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Incendie de 1463, «= Mutilation manifeste de quelques registres.
Tous les annalistes de Toulouse rapportent que, le 7 mai 1463, le feu se déclara, à dix heures, du soir dans une rue voisine de la place Rouaix, chez un boulanger, et qu'un vent du sud extrême-
pos
ment violent favorisa l’activité naturelle des flammes; en sorte que plusieurs quartiers de la ville furent entièrement consumés: ce qui s'explique par la manière dont les maisons étaient construites, et par la nature même de ces constructions qui étaient toutes de bois. Cet incendie dura plusieurs jours, et Lafaille termine ce récit par ces paroles : « Il est constant que plusieurs églises et beaucoup de monastères, et d’autres édifices publics, furent entièrement ruinés, et entr'autres l’'Hôtel-de-ville, ce que fut cause de la perte de beaucoup de titres. » On pourrait donc premièrement attribuer la perte des manuscrits historiques à cet incendie, si l’on observe surtout que tous les registres des Jeux Kloraux étaient alors aux archives de l'Hôtel-de-Ville. .
Les registres qui sont venus jusqu’à nous ont subi, en grande partie, de déplorables mutilations. L’un des plus intéressants pour la question qui nous occupe, est celui de Saint-Savin, qui renferme Ja chanson de Mm* de Villeneuve et les vers de Bertrand de Roaix. Or, ce registre, où est nommée dame Clémence, faisait partie, comme l'observe M. d’Aldéguier dans son excellente dissertation sur les manuscrits de l'Académie, d’un recueil plas considérable dispersé et lacéré par l'effet du temps et de lincurie. Ce registre de Saint-Savin commence au milieu de quinzième siècle (1446) et finit en 1498 ; or, c’est précisément dans cette période que Dom . Vaissette place l'existence de Clémence. Que n’aurions-nous pas pu espérer d’utiles renseignements si ce registre eût été conservé dans sa parfaite intégrité! Ainsi peut être expliquée l’absence des monuments historiques sur l’époque précise de l'existence de dame Clémence.
Il existait un grand nombre de sépultures dans l’église paroissiale äe la Daurade.
L'un des grands arguments des adversaires dé l'existence de Clémence lsaure, c'est que l’église de la Daurade était privilégiée, qu'on n'y enterrait personne, et que conséquemment l’histoire du tombeau de cette dame en cette église est une chimère. Il est facile de détruire cette objection.
Il existait à l’église de la Daurade quatre endroits différents desünés aux sépultures : 1° un cimetière appelé de Toussaints, situé autour du rond-point de l’ancienne église; 2° Je cimetière des Comtes de Toulouse, qui s’étendait en dehors, le long du chœur, jusqu'à la Garonne; 3° le cloître, où l’on voyait un grand nombre de tombeaux; 4° l'éclise elle-même.
Nous ne une transaction passée, l'an 1302, entre le recteur de la Daurade et ses paroissiens, par laquelle il conste qu’on enterrait non seulement dans le cimetière , mais encore dans l'église. Voici le texte: « Item si dicti parochiant, vel aliquis eorum anniversarium velit facere , illud fiat in aliare sancti Michaelis dicti Capelani seu dictæ ecclesiæ, nisi corpus fuerit monachatum vel extrà dictam ecclesiam et cæmeterna sepultum; » ce qui prouve que l’une des conditions pour que le service se fit dans cette chapelle, était que le corps eût été enseveli dans l'église ou les cimelières adjacents.
En matière de sépulture, par le mot église on n'entend pas seulement l'espace compris entre les murs de l'édifice et recouvert par la voûte, mais encore les principales dépendances du temple,
| — 15 — (els que les cloîtres et les cimetières. En voici la preuve. Chabanel, dans son livre de l'Etat et Police de l'Eglise de la Daurade, s'exprime ainsi à la page 223: « Maître Jean de Nouailles étant décédé et ayant sa sépulture en la dite église, les religieux célèbrérent la messe des honneurs dans le cloître, bien que le corps | fût enterré au cimetière de l'eau. » Ainsi, la famille Nouailles
avait sa sépulture en l'église de la Daurade, quoiqu'en réalité les corps fussent inhumés dans le cimetière. L'argument tiré des prétendus priviléges de l'église de la Daurade n’a donc aucune valeur.
Les maisons seigneuriales avaient souvent des revenus établis sur les balles et autres marchés publics.
Lorsque les seigneurs ou coseigneurs des villes cédaient à leurs concitoyens certains emplacements pour y établir des halles et des marchés, ils se réservaient ordinairement des droits sur les terrains cédés, qu'on appelait censives et péages ; ils étaient alors copropriétaires de ces lieux. |
Dans l'ancien Droit français, les seigneurs n'avaient point sans doute la disposition des places publiques; mais, en compensation des soins que le seigneur était obligé de se es pour veiller à la garde, à la police et à la manutention de ces places, il avait le droit de construire des halles sur la place de la commune, pourvu que la circulation n’en fût point gênée (V. Henrion de Pansey, des Biens communaux, ch. IL.) | |
À cause, soit sk droit de police sur les places, soit du droit de propriété sur les halles construites par eux, les seigneurs percevaient, sinon partout, du moins dans plusieurs localités, un droit
de appelé droit de-hallage où havage, etc. , à raison de l'apport ou du dépôt des grains, viandes, besliaux et autres denrées on marchandises dans les foires, marchés, places ou halles. (V. le Répert. de Merlin.) |
D'après ces principes de droit, qu'on ne peut révoquer en doute, on voit que, sans avoir la propriété des places publiques, la famille de dame Clémence a bien pu avoir celle des halles ou marchés construits sur ces places, et conséquemment que Clémence a bien pu donner, non seulement les revenus qui provenaient de ses. droits, mais encore la propriété de ces halles et de ces marchés construils par ses ancêtres. Ainsi, la donation dont il est parlé dans son épitaphe, du marché au blé, au vin, au poisson et à l'huile , faite par elle à la ville de Toulouse à certaines conditions, ne peut souffrir aucune difficulté.
