhe ; ie régime substantiel. U proscrit les saignées.
On voit que ce traitement ne diffère en aucun point essentiel de celui qui a été institué chez la malade des Eaux^Bonnes, il repose sur les mêmes indications, et je suis heureux de confirmer par l'autorité d'un praticien aussi éminent que Pierre Frank les inductions très-réservées qu'on peut tirer d'une seule expérience.
Si je rencontrais de nouveau un cas de galaclorrhée, et que Tengor^ gement de la mamelle, symptomatique de rbypersécrétion de cette glande, résistât aux moyens que j'ai indiqués plus haut, j'essayerais remploi topique du chlorhydrate d'ammoniaque. Ce sel, qui jouissait autrefois d'une grande réputation et était considéré comme un résolutif puissant, était peu usité à Paris quand j'en repris Tusage, il y a seize à dix-huit ans. J'ai vu souvent, sous rmfliïence de cette médication, disparaître rapidement des engorgements laiteux rebelles, quelquefois môme accompagnés de phénomènes inflammatoires qui semblaient accuser une suppuration imminente ou même commencée. Dans ce dernier cas, j'applique sur le sein malade des cataplasmes arrosés d'une solution de chlorydrate d'ammoniaque. Je fais dissoudre ce sel à la dose de 10 ou 30 pour 100, suivant les cas, dans une décoction de pavots, ou dans de l'eau additionnée de teinture thébaïque. Je ne regarde pas Taddition du narcotique comme indifférente : non-seulement il calme la douleur qui augmente et entretient la fluxion, mais, comme nous l'avons déjà dit, il diminue les sécrétions glandulaires.
Quand les phénomènes congestifs sont moins accusés, je fais faire deâ onctions avec la pommade.:
Axonge , , 30 grammes.
Chlorhydrate d'ammouiaqae à —
Extrait de ciguë , à . —
Camphre 1 — -
S'il y a des douleurs vives, j'ajoute à ces substances l'opium et 1^ belladone ; après les onctions, le sein est enveloppé d'une couche épaisi^Q d ouate, et soutenu par un bandage légèrement compressif.
Nous avons yu dans la salle Saint-Bernard une jeune femme accouchée depuis trois semaines, qui, peu de jours après ses couches, avait eu des gcr-i cures au sein gauche ; ces gerçures devinrent le point de départ d'une lymphangite mammaire. Le travail inflammatoire s'étendit au tissu connectif qui sépare et unit les éléments glandulaires ; il en résulta un vaste abcès auquel on donna issue par une incision. De l'autre^ côté vous avez pu voir une gerçure profonde qui exulcère le mamelon ; cette femme a tente de continuer l'allaitement, mais le sein, incomplètement vide peut- être et souvent congestionné par des efforts de succion que la douleur forçait à interrompre^ est devenu dur, gonflé, douloureux ; on sentait sous la peau, qui était tendue et rouge par places, des agglomérations de conduits sinueux constituées par les vaisseaux galactop bores. J'ai prescrit, chez cette malade, 4^s cataplasmes arrosés d'une solution au dixième de sel ammoniac; ej\
même temps j'ai fait cesser rallaitement, également nuisible, dans ces conditions^ à la mère et à F enfant; car celui-ci était condamné à sucer un mamelon suppurant et le lait d'un sein malade. Je fis prendre un pur* gatif ; je restreignis le régime. Le volume de la mamelle diminua considérablement; elle devint indolente même sous la pression ; cependant on sentait encore à la partie inférieure un noyau d'engorgenient, gros comme une noix et qui avait quelque chose de suspect, d'autant plus que le sein était œdématié autour de ce noyau ; on pouvait craindre qu'il n*y eût dans ce point une inflammation plus intense et une infiltration purulente. Cependant^ je le répète, il n'y avait aucune douleur et le reste de la glande était revenu à ses conditions normales. Nous continuâmes l'emploi du topique résolutif, et le sein^ quelques jours après^ était complètement guéri.
Cette médication m'a réussi dernièrement encore, chez une malade de la salle Saint-Raphaël, présentant un engorgement laiteux avec un gonflement, des douleurs et une rougeur localisée si intenses, que nous avons tous craint un commencement de suppuration. .
J'ajouterai en passant que le sel ammoniacal m'a donné aussi de bons résultats dans certaines formes d'adénites à marche subaiguë. Chez les sujets lymphatiques, par exemple, on voit survenir quelquefois, dans le cours d'une amygdalite ou d'une afl'ection des téguments à la tète, des engorgements des ganglions cervicaux qui survivent à la lésion dont ils ont été la conséquence.
Dans ces cas-là, je fais enduire la région malade deux ou trois fois par jour avec une pommade composée de 30 grammes d'axonge , 5 grammes de sel ammoniacal et 1 gramme de camphre. On la recouvre ensuite d'ouate de coton.
