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DE LA SOPHISTICATION SATORNINB DES BOISSONS

cipc vénéneux n'aurait aucune influence fâcheuse sur la santé des consommateurs : telle était sa bonne foi, que lui-même avait bu de ce cidre; et bien qu'il n'eût éprouvé aucun accident, l'interne de mon service, qui l'a examiné, a trouvé sur ses gencives le signe accusateur de Tingestion du plomb.

Je n'ai obser\é personnellement que six faits d'empoisonnement par ces cidres saturnines ; aussi n'ai-je pas la'prétention d'en déduire des conclusions générales sur les modifications apportées à la marche et à la physionomie des accidents saturnins par ce mode particulier d'intoxication.

Je dirai seulement ce qu'il y avait de commun et de saillant dans les cas que j'ai étudiés.

Tous ces malades faisaient un usage à peu près exclusif du cidre.

Les effets du poison ont été généralement rapides : au bout de quinze jours chez un ; un autre n'en avait bu que six ou sept bouteilles ; il est vrai qu'elles étaient les dernières tirées de la pièce, et les préparations de plomb doivent, en vertu de leur pesanteur spécifique, se concentrer au fond des barriques.

Un de mes malades vit deux fois les coliques se réveiller avec une violence extrême pour avoir bu un seul verre de ce cidre, après avoir été forcé d'en suspendre l'usage. Si chez quelques malades, comme chez le sujet de la première observation, les accidents étaient tellement caractérisés, qu'il était impossible d'en méconnaître la nature, chez d'autres ils étaient beaucoup plus obscurs et eussent été d'une détermination beaucoup plus difficile si les gencives n'avaient pas été marquées du cachet de l'intoxication saturnine. Ce liséré ardoisé est certainement un des signes les plus constants, les plus caractéristiques de ces affections ; il peut même exister et attester la pénétration du plomb dans l'économie avant qu'aucun trouble fonctionnel se soit encore manifesté. Plusieurs observateurs ont déjà fait cette remarque.

Tous les malades accusaient des coliques; ce symptôme, le plus souvent, avait précédé les autres. Chez quelques-uns, il a été dominé par les phénomènes arlhralgiques. En général, ces coliques ont été la manifestation morbide dont le traitement a le plus facilement et le plus rapidement triomphé. Ces douleurs, dans lesquelles il semblait aux malades, suivant leur expression énergique, qu'on leur arrachait, qu'on leur tordait les entrailles, étaient tantôt intermittentes, tantôt continues avec des exacerbations. Occupant une partie ou la totalité de Tabdomen, elles irradiaient quelquefois dans les parois thoraciques ;

OU elles étaient accompagnées d'un sentiment de conslrîctîon vers les atlachcsdu diaphragme. La pression les soulageait un peu, bîenquedans rintervalle de ces crises Fépigaslre fût sensible quand on le comprimait Nous avons vu dans la première observation qu'elles étaient accompagnées d'une rétraction douloureuse des cordons spermaliques. Les malades fléchissaient le tronc et se courbaient en avant pour favoriser le relâchement des muscles abdominaux contractés.

A côté de ces coliques et quelquefois sur le premier plan, se sont montrées des douleurs occupant les articulations ou la continuité des membres, dans les membres inférieurs surtout; elles s'exaspéraient principalement dans les mouvements d'extension ; en général diffuses, affectant rarement la forme névralgique, ces douleurs étaient accompagnées de rachialgie, de crampes, de soubresauts, d'anesthésies partielles. Chez le plus grand nombre, des élancements douloureux se faisaient sentir dans la plante des pieds quand ils appuyaient celte partie sur le sol. Chez tous, il y a eu un affaiblissement très-prononcé des forces musculaires, de l'insomnie, et celte teinte cachectique de la peau qu'on a improprement désignée sous le nom d'ictère saturnin, et qui offre une grande analogie avec celle qu'on observe dans les maladies cancéreuses. Les fonctions digestives ont été profondément troublées, la constipation n'a manqué qu'une seule fois; presque tous avaient des flatuosités, des éructations, des vomissements quelquefois très-abondants d'une bile épaisse, noirâtre, survenant assez souvent à la suite des coliques. Dans un cas, presque toutes les substances ingérées dans l'estomac étaient rejetées au dehors.

J'ai observé une fois de la dysurie, une autre fois de l'impuissance; j'ai noté chez un malade des urines troubles et épaisses.

