‹ Clmence d'Isaure, bienfaitrice de Jeux FlorauxChapitre 6 sur 12 · VA · texte numérisé non relu

VA

Cette fondation a été attrribuée à une femme nommée Dame Clémence | d’Isaur ou d’Isaure,

En 1513, Almeny, greffier des Jeux Floraux, produit un acte dans lequel il est dit que le collége nommait chaque année trois personnes pour être les exéculeurs des volontés de dame Clémence (Mém. de l'Académie, 137). Les paroles de cet acte indiquent que la fondaüon de Clémence est antérieure à l’année 1513.

L'an 1500, vivait à Toulouse un jurisconsulte célèbre, Guillaume Benoit ; il était conseiller au parlement. Il était né en 1455 , avait d'abord professé à Cahors; de là, avait été nommé conseiller au parlement de Bordeaux en 1499, et enfin à celui de Toulouse, où il mourut en 1520. [l'est l'auteur d'un commentaire sur le chapitre Raynutius aux décrétales des testaments. Il faut observer ici avec un soin extrême 1° qu'il composa ce commentaire pendant qu'il était professeur à Cahors, avant l'année 1499, et 2 qu'il mourut en 1520. L'édition que nous citons ici est celle de Lyon, sous la date de 1545, et la quatrième depuis la mort de l’auteur. On y lit ces paroles mémorables :

C Eliam pro ludis in civitate anno quolibet relinqui potest, prout alustris mulier illa fecit vomna cLEMENTIA pirissima civis “rocosaa quæ ad juvenes incitandum ornato culioque sermone loqui, nonnullos reliquit reditus è quibus anno quolibet tres fiunt argentei flores, ete. » (Pars secunda, © 71.) Il est bon d'ajouter ici ce que Guillaume Benoit adressait à ses élèves lorsqu'il dicta ce commentaire à Cahors

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avant l’année 1499, puisque à cette dernière époqueil était conseiller à Bordeaux. « Hæc jam, dilectissimi fratres, de testamento Raynuti quoad ejus heredum institutionem Scripla sufficiunt ; reliquo illius subslitutionem concernente ad annum proximum reservato. Ex Academia Caturcensi, tertià die octobris. »

Ainsi donc , l'histoire des libéralités de dame Clémence était un événement déjà ancien dans les dernières années du quinzième siècle, et ce témoignage de Guillaume Benoit est indestructible. On voit d'après cela de quelle autorité est le grand argument présenté par Charles de Lagane et ceux qui depuis ont suivi son système, par lequel ils prétendent détruire d’un seul Coup l'existence de la bienfaitrice des Jeux Floraux. Cet argument repose tout entier sur un‘ événement déplorable arrivé en 1523. Cette année sept capitouls furent convaincus de concussion, dégradés et chassés de l'Hôtel-de-Ville. Le trésorier fut pendu ; les grefliers, receveurs , commis, condamnés à une amende honorable, à des peines pécuniaires et infamantes. Charles de Lagane a osé avancer que la ville, s'attachant à tout pour soustraire son administration à la juridiction du parlement, commença par dénaturer une partie de ses fonds en les présentant comme des biens donnés par Clémence et assujettis à l'entretien de la fondation de cette fille. Ainsi les Capitouls ne trouvèrent autre chose pour repousser l'arrêt du parlement que d’avoir recours à une fable ridicule: ils créèrent un être imaginaire, le parlement et l'opinion publique acceptérent ce mensonge et Clémence Isaure fut inventée! Qui pourra jamais admettre un parcil système ? La preuve évidente de la fausseté de celte opinion est l'autorité de Guillaume Benoit, qui, vingtquatre ans avant l'arrêt de 1523, parlait dans ses leçons publiques des bienfaits de dame Clémence envers la ville de Toulouse. Lors donc que les capitouls de 1523 invoquaient les libéralités de cette bienfaitrice , ils parlaient d’un fait dont la certitude ne pouvait être révoquée en doute.

Charles de Lagane affirme lui-même (p. 157) que, sous l'année 1526, on trouve des comptes du trésorier ainsi conçus : Pour l'entreienement de la fondation de dame Clémence.

en opres En 1527, Etienne Dolet publia à Toulouse un éloge en vers sur

| Clémence Isaure; il à pour titre : De muliere quädam quæ ludos hiterarios Tolosæ constituit.

ne En 1528, on trouve un mandement du 26 mai s'exprimant ainsi : « Payé à Antoine Vinhalibus, bachelier en droit, pour avoir fait le sermon de dame Clémence le jour des Fleurs, qui était le jour de Sainte-Croix, 2 livres. »

En 1550, Jean Boissonné, professeur en droit à Toulouse, dont les ouvrages ont été conservés par M. de Fermat, célébrait en vers français el latins la fondation de Clémence.

Egypte au Ciel lève ses pyramides ;

Par le colosse on vit Rhodes prisée.

Par les jardins des trois sœurs Hespérides Espagne eut nom, Rome par Colysée ;

Par portes cent Thèbes fut exhaussée.

À présent sont ces choses corporelles Mises au bas, et en reste peu d'elles,

Mais les beaux Jeux que Clémence a dressés Pour ce que sont choses spirituelles ,

De temps jamais ne seront oppressés.

On trouve encore dans Boissonné les vers suivants, où il est parlé de Clémence et de ses Jeux.

AD GLAUCIAM

Quantum libet floralia munera Clementiæ jactare velit suæ Magnasque opes sic collocavit Tempore ut hæ nequeant perire.

Boissonné composa l’épitaphe de Trassebot, maître en la Gaie Science. Il y parle des trois fleurs que ce poète avait remportées dans les Jeux de Clémence.

Clementiæ , qui fæminæ tam nobilis Ornaverat ludos, suisque versibus His fecerat celcbriores , floribus

Donatus omnibus , tribusque floridis Clarus triumphis.

En 1535, Jean Voulté (Vulteius), poète originaire de Champagne et élevé à Toulouse, concourut pour un prix aux Jeux Floraux; ne l'ayant pas obtenu , il se plaignit de ce que les volontés de Clémence étaient mal exécutées.

Lege sub hâc moriens ludos Clementia fecit Ut tandem partas victor haberet opes ;

At Clementia nunc facta inclementia, quare De victore suo qui superatur orat.

Voulté parle clairement dans les vers qui suivent des libéralités de dame Clémence à l'égard de la ville de Toulouse.

AD CLEMENTIAM

Quæ Tholosæ ludos ltterarios instituit.

O Clementia te quænam dementia cœpit Hæredem ingratam constituisse domum ?

Recta fuit forsan , sed non tua facta voluntas Munera ni demens hæc tua nullus habet.

Repoussé dans le concours, Voulté s’'indigue ct prétend que les jugements de Clémence sont semblables à ceux qui condamnèrent Pallas.

Ut quondàm victa est cœco sub judice Pallas , Sic minor est ludis docta Minerva tuis.

M. de Lagane, qui cite Voulté, s'est donné bien de garde de faire mention des vers qui marquent que Clémence a laissé une ville héritière de ses biens.

Dore

Ce vers recta fuit forsan paraît indiquer que dame Clémence n'avait peut-être pas pris toutes les précautions nécessaires. pour assurer l'exécution de ses volontés, et que cette fondation suscita quelques procès.

Dans la mème année où Voulté composait ces vers, le parlement de Toulouse rendit un arrêt célèbre qui prouve que cette cour souveraine croyait à l’existence de dame Clémence. Les jeunes écoliers troublaient quelquefois la célébration des Jeux ; ils s'assemblaient en tumalte et menaçaient les capitouls ct les mainteneurs : c'est ce qui détermina ces derniers à obtenir un arrêt du parlement qui leur permit de renforcer le guet pour contenir ces écoliers dans le devoir. M. dè Lagane fait mention de ce fait; mais il ne cite pas les paroles de cet arrêt qui sont si remarquables, et qui sont consignées dans le second Registre des annales de la ville. Mense deindè 1naio permisit senatus decurionibus ut se forti manu tuerentur ab injustitià studiosorum , die sanctæ crucis ferialàä quà florales paläm Clementiæ ludi exercentur.