Cette médication est une variante de la pratique populaire qui fait appliquer de la laine grasse sur les ganglions engorgés, car cette laine grasse renferme du carbonate d'ammoniaque.
J'ai constaté, il y a deux ans, l'action résolutive de cette pommade, chez une jeune fille de huit ans, dont la mère et la sœur étaient mortes tuberculeuses et qui présentait un engorgement considérable des ganglions et du tissu cellulaire situés au-dessus du ligament de Fallope droit. Tout le tiers inférieur de la fosse iliaque interne était occupé par une tumeur dure, mamelonnée, au centre de laquelle on sentait un point fluctuant. La peau amincie ne tarda pas à s'ulcérer, et il s'écoula un ichor visqueux tenant en suspension des particules caséiformes. La petite ouverture resta fistuleuse ; cependant, la tuméfaction ambiante n'avait pas sensiblement diminué. Cette jeune fille gardait le lit depuis plusieurs mois, au grand détriment de sa
santë générale. On avait déjà essayé une foule de résolutifs en bains, pommades^ emplâtres, et l'on avait en même temps cherché à relever l'activité nutritive par l'emploi intérieur du quinquina, de l'iodure de potassium et des ferrugineux. J'essayai la pommade ammoniacale, et, au bout de quel* ques semaines, la tuméfaction avait subi une diminution notable; une petite rechute provoquée par une imprudence fut promptement réparée, et, après trois mois de ce traitement, cette jeune ûlle^ qui pendant les quatre ou cinq mois précédents n'avait éprouvé aucune amélioration, fut assez bien guérie pour quitter son lit, marcher sans souffrance, reprendre sa vie habituelle, conservant à peine un très-léger empâtement de la région iliaque, qui ne lui causait aucune douleur et aurait passé inaperçu si on ne l'avait pas cherchée avec attention dans cette région, naguère occupée par une tuméfaction considérable. A plusieurs reprises, une éruption d'aspect miliaire, provoquée par la pommade, força pendant quelques jours à en suspendre remploi, auquel on revenait dès que l'irritation des téguments était apaisée.
Dans quelques cas, je fais faire des sachets de toile recouverts d'un côté de taffetas gommé et remplis d'un mélange de sel marin et de sel ammoniac qu'on humecte de temps en temps. En combinant cette application avec une compression douce à l'aide d'un bracelet de caoutchouc, j'ai guéri un kyste du carpe qui avait résisté à l'écrasement et aux applications iodées.
J'ai appliqué encore avec succès cette méthode à des engorgements ganglionnaires.
Mon ami le docteur Hammond, de New-York, a recommandé dans le traitement du bubon simple les applications d'une solution de sel ammoniac.
Messieurs, de nos jours, ce sel ammoniacal n'est guère employé, à Paris, qu'en applications topiques dans des cas d'hydarthrose ou d'arthrite chronique. Je vous ai dit comment j'avais été conduit à l'essayer dans l'adénite par l'emploi vulgaire de la laine grasse. C'est le cas de dire : Nil sub sole novum. Dans YApparatus Medicaminum de Gmelin, vous trouvez que Schneider l'avait conseillé dans les tumeurs lymphatiques, et que Justamond l'employait dans les engorgements du sein. On y trouve même l'indication de son emploi topique récemment préconisé dans les affections gangreneuses. Gmelin commence l'histoire de ce médicament par cet éloge qui vous paraîtra un peu hyperbolique : Medicaminum facile princeps. Pauvre prince, qui, comme tant d'autres, n'a eu qu'un règne éphémère ; mais, si on l'avait trop exalté, n'a-t-il pas
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été compris injustement, avec beaucoup d'autres agents thérapeutiques utiles, dans la proscription et Toubli ?
Sans doute, la crédulité de nos pères avait trop facilement prêté aux médicaments des propriétés qui n'avaient pas été suffisamment démontrées. Broussais fit table rase de toutes ces croyances, déjà ébranlées par le scepticisme des nosologistes. 11 faut reconnaître que, s'il a été un des fléaux de l'humanité par sa pratique sanguinaire, il a scni la science, autrement qu'il ne le voulait, en la faisant sortir de l'ornière de la routine; mais il nous avait réduits pendant vingt-cinq ans au formulaire de Sangrado. C'est depuis trente ans à peine qu'on cherche à renouer la chaîne des traditions brisées, et à soumettre les agents pharmaceutiques, quelque temps négligés, à des expériences plus sévères et plus concluantes. Il nous faut marcher dans cette voie, éclairés par la méthode expérimentale, qui est vieille comme la science assurément, mais que nous pouvons appeler moderne, par la rigueur et la précision que nos contemporains ont su lui donner.
