‹ Clinique ophthalmologique du Dr de Wecker, à ParisChapitre 6 sur 8 · IV. Tatouage de la cornée · texte numérisé non relu

IV. Tatouage de la cornée

La petite opération du tatouage de la cornée a été pratiquée cette année d’après un nouveau mode opératoire qui se rapproche beaucoup de ceux recommandés par nos confrères anglais (Bader et Taylor), et qui présente, comme ces derniers, l’avantage d’arriver à une coloration plus rapide et plus uniforme de la partie à noircir.

Après avoir, au moyen d’une petite spatule d’argent, recouvert la taie d’une épaisse couche d’une solution concentrée d’encre de chine, on fait pénétrer dans le tissu cicatriciel cette matière au moyen d’un grand nombre de petites piqûres effectuées par un instrument composé de quatre aiguilles. Au bout d’une à deux minutes, on nettoie avec une éponge humide la surface de la cornée, pour se renseigner sur le degré de la coloration et sur les points sur lesquels il reste à porter particulièrement l’instrument. Alors, on dépose sur la tache une deuxième couche d’encre de chine, puis on pratique aussitôt de nouvelles piqûres. Il faut recommencer cette dernière manœuvre jusqu’à ce que la teinte obtenue paraisse uniforme et suffisamment prononcée. On ne fait pas suivre de piqûres la dernière application d’encre de chine; on se contente de maintenir au contact de la partie, pendant environ un quart d’heure, la substance colorante. Et, afin que les larmes ou le frottement des paupières n’enlèvent pas cette dernière, on laisse en place l’écarteur pendant tout ce temps.

Il est important de ne pas immobiliser l’œil avec une

pince à fixation ; une taclie sur la conjonctive pourrait résulter de l'introduction, dans l’épaisseur de cette membrane de quelques parcelles de noir de fumée à travers les petits pertuis que les dents de l’instrument y pratiquent forcément.

Nous partageons l’opinion de M. Taylor (1), qu’on peut obtenir de cette manière, en une seule ou deux séances au plus, une teinte noire simulant celle produite naturellement au centre de la cornée par l’ouverture pupillaire.

La facilité et la rapidité d’exécution de ce procédé contribueront sans aucun doute à vulgariser davantage un moyen qui actuellement n’a pas seulement pour but défaire disparaître une difformité des plus choquantes, mais encore d’augmenter la vision des malades, porteurs de taches encore transparentes qui produisent une diffusion énorme de la lumière. Ces taches, rendues complètement opaques, agissent alors , comme l’a dernièrement écrit M . de W ecker (2) , à la manière de lunettes sténopéïques.

Jusqu’à ce jour, on ne s’est pas servi, à la clinique, du tatouage comme l’a fait M. Taylor, pour détruire la transparence de la cornée au niveau d’un coloboma artificiel de l’iris, mais on y aura recours à la première occasion, quand un malade opéré de cataracte par le procédé combiné, se plaindra avec trop d’insistance de l’éblouissement apporté par l’iridectomie.

Malgré le grand nombre de tatouages pratiqués depuis trois ans à la clinique, nous n’avons pas eu l’occasion de constater une seule fois une irritation aussi prolongée que celle signalée par MM. Rava (3) et Reuss (4), et qui a même porté le premier de ces praticiens à renoncer, dans des cas rares il est vrai, à cette opération. Il est curieux

(1) On the modem Ai't of tinting Opacities ofthe Cornea (Bristisch Médical Journal, 7 sept. 1872).

(2) Bas Taetowiren der Hornhaut (Arcliiv fiir Augenu. Ohrenheilk. von Knapp, u. Moos. T. ÎI, a. 2, p. 84.

(3) Bel Tatuaggio, etc. Sassari, p.32, 1872.

(4) U eber Tdtowirung de}' Hornhaut [}A.Qà.[Q,. Press. 1873).

de mettre en opposition des critiques précédentes, le fait relaté par M. Adler, de Vienne (1). Ce confrère a observé qu’une cicatrice très irritable et devenant, à des intervalles rapprochés, le siège d’une kératite vésiculeuse fort pénible^ devint, après le tatouage, complètement indolente. « La malade, dit M. Adler, a ainsi été débarrassée non seulement d’une difformité très apparente (cicatrice blanche avec tache jaune proéminente), mais elle a été également délivrée d’une affection très douloureuse existant depuis longtemps et récidivant souvent. Cette guérison datant d’un an, est, autant qu’on peut le présumer, durable et définitive. >>

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