Duverdier, dans sa Bibhothèque lustorique, page 1026, rapporte quil existait à Toulouse, vers le milieu du seizième siècle, trois femmes poètes nommées Catherine Fontaine, Françoise Marrie et Claude Ligoune. Elles chargèrent Pierre Trassabot, doctour en la Gaie Science , de présenter la requête suivante au nom de toutes les dames toulousaines, afin d'obtenir de pouvoir concourir pour les prix, d’après la volonté de dame Clémence.

À vous, monsieur le chancelier , Très nobles capitouls aussi ,

Maîtres qui avez bruit singulier

Et à tous ceux qui sont ici.

Supplient humblement les femmes Tant les moyennes que grands’ dames Disant que madame Clémence

Que Dieu pardoint par sa clémence , Laquelle les trois fleurs donna,

Jadis voulut et ordonna

Que quiconque voudrait dicter Sans les femmes en excepter, Et d'un voulcir fort libéral

Fit un édit tout général Comprenant mâles et femelles.

Cette requête fut présentée à l'assemblée de mai de l'année 1540.

On trouve , sous la date de cette même année, dans le Registre rouge, f 29, une plainte portée contre les capitouls par le collége de la Gaie Science. Les mainteneurs demandèrent l'exhibition du testament de dame Clémence, attendu qu'ils étaient les exécuteurs de ses volontés et les capitouls administrateurs de ses biens. I leur fut protesté, en cas de refus, que le collége se pourvoirait où et de. vant qui il appartiendrait. Les capitouls n’exhibèrent pas le testament, mais ils dirent-qu'ils étaient préts d’exécuter le contenu en icelur.

Dans la même année, nous trouvons le fameux dénombrement des biens communaux de la ville de Toulouse, dressé par Gaillardy, syndic, devant les commissaires du roi. Il commence par ces mots : « C'est le dénombrement des biens que a et tient la ville et eité de Tho- » lose par le vouloir et permission du roi, des bienfaiteurs en icelle. »

Ce dénombrement contient seize articles. Il est à remarquer que les biens communaux dont il est parlé dans ce dénombrement sont des biens que la ville tient exclusivement de ses bienfaiteurs. Gaillardy. nomme quatre classes de bienfaiteurs : les comtes de Toulouse , les rois de France, le comte d'Armagnac et Clémence Isaure ; il assigne à chacune de ces classes la nature des biens qui ont été laissés. La ville tenait des comtes et rois les droits du poids commun amorti par les feus rois. — L’émolument du sceau de la cour civile baillé aux capitouls par les feus comtes et rois et dûment amorti par eux (art. 1 et 2); —l'émolument de l'encan amorti (art. 4); — l'émolument du sceau du drap (art. 5); — l'émolument du denier de la place Saint- Georges (art. 6); les droits de pontonnage du pont Izalguier de Montaudran et le port et passage de la rivière de Garonne (art. 7) ; — l'émolument de la maison de la Halle dûment amorti (art. 8); —

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la Maison-de-Ville et maisons adjacentes dûment amorties (art. 9) ; — les oblies (art. 10); — l'usage de la forêt de Bouconne que la ville tient par transaction des feus comtes d’Armagnac (art. 11); — l'émolument de la place de la Pierre amorti (art. 12); — l’émolument de la boucherie dite du Pont-Vieux (art. 13); — le profit des badorques ordonnées pour vendre les petites chairs comme sont celles du Château, Saint-Etienne, Villeneuve et autres (art. 14); — lémolu- il ment des tours de la ville (art. 15); — plus, à la dite ville en com- | mun trois pièces de communaux qui peuvent contenir de cent à six

vingts arpents de terre, lesquels ont été donnés à icelle pour le ser-

vice des habitants par feue dame Clémence, desquels la dite ville n’a

aucun profit ni émoluments, si ce n’est pour le pâturage et nourri-

ture du bétail qui est mené au temps de foire par les marchands et

aussi pour les bétails des bouchers, et pour ce d'autant que la ville

n'y a aucun émolument, ne doivent être mis en taxe.

Ce dénombrement est signé de Garzzarpy, syndic, et est accompagné du visa suivant : | A la charge que le présent extrait ne pourra sérvir ni être produit contre les intérêts du roi: Ducné, substitut. — Collationné par nous soussigné , commis à la garde du dépôt général des titres et archives du domaine de Sa Majesté en la province du Languedoc, près la cour des comptes, aides et finances de Montpellier, — CARoUGE, signé. D'après cette pièce authentique il est prouvé, jusqu’à la dernière évidence, qu'il a existé une dame ayant nom Clémence ; que cette dame a laissé cent vingts arpents de terre à la ville de Toulouse; que le lieu où ces pièces étaient situées n’est point désigné dans le dénombrement. À qui l’auteur du nouveau système persuadera-t-1il qu'un syndic d’une ville présentant un état exact et fidèle des biens communaux à des commissaires du roi qui viennent fixer les taxes afférentes au trésor royal, a désigné des biens provenant d’une dame nommée Clémence qui n'aurait jamais existé, donnant ainsi à ces biens une origine complètement erronnée, et cela pour ne pas donner un démenti aux capitouls de 1522, morts depuis 18 ans à l'époque du dénombrement? A qui surtout persuadera-t-il que les commissaires du

RE PEU roi ont accepté cette déclaration si formelle sans vérification et sans contrôle ? |

Il est vrai que Gaillardy n’attribue pas directement à la générosité de dame Clémence l'émolument de la place Saint-Georges, de la Halle, de la place de la Pierre que la tradition lui attribue; maisil est à observer 1° qu'il ne désigne aussi aucun autre bienfaiteur des mains duquel la ville eût pu tenir ces émoluments, et qu’ilest constant que les capitouls déclarèrent, dans leurs comptes de 1526, que ces fonds ne sont biens ni deniers communs, ni droits et octrois du roë, ains du patrimoine laissé à la ville par la dite dame , à la charge de fournir pour les fleurs. (Mémoire de l'Académie, 121.) ;

La raison que donne l'auteur du nouveau système pour montrer que les émoluments ne doivent pas être attribués à dame Clémence ne me paraît pas concluante; il ditque Gaillardy so garda bien de les luï attribuer puisqu'ils avaient été dûment amortis par les feus comtes et rois. Il me semble, en cffot, que, quoique ces émoluments aient été amortis, cela ne prouve pas que Clémence ne les a point cédés à la ville à l'époque de sa fondation. L’amortissement n’était autre chose que la concession par laquelle le roi permettait aux gens de main morte, C'est-à-dire aux communautés religieuses, aux églises et aux villes, de tenir des fiefs ou autres héritages à. perpétuité sans être obligés de les mettre hors de leurs mains moyennant finance. Ainsi, l'amortissement attaché aux émoluments de divers marchés annoncé dans le dénombrement de Gaillardy ,-prouve que la ville de Toulouse. Lenait ces émoluments de quelque bienfaiteur; que le roi avait permis à la dite ville de les recevoir, et que la finance avait élé payée au trésor royal, ce qui avait constitué l'amortissement de ces biens.

En 1544 les mainteneurs adressèrent une nouvelle sommation aux capitouls touchant l’exhibition du testament de Clémence; ceux-ci répondent encore qu'ils ne l'ont point vu. Les mainteneurs, peusatisfaits de cette réponse, nomment Nogerolle et Cazeneuve syndics pour faire à ce Sujet les poursuites nécessaires, tant à la cour de parlement qu'ailleurs. (Registre rouge, f. 51.)

Picrre de Saint-Anian , né à Toulouse en 1528, remporta, en

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1549, un prix aux Jeux Floraux pour une ballade qui a pour titre: Ballade sur l'épitaphe de Clémence Isaure, qui institua les Jeux Floraux à Tholose , de laquelle avons la statue céans apportée du dit sépulcre. Cette ballade se trouve au Registre rouge, f° 26. Je ne cite ici que quelques vers :

Mais la vertu qui ne veut méconnaître

L'imitation, fit sur son monument

Graver son lot sur marbre exquisement, Par cinquante ans chaste la fit connaître.

On voit par ces vers 1° qu’en 1549 la statue de Clémence avait déjà été apportée de la Daurade au Grand-Consistoire, comme l'indique le mot céans qui désigne le consistoire dans lequel Saint-Anian récitait la ballade; 2° que l'épitaphe était gravée sur le marbre.