Telles sont les observations qui peuvent servir de principe de solution aux difficultés proposées contre l'existence de Clémence. Nous arrivons maintenant à des faits directs et incontestables qui se rattachent à la question qui est l’objet de notre étude historique.
Il a évidemment existé une fondation en faveur de la Compagnie du Gai Savoir ou des Jeux Floraux particulièrement affectée à payer les fleurs destinées aux poètes.
Charles de Lagane s'attache à montrer, dans Ja première partie : de son Discours, que le prix des fleurs a constamment été payé par la ville dans les quatorzième, quinzième et seizième siècles. Il produit à l'appui de son assertion un grand nombre d'ordonnances
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et de mandements. Personne ne conteste ce fait, qui est acquis à l'histoire. Ce qui ne l'est pas moins, c'est qu'il y à eu d'assez fréquentes interruptions et de longues lacunes dans ces ordonnances. Ainsi, on n'en trouve aucune de 1417 à 1440, de 1443 à 1454, de 1467 à 1#85. On ne rencontre dans cetle première période aucun acte émané du collége de la Gaie Science qui exprime une plainte contre ces interruptions, où formule quelques exigences, Mais, à dater de l'année 1485 ou environ jusqu’à l'année 1520, c'est-à-dire pendant l'espace de 35 ans, un nouvel ordre paraît s'établir; les lacunes sont beaucoup moins fréquentes ; on donne à la distribution annuelle des Fleurs un éclat musité ; on établit trois splendides collations. L'an 1487 on introduit l'usage de faire un discours, dont on appelle l'orateur en langue romane le sermounaire de las flous (page 38-39). En 1498, le prix d’une fleur nouvelle est fondé. Ce fut d'abord une Giroflée; plus tard, une Pensée; plus tard encore, une Marguerite. On revint, en 1505, à l'O&illet (page ##). ; |
Le collége de la Gaie Science prend une forme nouvelle : les grades de bachelier et de docteur sont abolis; il est statué que, pour acquérir le titre de maître et le droit de juger, il suffira d’avoir remporté trois prix (page 41-42).
- Le changement le plus remarquable qui s'opère dans la période que nous parcourons , c'est l'introduction de la poésie française dans les concours de la Gaie Science. Avant l’année 1500, on n’admettait que des ouvrages en langue toulousaine, ou, si l'on veut, romane, et qu'on appelait coblas, sirventes, dansa cansou. En 1471, Pierre de Janillac obtint une statuette d'argent : forec jutjada (adjugée) una dama d'argent à mestre Pierre de Janillac, parce que, quoique parisien , il avait composé en langage toulousain , perso que dictet a langatge de Tholosa. Après l'année 1513, on ne trouve parmi les pièces couronnées que des chants royaux en langue française.
Que se passa-t-il dans les premières années du seizième siècle entre les capitouls et les mainteneurs ? Ces derniers prennent toutà-coup , à l'égard des premiers, un caractère et une position tout
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différents. Dans l’année 1508, ils adressent pour la première fois aux capitouls, le premier jour d'avril, un discours ou semonce dans lequel ils somment ces magistrats d’avoir à tout préparer pour la fête des Fleurs. Les années sécoulent , et l'on trouve toujours la même autorité du côté des maintencurs dans leur semonce, et la même déférence du côté des capitouls. Depuis lannée 1520 jusqu’à la fin du seizième siècle et pendant le dix-septième , les registres des Jeux Floraux sont remplis des sommations des mainteneurs pour faire exécuter en faveur des Jeux certaines volontés testamentaires, et des déclarations des éapitouls qu'ils fairont leur devoir. Le doute ne peut plus être permis sur l’existence d’une fondation en faveur des Jeux , puisque nous lisons au Registre rouge, f° 23,. qu'en l’année 1540 Ile collége enjoignit aux capitouls de faire refaire la masse d'argent du bedeau et d’y faire placer les armes des maintencurs ‘aux dépens des fonds donnés. Le même Registre, {° 209, dit : qu’en 1554 le collége des Jeux Floraux délibéra de donner au poète Ronsard une fleur d'argent qui serait faite aux dépens de la fondation. Cette fleur fut changée en une Minerve d'argent.
Si les capitouls n’eussent point été obligés, en vertu de quelque ütre indestructible, de donner le prix des fleurs et de faire les frais de la fête, n’auraient-ils pas repoussé toutes les sommations des mainteneurs et méprisé leurs menaces ? |
Il me semble que, d’après les faits que je viens de citer, on ne révoquera pas en doute l'existence d’une fondation faite en faveur des Jeux Floraux dans le cours du quinzième siècle. |
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