‹ Clmence d'Isaure, bienfaitrice de Jeux FlorauxChapitre 2 sur 12 · ÉTUDE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE HISTORIQUE

Le concours des Jeux Floraux présenta, dans l’année 1775, un intérêt tout particulier. Charles de Lagane, ancien capitoul, lauréat de l’Académie des Sciences de Toulouse, procureur du roi et de la sénéchaussée de la même ville, venait de publier un Discours contenant l'lustoire des Jeux Floraux et celle de Dame Clémence. L'auteur s'était efforcé, dans cet ouvrage, de détruire l'existence de cette femme en la présentant comme un être imaginaire créé par les mainteneurs, comme une espèce de divinité tutélaire de leur Gai Consistoire.

M. de Parazols devait, cette année, prononcer, selon l'antique usage, l'éloge de Clémence. Il annonça, dans la séance solennelle du 3 mai, que l’Académie allait publier un Mémoire où elle détruirait les doutes qu’on avait voulu jeter dans les esprits.

L'Académie répondit à Charles de Lagane par un Mémoire très détaillé, composé par l'abbé de La Forest, et publié en 1775.

L'un des membres les plus distingués de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, M. le docteur Noulet,

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homme recommandable par l'étendue et la variété de ses connaissances, vient de publier un opuscule sous ce titre : De Dame Clémence Isaure, substituée à Notre-Dame la Vierge-Marte comme patronne des Jeux Litiéraires de Toulouse.

La publication de ce nouvel écrit m'a déterminé à étudier la question de l'existence de dame Clémence, que J'avais acceptée sans examen, en bon et loyal mainteneur , sur la tradition constante de plusieurs siècles et sur la foi de certains monuments publics.

Je me suis demandé sérieusement si je n’élais pas , avec une Académie recommandable à tant de titres, avec une cité si riche en souvenirs littéraires, avec la France et l'Europe entière ; la dupe d'une colossale erreur; si, en applaudissant tous les ans à l'éloge de Clémence, je ne battais pas des mains pour une chimère ; si, en sa- Juant son antique statue, je ne m'inclinais pas devant l’image d'une muette idole.

La vénération profonde qu’en qualité de chrétien et de prêtre je porte à la Vierge Immaculée, m'a déterminé à rechercher si véritablement l'Académie dont j'ai l'honneur d’être membre, s'était rendue coupable d’une aussi sacrilége substitution. J'ai examiné avec soin l'attaque et la défense , et j'ai vu, d’un côté, des arguments purement négatifs et un abus de l'équivoque dans les mots; de l'autre, au contraire, des preuves positives qui ont amené pour moi la certitude des faits suivants : 1° qu'il a existé une fondation faite à Toulouse en faveur du Consistoire de la Gaie Science, plus tard appelé les Jeux Florauæ , fondation qui ne vient ni des mainteneurs de ce corps littéraire, ni de la ville de Toulouse; 2° que cette fondation a été attribuée par les poètes romans du quinzième siècle, par un très-grand nombre d'auteurs du seizième siècle et par les registres publies, soit de la ville, soit des Jeux Floraux de la même époque et des temps postérieurs, à une dame nommée Clémence d'Isaure, qui certainement n’appartenait pas à la famille romaine Servihia Isaurica, niau comte Izauret, qui peut-être n’a jamais existé, ni au géant Isaure qui pourfendit Guillaume Court-Nez au siége de Paris; mais qui était tout simplement, en rejetant toutes ces origines

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FOR") VE romanesques, d’une famille alliée à celle des comtes de Foulouse, qui avait sa sépulture au cloître de Notre-Dame de la Daurade; 5° que les grands biens qu’elle laissa pour les Jeux Floraux se réduisent à quelques revenus dont jouissait sa maison sur quelques places ou marchés de la ville, dont elle fit un généreux abandon pour assurer la distribation annuelle des Fleurs et en augmenter le nombre.

Tels sont les faits dont on peut montrer la certitude. Mais avant d'en venir aux preuves directes, il est, je crois, nécessaire d'examiner les témoignages des historiens qui ont attaqué l'existence de Clémence d’Isaure ou qui l'ont admise, et de donner quelques explications qui pourront servir de principe de solution à certaines difficultés qui ont été faites.

Ésamen des témoignages des historiens qui ont attaqué l'existence de Clémence d'Isaure ou qui ont parlé en sa faveur.

Le premier en date est celui de Guillaume de Catel, auteur des Mémoires sur le Languedoc , publiés après sa mort, en 1635, par son neveu.

Ce que dit cet auteur sur les Jeux Floraux est renfermé clans ses Mémoires, de la page 396 à la page 403. Son témoignage est divisé en deux parties distinctes : dans la première, Catel se montre favorable à l'existence de Clémence Isaure; il affirme « que c'est » une ancienne tradition, tant dans Tolose qu'ailleurs, que dame » Clémence d'Isaure a institué les Jeux Floraux quise font tous les » ans au mois de may dans Tolose, et que pour subvenir aux frais » et dépens qu'il convient à ces fins faire, elle a légué par son tes-

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nn pire » tament plusieurs biens à la dite ville, desquels les capitouls ont » l'administration. » Il cite ensuite, à l'appui de ces paroles, l'éloge de Clémence par Papyre Masson , lé passage de Dufaur de Pibrac relatif à cette femme célèbre, la requête des dames de Toulouse présentée aux mainteneurs par Trassabot, dans laquelle il est : question de madame Clémence, et il ajoute : « Cette ancienne tra- » dition des Jeux Floraux semble être suffisamment vérifiée tant » par les registres qui sont dans la Maison-de-Ville et par ceux qui » ont parlé d'elle, que par sa statue de marbre blanc qui se trouve » à un des coins du Grand-Consistoire de la dite Maison-de-Ville, » remise depuis peu en un autre endroit du même Consistoire, et » par une table d'airain qui est gravée au piédestal de la dite statue » contenant un sommaire de son testament. » Il confirme ses assertions par le fameux passage du registre authentique de 1550, qui parle de dame Clémence, et il ajoute que la statue de marbre blanc élevée au Consistoire à l'honneur de cette dame autorise grandement celle tradition. Il insère enfin dans ses Mémoires l’épitaphe de Clémence Isaure. Cest par là que se termine la première partie du témoignage de Catcl, qui, comme on le voit, est entièrement favorable à l'existence de dame Clémence. | k

Tout-à-coup il détruit ce qu'il vient d'avancer et présente une série d'arguments contre cette existence. Cette contradiction: est si étonnante et si subite, qu'on se demande si la seconde partie de ce témoignage appartient véritablement à Catel, et si ces Mémoires, n'ayant été publiés que sept ans après sa mort, n'ont pas été altérés en cet endroit par quelque main étrangère. Je laisse ce point de critique à la décision du lecteur. Quoi qu'il en soit, les arguments qu'on trouve dans Catel contre l'existence de Clémence se réduisent : 1° au silence de quelques anciens poètes; 2° à l'absence du testament de dame Clémence 3° à la nouveauté de son épitaphe et à certaines difficultés qu’elle présente. |

Il est facile de répondre à ces arguments de Catel. Les deux premiers sont purement négatifs êt ne sauraient détruire une tradition positive de trois siècles de durée sur l'existence de cette

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