Le poète ajoute :

Puis elle étant d'une si noble race

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Fait de son bien le Capitole maître ; A cette fin d'en évidence mettre Doctes esprits écrivant doctement, Les premiant de trois prix richement.

Antome Syphrien , de Toulouse, annota la seconde édition des Pandectes Florentines , qui parut à Lyon en 1550. A la marge de la loi 46% qui parle des revenus légués à une ville, à la charge de célébrer annuellement des Jeux , le commentateur cite l'exemple de Toulouse : Memorabile hujus rer -exemplum est Tolosæ ex legato Clementiæ nobilissimæ femine.

En cette même année fut publié le Livre rouge, qui renferme le recueil de tous les actes et délibérations du collége de la Gaie Science depuis le mois de mai 1513 jusques au mois de mai 1583, l’espace de 70 ans. Au huitième feuillet recto le Registre commence ainsi:

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et l’invocation de » la sacrée Vierge Marie, et de tous les saints et saintes du para- » dis. Amen. Ce présent registre des délibérations et autres actes

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» faits au cotlége intitulé : De l'Art et Science de la Rhétorique, au- > trement dict de la Gaie Science, fondé en Tholose par feue dame » Clémence de bonne mémoire, a élé commencé de mestre en œuvre » au mois de mai 1550, étant chancelier messire Pierre Dufaur. »

Ce titre a-t-il été composé en 1550, époque de la première publication de ce Registre, ou bien en 1513, date des premières pièces ? Cest ce qu'il est assez difficile de déterminer. J'avoue cependant que je suis beaucoup plus porté à l'attribuer à l’année de la publication . du Registre (1550). |

Le Registre rouge, au f° 101, présente une ordonnance remarquable : Le collége des Mainteneurs.avait un greffier particulier dont la place fut créée au commencement du quinzième siècle. Cette place fut conservée après la fondation attribuée à Clémence. En 1553 elle était occupée par Codercy. Celui-ci présenta une requête au collége pour obtenir des appointements fixes, car, jusqu'alors , ils ne l'étaient point. Le collége nomma deux commissaires : Dufaur, mainteneur, et Lachapelle,. capitoul baïle. Ces commissaires accordérent à ce greffier cinq livres de gages à prendre sur les revenus et émoluments des biens adaptés à la ville par dame Clémence.

Bien plus, Codercy ayant sollicité des capitouls un mandement sur le trésorier de la ville et biens à elle donnés par Clémence Isaure, le 12 décembre de li même année le conseil délibéra pour les causes contenues dans la requête, et le trésorier acquitta la somme.

Ainsi les capitouls reconnaissent ici que dame Clémence a laissé des biens à la ville de Toulouse pour le collége des Mainteneurs.

Le même Registre, au f° 114°, s'exprime ainsi : « En 1555 fu- » rentassemblés, pour traiter des Jeux Floraux, MM...... , faisant » tous ensemble le corps et collége des Jeux Eotatét see ne » slitation de feue dame Clémence de bonne mémoire. »

Pierre Borel, né à Castres, dans son livre des Antiquités françaises et gauloïses, imprimé en 1555, dit expressément que les Jeux Floraux de Toulouse ont été institaés par dame Clémence.

Le Registre rouge, au fo 122%, porte, sous la même date, la requête de Portal Verguier du collége, qui demande la survivance de

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Son emploi pour son fils. Sa requête est adressée à messeigneurs le chancelier, mainteneurs de l'Art de Rhétorique fondé en Tholose par dame Clémence Isaure’ de bonne mémoire. |

Le même Registre, au f 155, porte le procès-verbal d’une assemblée des Jeux, tenue en 1559, à laquelle tous les capitouls assisérent. Cette année, le 3 mai coïncidait avec le troisième jour des Rogations ; le lendemain se trouvait être la solennilé de l'Ascension: € Jour, dit le procès-verbal , auquel, par la fondation et disposition » de la dite dame, est ordonnée l'aumône publique être faite et ». distribuée par les dits capitouls qui sont à ce grandement occupés » ledit jour ; sans conséquence le jugement et assemblée des Jeux » Floraux est différé au dimanche suivant 9 du dit mois. »

Nous arrivons par l’ordre chronologique au célèbre témoignage de Bodin en faveur de Clémence d'Isaure.

Jean Bodin ; auteur célèbre du seizième siècle, né à Angers vers l'an 1530, mort à Laon en 1596, fit ses premières études en droit à Toulouse et y professa même quelque temps. {l fut, au jugemént de

d'Aguesseau, un digne magistrat, un savant auteur et un bon citoyen. | L'ouvrage qui lui donna le plus de renommée est celui de {a République. Pendant qu'il était à Toulouse, il composa un discours qu'il adressa au sénat et au peuple de cette ville. Ce discours a été imprimé en 1559, sous ce titre : Oratio de instituendä in republicä juventute ad S. P, Q. Tolosatem ; in 4. Tolosæ , EX officmà Petri Patei ( Dupui), sub signo fonlis.

Voici comment il s'exprime :

Cûm ex edicto regis ante viginti Lorsqu'il y a vingt années, par édit du annos Galliæ civitates ærarii publici roi, les villes de France dûrent rendre rationem referrent, quid à vobis alla- compte de leurs revenus publics , qu’a-

tum est aliud, 6.Tolosates, tametsi vez-vous allégué, 6 Toulousains , quoinon (eessent opera publica, quàm que vos fonds pussent être destinés à ludis floralibus ærarium deberi, quäm é’autres ouvrages , si ce n’est qu’ils in litferatos homines conferri? Quod, étaient dus aux Jeux Floraux et résercm regi litterarum amantissimo, non vés aux poètes? Cet emploi a paru si solüm probatum, verum etiam præ- utile, si honorable à un roi ami des letclarum visum esset, plura quærere tres, qu’il eût regardé comme un crime nefas esse duxit, de pousser plus loin les informations.

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Bodin parle ici clairement du dénombrement de 1540 dont nous avons parlé plus haut. Il faut remarquer ces expressions ludis floralibus æœrarium deberi, qui montrent une véritable fondation et l'obligation où était la ville de fournir aux frais des Jeux Floraüx.

Il poursuit :

Si pecunia quàam Isaura reipublicæ condonavit, in eos quos destinaverat usus convertalur , satis superque præmiorum erit, non solüm ad poetas flosculis alliciendos, verüm etiam ad oraratores, philosophos, medicos, liberaliumque’ artium professores magnificè ornandos.

Si les fonds qu'Isaure a donnés à votre république reçoivent la destination qu’elle a fixée, il y aura assez de prix et au-delà , non seulement pour attirer par les fleurs les poètes, mais encore pour récompenser magnifiquement les orateurs , les philosophes, les médecins et les professeurs des arts libéraux.

Il paraitrait, d'après ce passage, que la fondation de Clémence d'Isaure n’était pas alors parfaitement remplie, et que Bodin aurait été charmé de recevoir, en qualité de professeur, quelques émo-

Juments de la ville.

Il ajoute :

Mihi mirum visum quid esset quamobrem isti gymnasium publicis expensis extrui molestè ferant, cum urbanum ærarium ex iis fructibus quos Isaura hominum eruditioni concedi voluit, penè sit conflatum, ut facilè intclligi potest ex ejus epitaphio quod tamelsi cætera interciderunt urbis et Capitolii deflagrationibus, superfoit marmoreo lapidi sic insculptum.

Clementia Isaura , etc.

Je suis étonné qu’on n’approuve pas la construction d’une école aux dépens du trésor public, puisque ce trésor est presque tout entier rempli des revenus qu’Isaure à destinés à récompenser les savants, ainsi qu’on peut l’apprendre de son épitaphe gravée sur le marbreet qui a été conservée, quoique tout le reste ait péri dans l'incendie de la ville et du Capitole.

Clémence Isaure, etc.

