Clmence d'Isaure, bienfaitrice de Jeux Floraux
Mon dessein, en composant cette étude historique sur Clémence Isaure , a été de montrer que toutes les raisons produites jusqu'ici pour combattre son existence n’ont aucune valeur logique, et que des arguments négatifs ne sauraient détruire une possession légitime de trois siècles de durée.
Lorsqu’en 1550 fut publié, sous les auspices de Pierre Dufaur, chancelier des Jeux Floraux, le Registre rouge à la tête duquel on lisait ces mots : Feue dame Clémence de bonne mémotre , aucune voix ne se fit alors entendre, soit du côté de Toulouse la savante, soit du côté des capitouls, pour protester contre ce nom et ce titre. On accepta sans réclamation et Clémence Isaure et sa fondation comme choses incontestées ; on ne dit pas aux mainteneurs: pourquoi effacer vos riches souvenirs, et les noms des sept troubadours, et la joie de la Violette, et la lettre si gracieuse adressée à tous les poètes , et la publication des Lois d'Amour, et l'histoire de l'ambassade d’un puissant prince demandant pour son royaume de gais mainteneurs, et tout ce passé si plein de gloire, devant la création d’un être imaginaire, fantastique, personnifié sous le nom d'une simple femme! Tel ne fut pas le langage que lon tint au
Gai Consistoire. Bien au contraire, on applaudit au nom d’une illustre bienfaitrice ; on le trouva assez grand pour que la magnificence d’une fondation récente parût éclipser tout ce qu'une histoire primitive et certaine avait de noble et de beau.
Certes, la compagnie du Gaï Savoir n'avait pas besoin pour sa gloire de lexistence de dame Clémence; elle trouvait son berceau, au commencement du quatorzième siècle, entouré de fleurs et embaumé d'un suave parfum de poésie. Est-il raisonnable de supposer qu'elle a adopté pour seconde fondatrice une femme qui n’a! jamais existé, dont elle a inventé et le nom, et la famille, et les titres, et les vastes domaines? Le culte dont elle a entouré la mémoire-de dame Clémence depuis le quinzième siècle, le soin assidu qu'elle a pris de rappeler aux capitouls ses dispositions testamentaires et d'en presser l'exécution , la docilité de ces magistrats à répondre aux volontés da Gai Consistoire me paraissent porter à un haut degré de certitude l'existence de cette femme. Il y a des inductions logiques qui ont la même autorité que des actes scellés et paraphés.
Lorsqu'au dix-septième siècle Catel jeta, le premier, quelques doutes sur l’existence de dame Clémence, un siècle entier s'était écoulé pendant lequel elle avait constamment été æegardée comme la bienfaitrice des Jeux Floraux, et personne, dans ce long espace de temps, n'avait même pensé à environner de la moindre incertitude la réalité de ses bienfaits. La fondation qu'elle a faite a donc prescrit, et elle a en sa faveur la plus longue prescription que puisse avoir une chose humaine. Cette possession légitime ne peut être détruite que par des actes et des faits positifs, et nullément par l'absence de quelques tres que mille causes diverses peuvent avoir détruits, ou par des systèmes qui ne présentent rien de concluant.