DES COUPS FIBBIIUX BE li^VTÉBVS (i)
Sommaire, — Leur fréquence, leur siège, leuw variétés, leur structure, leur évolutiont les changements qu'ils subissent. -* Troubles qu'ils produisent variant suivant leur siège. — Corps fibreux intestitiels, cavitaires, sous-péritonaux. — Diagnostic. — Pronostic. — Traitement. — Indications thérapeutiques.
Messieurs ,
Les corps fibreux de Tutérus constituent assurément une des affections les plus communes de cet organe. A la Salpétrière, je les rencontrai au moins une fois chez quatre femmes ayant dépassé l'âge de soixante-dix ans. Leur fréquence augmente avec les années, cependant on peut les observer dans la jeunesse, et beaucoup de polypes utérins sont constitués par ces corps fibreux; je leur conserve ce nom qui leur a été donné par Bayle, pour ne pas préjuger une question de structure intime qui peut offrir encore matière à discussion.
C'est peut-être à Dupuytren qu'on doit une des premières études cliniques de ces tumeurs qui avaient été observées par les plus anciens anatomO'pathologistes. Presque chaque année, il consacrait à leur étude plusieurs leçons dont on retrouverait des lambeaux épars dans les thèses et les feuilles périodiques publiées il y a quarante ans.
Il décrivait avec soin leur structure composée de tissu connectifet d'un élément fibreux, la proportion variable de ces deux éléments dans la constitution de ces productions morbides, leur transformation carti-^ lagineuse ou osseuse ; il admettait même, ce qui a été longtemps contesté et semble accepté aujourd'hui, la possibilité de leur dégénérescence, très-exceptionnelle il est vrai, en tissu cancéreux : dégénérescence qui suivant lui atteignait surtout les corps fibreux dans lesquels l'élément celluleux dominait.
Il avait bien indiqué leur origine interstitielle, leur siège qui tantôt
(i) Leçon publiée parUellemeat dans le Bulletin de ihérapeuiique.
restait fixé au milieu des parois de l'utérus, tantôt faisait saillie vers leur cavité, d'autres fois était extérieur à l'organe ; et parfois alors ils semblent affranchis de toute connexité avec lui. Cette indépendance cependant n'est qu'apparente, et des recherches nombreuses que j'ai faites en 1836 sur ces tumeurs fibreuses m'ont convaincu que les plus volumineuses, les plus indépendantes en apparence présentaient à leur surface quelques fibres éparses plus ou moins pâles, plus ou moins dégénérées, qui se groupent en faisceau vers leur point d'origine pour se continuer avec l'utéinis et témoigner de leur origine.
• Je suis porté, d'après mes observations, à admettre que les corps fibreux qui font saillie vers la cavité utérine, qui forment polypes, sont plus communes chez les femmes encore jeunes ou au moins pendant la durée de la vie active de lutérus. Après la ménopause, la vitalité de l'utérus se restreint; sa vie de relation, son activité spéciale s'éteignent; il s'atrophie, sa cavité se rétrécit ou même s'oblitère, et il semble que ses produits n'aient pas la même tendance à se porter au dehors.
Quoiqu'il en soit, les tumeurs fibreuses sous-péritonéales sont extrêmement communes chez les vieilles femmes ; leur volume est trèsvariable : il y en a qui ont le volume d'un pois, d'autres égalent et surpassent les dimensions d'un fœtus à terme. Elles sont le plus souvent multiples, et dans ce cas elles forment des masses bosselées de consistance variable et souvent inégale, qui ne gênent pas toujours, autant qu'on pourrait le supposer, les fonctions des organes abdominaux.
J ai vu ces jours-ci encore une dame septuagénaire dont le ventre offre une saillie analogue à celle que déterminent les kystes ovariques. Cette intumescence est produite par des corps fibreux énormes, durs, qui, à droite, atteignent presque là région hépatique, à gauche remontent au-dessus du niveau de l'ombilic. En les cherchant par la palpation, on fait fuir une très-mince couche de liquide. 11 y a quarante ans que Chomel a constaté l'existence de ces corps fibreux qui alors faisaient à peine relief au-dessus du bassin ; la malade dit avoir éprouvé quelques accidents inflammatoires qui depuis lors ne se sont pas reproduits; elle accuse seulement des douleurs intermittentes qui cèdent à des applications narcotiques, une grande gêne dans la marche, de la constipation, parfois des envies fréquentes d'uriner. Je lui ai fait porter une large ceinture en coutil qui lui a apporté beaucoup de soulagement; elle se plaignait encore de quelques accidents dyspeptiques que les amers ont modifiés, et malgré une délicatesse de poitrine dont une pleurésie