Bodin fait ici allusion au vaste incendie qui causa tant de ravages

à Toulouse en 1463, et dont j'ai parlé plus haut. Puisque, d'après cet auteur, le marbre sur lequel était gravée l'épitaphe fut préservé de cet incendie, cette épitaphe existait donc à celte époque et n’a pu être composée en 1557, comme le prétend Catel. M. de Ponsan, dans son Histoire de l'Académie (Rec. de 1767), affirme que Bodin,

IP ARC 0 < ° en rapportant l'épitaphe, ajoute au mot hèc ceux-ci: ad Deauratæ u bd requiescit in pace.

Citons encore un dernier passage de Bodia.

Hortos etiam ac prædia in quibus Elle a légué, avec une égale libéralité, rosas legere et in ejus monumentum des domaines et des jardins dans lesspargere soletis, pari liberalilale le-- quels vous avez coutume de cucillir des gavit, ut de reliquo ibiepulentur. Re- roses que vous répardez sur son tom-

liquum HS. CCCI999 detracto poe- beau, voulant que, du reste, on y donne tarum præmio exæquari aiunt. Ad un festin. On affirme que le prix des quem finem tot et tanta bona vobis poètes étant prélevé, le résidu égale relicta sunt? Cur legata domus illa cent mille sesterces. À quelle fin vous a-

non solùm magna, sed eliam magni- t-elle laissé tant et de si grands biens ? fica ? cur legata tot prædia urbana et Pourquoi vous a-t-elle donné cette grande RP et magnifique maison ? tous ces domaines

à la ville et à la campagne ?

Ces paroles ne sont que la paraphrase de l'épitaphe dont je parlerai plus tard. Charles de Lagane ( p. 128 ) se récrie sur les cent mille sesterees, qu'il appelle une somme immense; mais l’auteur du Mémoire de l'Académie a démontré qu'en 1500 les cent mille sesterces valaient 1866 livres 17 sols 6 deniers (p. 97 ). Si Clémence Isaure est une chimère, les détails dans lesquels Bodin entre dans son discours, l’'énumération des biens de cette femme et leur évaluation sont vraiment inexplicables. Il a fait lui-même imprimer ce discours, et il est bien étonnant qu'il ait avancé de pareils faits sans en avoir sous ses yeux des preuves incontestables. Bodin n’était pas un auteur vulgaire et-obscur, Montaigne disait de lui: « Cest un bon auteur de notre temps ; il est accompagné de » beaucoup plus de jugement que la tourbe des écrivailleurs de » notre siècle. »

En 1563 Charles IX fit.son entrée solennelle dans Toulouse. Le célèbre et infortuné Duranti, qui était alors capitoul, fut chargé de composer les devises qui devaient être placées aux divers arcs-detriomphe. A la place de la Pierre, on éleva une statue à l'honneur de dame Clémence. Duranti fit inscrire les vers suivants sur le piédestal : |

gente

Divitiis nostram cumulavit Isaura Tolosam , Et moriens musis præmia constituit.

Les Registres de l'Hôtel-de-Ville cités par Raynal p. 130, nous produisent, sons la date de l’année 1568, un accord passé entre les capitouls et les mainteneurs des Jéux-Floraux. « Pas ne veux oublier, » dit l'annaliste dans les Registres , parmi les choses tristes , celles » qui, à Jeur saison, ont plaisir et joie en soi-mêmes lorsqu'elles sont » appuyées en vertu et exercice littéraire; c’est que le collége de la .

» poésie grecque, latine et française , insutué à Toulouse par dame » Clémence Isaure, répétie les trois premiers jours du mois de mai » pour la continuation et entretenement perpétuel de la dite exerei- » lation. Elle à laissé par institution , légat et donation faile à la dite » ville plusieurs grands et notables revenus. » |

En 1569, le Registre rouge, f° 226, fixe le jour pour nommer aux places de chancelier et de mainteneur vacantes, suivant l’établissement et ordonnance de dame Clémence.

Au même Registre, sous la date de 1571, f° 251, on trouve qu'il fut tenu une assemblée à laquelle tous les capitouls étaient présents et dans laquelle il fut représenté que lé nombre des officiers était fixé à dix, et que, par la création d’un vice-chancelier, on avait contrevenu à la volonté de dame Clémence Isaure de bonne mémoire, fondatrice dudit collége, qui l'avait ainsi ordonné.

En 1573, au f° 271, se trouve la nomination de Durand, mainteneur, du nombre des sept, ordonné être en la dite compagnie par dame Clémence.

En 1574, f° 282, les LOUE Et sommés de faire faire les Fleurs ordonnées par dame Clémence Isaure.

En 1575, Chapuis, juge-mage, fut reçu mainteneur et prêta serment entre les mains du chancelier d'observer les statuis et ordonnances de la dite feue dame Clémence (Registre vert, f° 288).

En 1579, les capitouls déclarèrent qu'ils étaient prêts à faire leur dévoir pour lout ce que la dite Clémence à ordonné être fait (F 347).

RSR NE Le président de Bertier, dans son ouvrage intitulé Zconum, im-

primé en 1580 , fait l'éloge de dame Clémence dans des vers assez beaux , mais un peu emphatiques :

Hic habitant musæ Capitolia celsa tenentes Victurumque nomen venerantur Isauræ.

Tarpeïas superant violæ nova præmia quercus ; Et celebratus honos solito de more quotannis Perstat adhuc, nulloque annorum corruet ictu.

Le Registre rouge, f° 341, sous la date de 1581, porte une déclaration par laquelle il fut arrêté de la part du collége dort les capitouls baïles faisaient partie, que les Jeux Floraux seraient célébrés avec toutes les solennités ordonnées par feue dame Clémence Isaure, et, dans ce même procès-verbal, les capitouls qualifient les mainteneurs de compagnie de feue dame Clémence.

Dans la même année, les capitouls furent requis d'effectuer la volonté de dame Clémence et préparer les Fleurs par elle ordonné être délivrées aux mieux disants et prononçants chants MOJAUE (Mémoire de l’Académie, 140).

M. de Thou, dans un livre qui a pour titre : De Commentario vitæ su& , s'exprime ainsi , à l’année 1582 :

« Gapitolium etiam juvit inspicere et judicum urbanorum famo- » sissum tribunal, et præcipui cultus Isauram virginem quæ poe- » ticæ ante ducentos annos certamen instituit et viclori præmia

posuil. »

M. de Thou a sans doute donné ici une fausse date à la fondation de dame Clémence, mais il constate l'opinion universelle qui la regardait comme la restauratrice des Jeux Floraux.

L'année 158% est remarquable par la composition du troisième Registre de l'Académie appelé le Registre vert. Ce registre sur papier est relié en velours vert portant des fermoirs d'argent. Il a pour tre : Registre des Jeux Floraux et poésie française, institués en Ja présente ville de Tholose par feue dame Clémence de bonne mé-

LE Ne moire. On lit ensuite : « Auquel livre sont enregistrés les chants royaux et autres œuvres au moyen desquelles les Fleurs sont adjugées; ensemble les délibérations sur ce, comme cy après s'ensuit: Moi, Pierre Corcier, procureur en la dite cour du parlement de Tholose , estant greffier et secrétaire ès Jeux Floraux. » Il commence à l'année 1584 et finit à l’année 1641.

En 1585, les capitouls offrirent de faire leur devoir pour les Jeux ordonnés par feue dame Clémence. Il fut arrêté par le collége que l'argent du banquet ordonné par feue dame Clémence serait distribué aux pauvres (Mémoire de PAcadémie, 142).

En 1590, Pierre Dufaur (de Saint-Jory), premier président au parlement de Toulouse, composa un ouvrage qui fat im primé à Lyon deux annécs plus tard et qu'il dédia à Jacques Dafaur , son fils. Il a pour titre : Agomsthcon Petri Fabri regis conciliart..…., in senatu Tholosano præsihs, sive de re alhleticâ ludisque veterum, gymnicis, musicis atque circensibus.