J'ai peu de chose à dire du traitement employé, fondé sur les principes qui ont inspiré la fameuse formule de la Charité. Pendant longtemps j'ai substitué les bains de vapeur, administrés tous les deux jours, aux sudorifiques, dont l'action était si souvent douteuse; il m'a semblé que spécialement dans celte forme où les phénomènes arthraigiques étaient prononcés, ce moyen amenait un soulagement très-rapide. Mais ayant vu une fois une attaque d'épilepsie saturnine succéder à un bain de vapeur, j'ai, depuis lors, renoncé à ce moyen. Je reconnais cependant qu'il n'y avait peut-être là qu'une coïncidence, et qu'en outre, contmix> ment à mes prescriptions, on avait donné au malade un bain de vapeur général, au lieu d'en limiter l'action sur la partie ii^férieure du corps. Malgré ces considérations très-plausibles, j'abandonnai, sous Timpres-

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sion d'un cas malheureux, une médication qui n'était qu'un auxiliaire de modiGcateurs plus directs et plus eilicaces. Aujourd'hui que nous possédons dans le jaborandi un sudorifique incontestable, il serait rationnel d'en prescrire l'emploi dans l'intoxication saturnine.

J'ai préféré, en général, la belladone à Topium, dans la pensée que ce médicament, outre son action générale stupéfiante, pourrait devenir un auxiliaire utile des moyens employés contre la constipation; enfin j'ai employé de bonne heure les bains sulfureux, si justement préconisés dans les affections saturnines, et spécialement dans les formes arthralgiques (Tanquerel).

Deux mots sur l'analyse chimique des boissons frelatées par les sels de plomb. La couleur pâle du cidre permet facilement de voir le précipité noir qui se forme quand on y verse de l'acide hydrosulfurique ou un hydrosulfate. Dans un vin de couleur foncée, il serait beaucoup moins aisé d'apprécier cette réaction. J'ai trouvé un procédé qui isole le sul* fure de plomb de la matière colorante. Je prends un tube fermé à Tune de ses extrémités par une baudruche, et après y avoir fait un petit trou capillaire à l'aide d'une aiguille, j'y verse une solution concentrée d*hydrosulfate de soude. Je plonge ce petit appareil au fond d'un verre rem* pli de vin sophistiqué, en ayant soin que la colonne du liquide réactif, n'atteigne pas la hauteur à laquelle le vin s'élève dans le verre.

Aussitôt, instantanément en quelque sorte, une couche noire, floconneuse, de sulfure de plomb vient surnager la solution d'hydrosuifate. Si la colonne du réactif dépassait celle du vin, l'hydrosulfate se précipiterait dans le verre à travers l'ouverture de la baudruche, et la réaction se ferait au milieu du vin. Il faut, pour que l'expérience réussisse, que cette réaction s'accomplisse au niveau même du trou capillaire.

Le sulfure formé s'élève dans le tube en vertu de sa légèreté spécifique.

Un tube -éprouvette de verre percé d'un trou capillaire donne le même résultat (1).

(1) c'est le hasard qui m'a Toit trouver ce procédé. J'avais (U l'itlée d'appliquer l*cn« dosmose a cette analyse, et j'avais employé d'abord des tubcs-cprouvettes fermés a leur extrémité inférieure par une baudruche. Je les remplis successivement de soluté d'hydrosuifate réactif et de vin frelaté, pour les plonger dans le second ou dans le premier de CCS liquides. Mais soit que l'immersion n'ait pas été assez prolongée ou que l'action cndosmotique ne se produise pas dans ces conditions, je n'obtins aucun résultat, jusqu'au moment où L'uue de ces baudruches se trouva percée; et j'obtins immédiate-

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Un autre procédé plus simple encore, mais qui ne permet pas, comme celui-ci, d'isoler le sulfure de plomb, consiste à verser dans un verre la solution d'hydrosulfate; on y place ensuite une petite feuille de liégt sur laquelle on fait tomber goutte à goutte le vin qu'on veut analyser. Le vin surnage la solution aqueuse, mais bientôt entre les deux œuches on aperçoit une zone noire très-nettement distincte et constituée [mr du sulfui^ de plomb.

ment la réaction que je cherchais. Ayant reconnu la cause de ce phénomène, il me fut facile de le reproduire à volonté. En cherchant à obtenir des effets d'entosmost^ j'avais fait de la dyalise; et c'est une des premières fois, je crois, que l'action dyalilique a été employée comme procédé d'analyse appliqué à la médecine. Ces recherches ont été faites dans le laboratoire de M. Gobley, qui a bien voulu me prêter son concours.

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