Cest dans le vingtième chapitre du troisième livre que Pierre Dufaur parle assez longuement de Clémence Isaure. Citons divers

passages :

« Ut à Græcis olim Hellanodicæ vel Critæ, sie à nostris nominati » manutentores...... Hoc est supremi Clementiæ Isauræ judici

» executores. »

Plus loin il ajoute, en parlant du repas donné au Capitole : « Et celcbre epulum sive convivium ab octoviris illis municipalibus Clemenhæ Isauræ legatariis in intimo Capitolinarum ædiam » ..... exhiberi moris est. »

Il indique les sources de toutes ces dépenses :

« Factis in eam rem sumptibus ex agonotheticorum prædiorum » reditu quæ, resütuendi musici carminis hujus gratià , virilem ani- » mum gerens {saura herculea , 1mû virtute ac liberalitate incom-

et —

» parabili contulit. »

Pierre Dufaur parle ensuite de la statue de Clémence :

€ Ob quam egregiæ fæminæ lhiberalitatem...... majores itidem » nostri slatuam Isauræ illi virgini (ut fas est credere, nam de con-

» jugio nihil historiæ nostrates memorant)....…. honorabilissimo loco » in aulà Magni quod vocant Consistorii poni jusserunt. »

L'auteur ignore si réellement Clémence a vécu dans le célibat, mais il ne met aucun doute sur son existence. Il détaille les biens qu'Isaure a laissés :

€ Forum venalium quod Petræ dicitur media urbe situm , cum » aliquot aliis prædiis urbanis rusticisque. »

Rapportant enfin l'épitaphe de Clémence, il dit :

« Inscriptonis, aut vetustæ, aut ad vetustarum illarum exem- » plum expressæ aique cum Romanis comparandæ omnind hæc » verba sunt, majusculis ac deauratis mandata, Æncæque tabulæ » Inscripla litteris. »

Ces dernières paroles nous indiquent qu'en 1590 Pinscription primilivement gravée sur le marbre était déjà transportée sur une tablette de bronze.

M. Charles de Lagane avoue que Dufaur (de Saint-Jory) était recommandable par son érudition ; aurait-il avancé ces faits d’une manière si positive sil n’en avait acquis la certitude ? et peut-on le supposer servile imitateur de ses devanciers ?

. En 1592, Alexandre Bodius, poète écossais, publia un recueil de poésies latines à Anvers. Il les dédia à Jacques VI, roi d'Ecosse. On trouve dans ce recueil une pièce intitulée Calendula (le Souci), dans laquelle il fait mention de la fleur d'argent fondée par Clémence, et des Jeux qu’elle a établis à Toulouse.

Nec modo te puro Clementia diva argento, et Vatum palladiæ certamina clara Tolosæ Ornent; sed tenui superent sua jura britanno.

Nous touchons à l'éloge de Clémence Isaure par Papyre Masson. Il fut composé au mois d'octobre 1594. Cet éloge n’est, à mes yeux, qu'une amplification assez peu intéressante de l’épitaphe de dame Clémence. On y trouve seulement que cette femme fut ensevelie dans le chœur de l’église Notre-Dame de la Daurade; qu'on y voyait

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encore à celte époque son tombeau : Sepulla est in choro temph divæ virginis auratæ ubi tumulus ejus à marmore inspicitur. L'auteur affirme ensuite que, peu d'années avant qu'il composât cet éloge, le testament de Clémence avait été enlevé des archives. Nec supersunt testamenti tabulæ..... impudentr enim et damnoso furto ex publicis archivis ante aliquot annos subtractæ sunt. Nous allons voir que, si la dernière assertion de Papyre Masson est exacte , ce testament fut retrouvé peu d'années après.

Au Registre vert, f 87, on trouve une délibération des capitouls très remarquable. Selon l'antique usage, les mainteneurs semoncent les capitouls pour avoir à effectuer les volontés de dame Clémence. ils déclarent qu’ils savent très bien « la volonté de dame Clémence » Isaure être telle que chaque année y ait distribution des Fleurs » le trois mai à ceux qui auraient mieux fait, dicté et prononcé des » chants royaux en poésie française ,. » et ils déclarent ensuite formellement qu'ils ont vu naguère le testament de ladite dame. (Mémoire de l'Académie, 138.)

Comment concilier cette déclaration aussi positive, faite au nom du Corps de ville par d'honorables magistrats et consignée dans des registres publics, avec les assertions de Papyre Masson et une déclaraion contraire dort nous avons parlé plus haut? Cette assertion des capitouls de 1588 se trouve indirectement confirmée par les paroles de M. Montaudier, avocat, capitoul et mainteneur, qui, plus d’un siècle plus tard, en 1715, disait, en vengeant l'existence de Clémence contre les doutes avancés par Catel : « La liberté que j'ai eue de fouilier dans les Registres de l'Hôtel-de-Ville, monuments si respectables et si précieux , m'a fourni de nouvelles preuves de son existence. On y trouve que, dès le moment qu'on commença à écrire au long l’histoire de chaque année, ce qui avait été auparavant négligé , les capitouls n'ont pas oublié Clémence Isaure, et qu'ils l'ont reconnue comme la véritable fondatrice de nos Jeux. »

Nous avons déjà observé qu'il devait exister un Registre intermédiaire entre celui qui fut composé par Molinier, rédigé en 1356, et celui qui fut rédigé sous le chancelier Pierre Dafaur , en 1550,

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usé GE 2 appelé le Registre rouge, et qui commence à l'année 1513. On trouve, comme on voit , une lacune de 158 ans entre ces deux Registres, Cest précisément dans l’espace de cette période que l'opinion la plus probable place l'existence de dame Clémence. L'auteur du Mémotre de l’Académie avance que, si on avait eu la liberté de faire des recherches dans les archives de la ville, on eût trouvé le Registre antérieur à 1513, celui des ordonnances de Clémence Isaure énoncées dans ce dernier , au f 25%°, et qui doit contenir l’histoire et l'acte même de sa fondation (page 133).

Le témoignage de Raynal , dans son Histoire de la Ville de Toulouse, exprime les mêmes pensées : R

« Il est essentiel d'observer , dit cet auteur, que le Registre qui » devait former la suite de celui qui finit en 1356 a été égaré, et » que le second Registre de Académie ne commence qu’en 1513,

.» de façon quil y a une lacune de {58 ans entre ces deux premiers » Registres, Or, puisque dans le premier il n’est point fait mention » de Clémence , et que le second est intitulé Registre des délibéra- » tions failes au collée fondé en Tolose par dame Clémence , on » doit présumer que c’est dans cet espace de 158 ans que Clémence » Îsaure a vécu; elle est d'autant mieux fondée qu’elle convient » parfaitement à la date de lode gasconne la Bertat, et à tous les » faits qui sont rapportés tant dans Jes Registres de l’Académie » que dans ceux de l'Hôtel-de-Ville (page 132). »

L'opinion générale de la plupart des historiens est donc que les Registres historiques des Jeux Floraux qui contenaient le testament de dame Clémence , sa fondation | ses ordonnances et statuts correspondant à une partie du quatorzième siècle et au quinzième, ont été égarés. Il y a sur la perte de ces Registres trois sentiments : les uns l'ont attribuée à l’incendie de 1463 ; les seconds, à un larcin déplorable commis dans les archives de l'Hôtel-de-Ville ; les derniers , à l’une de ces fatalités qui , ayant permis que ces Registres passassent entre des mains oublieuses et négligentes , ont occasioné cette perte irréparable. Quant à la déclaration des capitouls de 1598, elle ne

peut s’accorder avec les sentiments que nous venons d'exposer qu'en

RE supposant que les capitouls ont vu quelque copie de ce testament ou quelque pièce à ce afférente. Du reste, quelle que soit l'opinion qu'on embrasse , l'existence de dame Clémence est complètement indépendante de la conservation de tel ou tel manuscrit.

Je pourrais ici ajouter üe nouveaux témoignages sur l'existence de cette femme célèbre. Le dix-septième et le dix-huitième siècle l'ont constamment proclamée comme la bienfaitrice des Jeux Floraux. Si elle n'a jamais existé , comment expliquer ces documents authentiques qui constatent la réalité de sa fondation, qui décrivent l'étendue üe ses domaines et l'emploi qu’elle a fait de ses biens? Dans celte longue suile d'écrivains et de poètes, pas un seul ne s’est élevé contre son existence jusqu'à M. Ge Catel ; on n’a pas même soupçonné celte erreur prétendue. Que les adversaires de Clémence Isaure puissent supposer que les mainteneurs avaient quelque intérêt à soutenir son existence, libre à eux; mais que les capitouls aient, sans examen, admis ce mensougce ; que, chargés de ménager les fonds de la ville, ils aient consenti à payer des prix en vertu d’une fondation chimérique; qu'invités par le collége du Gai Savoir à exécuter les volontés de dame Clémence, ils se soient soumis à une obligation imaginaire; que le syndic de la ville ait osé dénombrer les biens laissés par une femme qui n'aurait jamais existé, et cela dans un acte public nécessairement fondé sur le cadastre des domaines communaux ; qu'il ait eu la témérité de présenter un acte faux à des com-

tous ces mensonges, voilà ce qu'on ne persuadera jamais à qui que ce soit dans le monde ! et ce n’est pas par des raisons purement négatives ou par arbitraires interprétations qu’on détruit de semblables arguments,

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missaires du roi, et que ces commissaires aient aveuglément accepté

. VEEE.

Examen du système de M. le docteur NOULET. mm Témoignages en faveur de dame Clémence produits par le quinzième siècle.

On vient de voir qu'une tradition constante et unanime dans le XVI siècle a attribué à une femme nommée dame Clémence une fondation célèbre en faveur des Jeux Floraux. Nous allons maintenant remonter Jusqu'au quinzième siècle , et interroger les témoignages. que cette/époque nous offre sur son existence.

Je regarde le sentiment de Dom Vaissette, qui fixe cette existence aux premières années du quinzième siècle, comme le plus probable. Les raisons qu’allègue l’auteur du Mémoire de l'Académie pour placer la fondation de Clémence aux dernières années de ce même siècle, ne me paraissent pas concluantes. El dit, en effet, que le Registre qui commence en 1458 et finit en 148% , ne parlant d’aucune manière de dame Clémence , il faut nécessairement la placer après cette dernière date; il va même jusqu'à fixer, d’après le costume de la statue, sa mort à lan 1500 (p. 157). Cet auteur n'a pas remarqué que le Registre qu'il allègue, et qui est celui de, Guillaume de Gaillac, n’est point un Registre historique ; qu'il ne contient que les pièces qui ont été couronnées; qu'il n’est point étonnant qu'il n’y soit pas question de dame Clémence, et conséquemment qu'on ne peut point argumenter de ce silence: M. Noulet observe judicieusement que, si l'on place contre le sentiment de Dom Vaissette la mort de dame Clémence vers lan 1500 , Catel, qui est né en 1560, aurait pu voir, dans sa première jeunesse,

Ro rm

nt lo — les contemporains de cette femme, et que, dans cette hypothèse, il est bien étonnant qu'il ait jeté des doutes sur son existence,

Le système de M. le docteur Noulet mérite de notre part une sérieuse attention. Il ne s'est point présenté pour combattre l'existence de dame Clémence avec des litres authentiques, des actes positifs, clairs , précis et jusqu'ici inconnus ; il a seulement trouvé dans les divers Registres de l'Académie, dont il est l'éditeur, quelques pièces de vers adressées évidemment à la Sainte-Vierge, et dans lesquelles se trouve le mot de clémence ; il a été frappé de la répétition de ce mot. Qui sait, s'est-il dit à lui-même, si ce nom , appliqué par les poëles à la Vierge, au quinzième siècle, n'aurait pas donné lieu à la création d'un être imaginaire qu'on a appelé Clémence ? Cette idée Jui a souri, elle l'a séduit; il la revêtue d’une forme et l'a produite au dehors avec une entière bonne foi. Tout le monde est libre d'émettre une opinion, une appréciation, un système. M. Noulet a usé de cette liberté. Nous la prendrons aussi à notre tour, et nous établirons un autre système duquel il résultera que , tout en accordant à M. Noulet que dans les poésies qu'il cite il est question de la Sainte- Vierge, ce qu'il est difficile de nier , ces poésies sont à nos yeux une preuve nouvelle de l'existence de dame Clémence. Ce système est tout aussi inattendu que le sien : en le combattant par ses propres armes , nous ne prétendons pas ajouter plus de prix à la possibilité de la victoire. Je vais suivre pas à pas l’auteur dans l'exposition de son système. |

Nous avouons que la compagnie du Gai Savoir, depuis son institution en 1323, s'est toujours fait un devoir de célébrer les louanges de Marie. En cela, elle ne faisait que suivre les pieuses intentions de ses fondateurs. Voici comment s'exprime Guillaume Molinier dans son préambule à la lettre des sept troubadours, parlant du but que s'étaient proposé ces poètes. Il dit :

Per dar bonas doctrinas et bos issen- Pour donner bonnes doctrines et bons hamens à lauzor et honor de Diu Nos- enseignements à la louan ge de Dieu Notre Senhor et de sua gloriosa Mayreet tre-Seigneur et de sa glorieuse Mère et de tots los sans de paradis: de tous les saints du paradis.

A fie On voit par ces paroles que la louange de la Mère de Dieu nétait pas le but exclusif de ces jeux poétiques. Si dans le quinzième siècle, en particulier, on rencontre des poésies plus nombreuses en l'honneur de Marie, à Toulouse surtout, il faut l'attribuer au mouvement qu'imprimait dans les esprits religieux la fameuse question de limmaculée conception de la Sainte-Vierge. Tout le monde catholique soccupait de cette question ; Toulouse se fit distinguer par son zèle à soutenir la gloire de la Vierge-immaculée. En 1452, Bernard Du Rozier, archevêque de Toulouse, donna un nouvel éclat à la célèbre confrérie établie depuis près d’an siècle , en 1397, dans l’église de la Daurade , sous le titre de l’Immaculée Conception. Tout ce que la cité renfermait de grand dans l’ordre du clergé et de la noblesse donna son nom à cette confrérie; le culte qu'on y rendait à Marie inspira les poètes; il exista même plus tard, entre la compagnie des Jeux Floraux et cette confrérie, une religieuse alliance, puisque en 1585 nous trouvons un procès-verbal dans lequel il fat décidé que les Fleurs seraient données à cette confrérie. (Ponsan, p. 10.) À la même époque, la Normandie célébrait aussi le mystère de la Conception. Qu'était-ce que les Palinods, si ce n’est des chants royaux, ballades et rondeaux à l’honneur de limmaculée conception de la toute belle Mère de Dieu, patronne des Normands? L'image de la Vierge se trouvait naturellement à la tête de plusieurs recueils, soit de prose, soit de vers; et si les Lois d'Amour nous présentaient cette gracieuse figure, les Palinods de Rouen l'offraient aussi. C’est ce qu’atteste M. Brunet dans le Manuel du Libraire (t. HE, p. 613 ). Personne ne contestera à l’auteur du nouveau système l'influence que le culte de la Vierge a exercé sur les productions poétiques du moyen-dge. Il avance celle proposition : Qu'on prit, vers la fin de cette période, l'habitude de personmifier la Vierge dans le mot heureux de cLÉMENCE et pour prouver celte proposition , 1l cite plusieurs pièces de poésie où se rencontre ce mot.

L'auteur fait ici une équivoque en donnant à ce mot clémence un sens quil ne doit point avoir, et c'est celte équivoque qui l'a

trompé, En eflet, le mot clémence a dans notre langue deux significations bien distinctes qui dérivent de la langue latine: 10 if signifie une vertu, une qualité qu'on nomme bonté, douceur, clémence, clementia, et il est pris alors substantivement; 2 il signifie un nom propre servant à distinguer une personne d’une autre, Clémence, dérivant du nom propre latin Clemens et prenant une désinence féminine quand il s'applique à une femme, Clementia ; il est pris alors vocativement. D'après cette distinction, on voit que le mot de clémence peut être appliqué à la Sainte-Vierge , comme désignant en elle la vertu qui porte ce nom ; ainsi, on peut l'appeler Vierge clémente Virgo clemens , ou Vierge de clémence Virgo clemenliæ, Reine ou Dame de clémence Regina, Domna clementiæ ; on peut même, pour montrer la plénitude de sa douceur, dire qu'elle est toute clémence et la clémence même clementia ; ajouter enfin à ce substantif un adjectif qui en marque la grandeur : puissante clémence, potens clementia. Cest ainsi que saint Bernard l'appelait toule-puissance supphante, omnipotentia suppleæ. I est facile de voir que dans ces diverses applications du mot clémence, il ne change jamais de signification et exprime toujours la qualité, la vertu qu’on nomme clémence et douceur. 1] y a bien loin de cette signification à celle du nom propre Clementia, et je ne crois pas qu’on puisse nous citer une seule pièce de poésie manifestément adressée à la Vierge dans laquelle on la nomme Clémence comme on la nomme Marie ; car je ne pense pas que l’ode intitulée la Bertat, dont je parlerai plus bas, et dans laquelle se trouvent expressément ces mots dame Clémence, dona Clemensa, puisse en aucune manière s'appliquer à la Mère de Dicu. On va voir, du reste, par l'examen des pièces citées par l’auteur, la vérité de ma distinction. |

La première dans l'ordre des dates est celle d'Antoine de Jaunac, recteur de Saint-Sernin. Il gagna la violette en 1455.

Flors de vertutz sur totas la plus bela Fleur de vertu sur toutes la plus belle,

En cossiran , mos desirs se repausa ; Pensant à vous , se calme mon désir ; Si qu'en repaus la nueyt el jorn vos La nuit, le jour, je cherche à vous bénir [lauza

E’zam lauzor , esta sazo novela. Tout en repos , en la saison nouvelle.

En requestan, de bon cor vos apela En suppliant vous prie et de bon cœur Qu’em retengats en la vostra clemensa, Que me gardiez en la votre clémence, Car en aprés am tota diligensa Car aussitôt en toute diligence

Vos serviray mentre que zal mon viva. Vous servirai toujours, si je ne meurs.

Ou voit évidemment que , dans cette pièce , il est question de la clémence de la Vierge que le poète invoque.

Venons à une autre pièce: c'est celle de KR. Benoit qui obtint le Souci en 1471. Elle porte pour titre : Dansa de nostra Dona. Je ne citerai ici que la tornada où lenvor :

Confort del mon e clemensa, Du monde, Ô vous, force et clémence, Pregats vostre Filh veray Votre vrai Fils daignez prier

Que nos gart del infernal glay, Contre l’enfer qu’il veuille nous garder E sia de totz la deffensa. Et de tous être la défense.

Il nous est impossible de voir dans ces vers autre chose qu’une simple invocation à la Vierge, que le poète appelle force et clémence du monde.

L'auteur cite enfin la fameuse chanson de M de Villeneuve, composée en 1496. Je la reproduis ici tout entière, parce que c’est sur celte pièce que repose le système que j'établis.

Aquesta canso dictet la dona de Villa- Cette chanson composa la dame de Villenova , l’an 1496. neuve en 1496.

Quan lo printens acampat a las nivas, Quand le printemps a chassé les frimats E que tenen lo florit mes de may, Et que de mai reparaïit la verdure, Vos uffrizets a manhs dictators gay Vous présentez aux joyeux lauréats Del Gay Saber las flors molt agradivas. Du Gai Savoir la fleur toujours si pure.

Reyna d’amors, poderosa Clamensa , Je vous implore à trouver le repos, A vos me clam per trobar lo repaus; Reine d’amours, 6 puissante Clamence, Que si de vos mos dictatz am un laus, Et si de vous sont loués mes travaux,

Aurey la flor que de vos pren naysensa. J'aurai la fleur qui de vous prend naisfe {sance.

Jotz lo mantel d’una Verges sagrada, Sous le manteau d’une vierge sacrée La flor nasquet per nostre salvamen : La fleur naquit pour le salut de tous ; Dossetta flor, dont lo governamen Gentille fleur qui, se donnant à nous, Nos portara la patz que molt agrada. Apportera la paix si désirée.

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Baysar la flor, fons de tota noblessa, Baiser la fleur d’où vient toute noblesse

Sera tos tems mon sobira desir. Sera toujours mon souverain désir ;

E se del cel podi me far auzir, Et si du ciel je puis me faire ouïr,

Mitigara del pecat la rudessa. Il calmera du péché la rudesse. TORNADA. ENVOI.

Mayre del Christ que sus totasetz pura, Mère du Christ sur toutes la plus pure, Donatz, si us plalz, poder d’estre fizel; Accordez-moi de garder mon serment ; Gitalz nos len del grand serpen cruzel, Jetez-nous loin de l’horrible serpent

Et mostratz nos lo cami de dreytura. : ‘ Et montrez-nous le chemin de droiture.

Il est difficile de trouver, dans la langue romane , une chanson aussi délicieuse et aussi suave que celle-ci; je l'ai traduite avec toute la fidéhté possible, mais la traduction pâlit à côté de la ‘beauté de l'original.

Après la lecture de cette pièce, on ne peut un seul instant douter qu'il n’y soit question, en bien des endroits, de la Vierge immaculée. Raïsonnons d’abord dans l'hypothèse que cette pièce soit exclusivement adressée à Marie. Il me semble que l’auteur se trompe ici en affirmant que la Vierge y est désignée sous le nom de Clémence. Ce mot ne doit pas plus être pris dans ces vers pour un nom propre que dans les autres pièces déjà citées. C’est encore ici la clémence de Marie que le poèle invoque ; seulement il l'appelle la clémence par excellence, poderosa clamensa ; comme qui dirait bonté suprême. Je crois donc que l'interprétation naturelle de ce vers: Reina d'amors, poderosa clanensa, est celle-ci : Reine de poésie, qui êtes une puissante clémence.

En appliquant cette pièce entière à la Sainte-Vierge , il y a des vers dont le sens paraît assez contourné par cet ordre d'idées. Ainsi, je ne comprends pas , par exemple , comment il est possible que M° de Villeneuve dise : Que si de. vos mos dictatz an un laus, aurey la flor que de vos pren naysensa., — si mes compositions ont une louange de vous, j'aurai la fleur qui prend de vous naissance; en d'autres termes, je possèderai le Sauveur du monde , qui est la fleur de Marie. J'avoue que je ne sais trouver aucune espèce d'analogie entre une victoire remportée au Gai Savoir et la possession du Fils de

— = = pes + «es a ES ve “

RER Te Dieu. Elle dit ensuite que cette fleur portera la paix. Le verbe placé au futur ne peut point s'accorder avec l’accomplissement depuis long; temps réalisé des promesses divines par l’Incarnation. Elle dit enfin que son souverain désir sera de baiser cette fleur : Baisar la flor sera tos lems mon sobira desir. Ce langage paraît bien extraordinaire s'il faut le prendre dans un sens naturel.

Ces difficultés m'ont conduit à croire qu'il existait dans cette chanson un sens figuré et allégorique. Rapprochant cette pièce de celles où les poètes parlent de la clémence de la Vierge, j'ai pensé que, dans l'affectation assez marquée de répéter ce mot, il pouvait y avoir une allusion délicate de leur part à dame Clémence, dont la fondation réalisée excilait naturellement leur enthousiasme. -Appliquée véritablement à la Vierge et allégoriquement à dame Clémence, la chanson de M de Villeneuve a un charme nouveau et une délicatesse inexprimable ; les difficultés du texte disparaissent, et toutes les expressions y sont si adroitement ménagées, qu'on y passe tour à tour de la vérité à la figure, et que l’allégorie y soutient ce qui, sans elle, ne pourrait être expliqué.

Le lecteur va juger ici lui-même de la justesse de cette appréciation , et il verra si, en composant sa chanson pour la Vierge, la femme poète n’a pas eu réellement en vue la bienfaitrice du Gai Savoir.

D'abord la pièce ne porte pas, comme les autres, le titre de Canso de Nostra Dona , ce qui est déjà assez significatif. La première strophe est adressée aux mainteneurs : Vos u/frizeis à manhs dictators gay, vous offrez à maint gai compositeur les fleurs du Gai Savoir , del Gay Saber las flors moult agradivas. La seconde strophe est celle de l’invocation. Appliquée à dame Clémence, elle a un sens très naturel. Mme de Villeneuve l'appelle reine de poésie , reina d'amors ; elle invoque cette femme, «a vos me clam. On a cru voir dans ces paroles une preuve de la présence de Clémence ; j'y vois la preuve du contraire : on n'invoque que celui qui n’est plus. Elle était inquiète sur le sort de sa composition et lui demande le repos, c'està-dire le prix, per trouba lo repaus. Quoique Clémence ne soit plus

sur la terre , elle inspire les mainteneurs et règne encore en souveraine sur leurs jugements, et voilà pourquoi le poète lui dit : Si mes compositions obtiennent une de vos louanges, que si de vos mos diclatz am un laus, j'aurai la fleur que vous avez donnée , auray la flor que de vos pren naysensa. Ces dernières paroles ne sont-elles pas plus naturelles, appliquées à ces fleurs dont les libéralités de Clémence ont assuré la distribution, qu’à la fleur de la virginité de Marie, qui est le sauveur Jésus?

L'idée dominante de cetie gracieuse chanson est la comparaison des fleurs du Gai Savoir et de la fleur de Marie. A la troisième strophe, Me de Villenouve parle directement de la Vierge, mais l’allégorie est toujours soutenue : la fleur de Clémence est née sous son manteau, comme le Christ est né sous celui de sa mère. Cette première fleur , doucette et gentille, apportera la paix aux poètes qui concourent pour l'obtenir, comme la seconde a apporté la paix au monde : Dosseita flor dont lo governamen nos portara la patz que molt agrada.

A la quatrième strophe, l’allégorie est encore sensible : la femme poète a concouru pour le prix, et le succès qu’elle espère deviendra pour elle un nouveau motif de disputer encore la fleur ; aussi, ditelle avec une grâce infinie que son souverain désir sera de baiser cette fleur que l’on donne à la poésie, le plus noble de tous les travaux de l'esprit : Baisar la flor fons de tota noblessa | sera tos tems mon sobrra desir.

La cinquième strophe, qui forme la tornade ou l’envoi, est exclusivement consacrée à Marie et ne présente rien d’allégorique. Je regarde donc cette mélodieuse chanson 1° comme un éloge de la Vierge-Marie et de son Fils; 2° comme la plus suave et la plus belle allégorie à dame Clémence et aux fleurs dont ses libéralités ont assuré la distribution ; 3° je crois aussi que les autres pièces où il est question seulement de la clémence de la Vierge, présentent une semblable allusion quant au mot lui-même. Aïnsi, bien loin que les appréciations de l’auteur du nouveau système soient en opposition avec l'existence de dame Clémence , nous trouvons dans les poésies

ARE qu'il mvoque un nouveau témoignage en sa faveur. Si nous lui accordons que ses gracieuses chansons sont adressées à la Vierge, il pourra aussi nous accorder qu’elles sont allégoriques à la bienfaitrice de nos Jeux.

Poursuivons les témoignages du quinzième siècle. En 1498 , Bertrand de Roaix gagna le prix d’une Eglantine. Voici le titre de sa pièce : Canso de nostra dona per laqual mosseu Bertrandi de Roaiïx gazanhel l'eglantina novella que foc dada per dona Clamensa l'an 1498. Il règne dans ce litre une légère équivoque; on pourrait croire, au premier abord , que cette fleur fat donnée par Clémence en 4498, et c'est mème ce qu'on a cru assez généralement, puisqu'on s'est servi de ce titre pour accréditer l'opinion que Clémence avait vécu et distribué les prix à la fin du quinzième siècle. Je crois que la date de 1498 indique seulement l’année où Bertrand de Roaix a remporté le prix, et non pas celle où dame Clémence a donné l’'Eglantine nouvelle. Il est bien vrai qu’en 1498 on donna une nouvelle fleur, mais ce n'était point une Eglantine; c'était une Giroflée. Un mandement cité par M. de Lagane (p. 44) ne laisse aucun doute sur ce point : Item pagat per una flor et girofleda d'argen. Ce mandement désigne unc fleur indépendamment de la Giroflée , et qu'on ne nomme pas, una flor. Selon toutes les apparences, c'était l'Eglantine donnée par dame Clémence , et dont la ville fit les frais en qualité de sa légataire. L'épithète de nouvelle est ajoutée à cette Eglantine, pour Ja distinguer de l’ancienne fleur de ce nom , qui fut introduite au nombre des prix donnés environ 20 ans après la Violette d’or, nommée la Fleur Souveraine, sans qu'on puisse assigner d’une manière bien précise l’époque exacte de la donation de ce prix. Il est à remarquer que, jusqu’en 1399, lEglantine n'avait point porté encore le ütre exclusif de fleur nouvelle ; c'est ce qui est attesté par un article des ordonnances que Colard d'Estouteville , sénéchal de Toulouse , publia le 6 juin de cette année, touchant les frais communs et la police de l'Hôtel-de- Ville. Ces ordonnances avaient été dressées par Pierre de Campredon, juge d’Albigeois, Bernard Fornier, lieutenant du viguier, et vingt-trois avocats ou bourgeois élus par le Corps de Ville.

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L'article dont il est question est le 29°, et regarde les frais com muns : item foc avis que, del fait de la violetta et de la eglantina et del gauch, que se fassa coma accoustumat es. (Hist. du Lang., t. IV, p. 567. ) Puisque l'Eglantine, à cette époque, n'avait point encore reçu l'épithète de nouvelle, on peut conclure, avec le grave historien du Langudoc, que la fondation de dame Clémence n'avait point encore été faite; et puisque, d’après le titre de la pièce de Bertrand de Roaix en 1498 , elle était appelée nouvelle précisément à cause de Ja donation faite par Clémence, il faut nécessairement placer l'existence de cette femme célèbre dans le cours du quinzième siècle. Si on observe que dans ce titre il est question d’une fleur déjà ancienne en 1498, que foc dada per dona Clemensa, on tombe naturellement au sentiment de dom Vaissette, qui place cette fondation dans les premières années de ce même siècle.

La chanson de Bertrand de Roaix se trouve dans le Registre de Saint-Savin. On n’est point d'accord sur l’époque à laquelle ce Registre a été composé : les uns le placent à la fin du quinzième siècle , et d’autres dans le seizième. Quelle que soit l'époque de sa composition , il est certain que le titre de la chanson de Bertrand de Roaix n'a point été mventé à l’époque de la formation du Registre, et que cette chanson existait avec son titre en 1498. Comment, sans cela, aurait-on pu savoir qu’elle appartenait à ce poète et qu'il avait obtenu l’Eglantine nouvelle fondée par Clémence ? Une déclaration aussi positive suppose l'existence d’un titre authentique, et ne

saurait être attribuée à une opinion vulgaire qui aurait accrédité une erreur.

S ' : a E dan SR HE C : jé Lg ——— Ts re nn

Parmi les témoignages que le quinzième siècle offre en faveur de dame Clémence , il faut particulièrement s'arrêter sur l’ode intitulée a LA BERTAT, et qui a pour objet l'expédition de Duguesclin contre Pierre-le-Cruel.

Ce prince, qui était roi de Castille, avait été détrôné par les .. Compagnies, composées d’Anglais et de Gascons. Le prince de Galles le prit sous sa protection, et fit dire aux Compagnies qu'il avait besoin de leurs services. Celles-ci traversèrent les Pyrénées et le comté de Foix, au nombre d'environ douze mille hommes. En sortant du comté, élles se partagèrent en trois corps; deux se rendirent, par la Gascogne, à Bordeaux, où était le prince de Galles; et le troisième, composé d'environ trois mille hommes, entra dans le Toulousain pour se rendre à Montauban, qui apparténait à l'Angleterre. Henri, comte de Transtamare, nouveau roi. de Castille, ayant appris les préparatifs du prince de Galles pour remettre Pierre-le-Cruel sur le trône , envoya Bertrand Dugüesclin en Aragon et en France avec ordre d'aller chercher du secours. Duguesclin arriva dans le Toulousain , et quatre cents des plus notables habitants de Toulouse le suivirent dans cette expédition d'Espagne. Pierre-le-Cruel repassa en même temps en Castille. Henri marcha contre lui avec tout ce qu'il avait de troupes. Les deux armées s'étant rencontrées à Navarette, le samedi 3 avril 1367, il sy donna un sanglant combat dans lequel Henri fut défait, Duguesclin prisonnier , la Castille reconquise, et Pierre-le-Cruel replacé sur le

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