‹ Clmence d'Isaure, bienfaitrice de Jeux FlorauxChapitre 8 sur 12 · E A + DA · texte numérisé non relu

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Josse, dans lequel il raconte la manière dont cette Ode lui fut remise par Je chanoine Boisset. Ce mémoire, conservé avec soin par la famille de Louvreins, fat remis à M. de Ponsan par M. Jean- Bapüste de Josse, conseiller au parlement, fils de Charles de Josse qui eut pour père l’auteur du Mémoire. Dans cet écrit, tel qu'il est rapporté par M. de Ponsan (Hist, de l'Acad.),. M. de Josse ne donne aucune date à cette Ode; il dit seulement qu'elle est composée en langue vulgaire et divisée en strophes de six vers chacune, vernaculà linguâ versibus senarüs compositam ; qu’elle fut récitée aux Jeux Floraux de Toulouse par un bachelier en droit dont les initiales sont seules marquées : 2n ludis floralibus Tolosæ, à J. B. juris baccalaureo recitatam.

Charles de Lagane s'élève ici avec force contre l’infidélité historique de M. de Ponsan, et il affirme ( p. 1#1) que, dans les Mémoires de M. de Josse, ce magistrat déclare formellement que l'Ode . fut composée en. 1367. Voici ses preuves : il produisit deux manuscrits; le premier est intitulé Liber Iconum, formé et couvert de feuilles de parchemin, contenant la généalogie des Josse et les portrails de ceux de cette famille. L’Ode est transcrite au fond da livre. À la page vis-à-vis, on lit ces mots : Cette Ode ci-contre a été faite le 1° avril 4367... Cette Ode remporta un prix à la Maison-de-Ville de Toulouse, cette dite année 4367. A la tête de l'Ode sont ces paroles: Ode faite en 1367 et le 1% avril ; et à. la fin, celles-ci : ME. CCC. LXVIE april. in artibus.

Le second manuscrit, relié en veau, est intitulé : Oôbservationes in hbrum Iconum et genealogiam lustoricam Jodocorum Lauveriniorum. C'est à la page 32° que se trouve le fameux passage de M. de Josse. Il y est dit: Adscribam verbo ad verbum historiam Guesclini vernaculà hingu& versibus senarus compositam, et in ludis florahibus Tolosæ, ab incerto auctore, anno millesimo trecentesimo sexagesimo septimo , primä aprilis recitatam. A existe, comme on le voit, une bien grande différence entre ce passage rapporté par M. de Lagane et celui que M. de Ponsan a inséré dans son Histoire de l’Académie. Dans ce dernier il n'y a pas de date, et l'Ode est attribuée à J. B.,

bachelier en droit. Dans le premier, au contraire, l'auteur n'est désigné ni par sa qualité ni par les initiales de son nom, et la date de l'Ode est précisée. Sans chercher ici à expliquer l'inexactitude de de M. de Ponsan, je regarde le passage cité par Lagane comme authentique. Ce dernier auteur produisit aussi une copie de lPOde qu'il avait en sa possession : elle était en cinq feuillets couverts en parchemin ; sur la couverture on lisait ces mots : Ode ou Cansou récitée à la Maison-de-Ville de Tolose, aux Jeux Floraux, en 1367 et le premier avril, par J. B., m. ez arts; et à la fin ces autres mots: M. CCC. LXVIE april. J. B. m. in artibus. Il est d’abord incontestable que la date de 1367, appliquée à la composition et à la récitation de l'Ode, est complètement fausse. En effet, à la strophe 42° il est dit :

Enquera lou rey Carlo Quin Encore le roi Charles Cinq Aperec debes et Guesclin, | Près de lui manda Duguesclin, Et bé lou fec soun counestablé. Et bien le fit sôn connéfable.

Or, ce héros ne fut élevé à cette dignité qu'en 1370, le 2 cctobre. Mais comment cette date si précise s’est-elle trouvée annexée à cette Ode? Nous allons offrir ici une explication qui satisfera peut-être le lecteur, L'expédition de Duguesclin avait enlevé à Toulouse sa plus brillante noblesse ; plus de deax cents familles déploraient la perte de lun de leurs membres tué à la fameuse bataille de Nadres. Cette désastreuse journée avait laissé dans l'esprit des habitants de tristes et impérissables souvenirs; elle résumait à elle seule toute cette expédition. La date de cette bataille effaçait toutes les autres dates; elle etait devenue comme Île titre obligé de tous les monuments hisioriques sur cette matière. L’auteur anonyme de l’Ode voulut consacrer par un chant populaire cette immense douleur. Sa cansou est une élégie sur la mort de tant de braves. Qui ne serait maintenant frappé de la coïncidence de la date fixée à cette pièce et de celle de la célèbre bataille de Nadres? D'après dom Vaissette (t. IV, p. 577), la bataille de Nadres, de Najara ou de Navarette, dans laquelle Henri comte

Helpe

de Transtamare fut entièrement défait, se donna le samedi 3 avril, veille du dimanche de la Passion , de lan 1367. Ne pourrait-on pas admettre que l’auteur qui composa cette Ode plusieurs années après cette expédition, a placé cette date mémorable comme résumant tout ce grand évènement ? La coïncidence que je remarque n'a été, je crois, observée par aucun auteur. M. de Josse, trouvant cette date sur la pièce authentique, aura cru naturellement qu’elle imdiquait l’année où elle a été composée, sans faire attention à la contradiction que nous avons relevée, et cette erreur s'est reproduite dans les divers exemplaires manuscrits et imprimés de cette Ode. Ainsi, je conserve à cette cansou la date de 1367, non pour désigner l’époque où elle a été composée, mais pour préciser le terrible évènement qui en est le principal sujet. |

M. de Josse, dans ses Mémoires produits par Lagane, ne cite pas les lettres initiales du nom de l'auteur, qui se trouvent rapportées dans quelques exemplaires de Ode historique. Le rapport qui existe entre les lettres J. B. et le nom de Jean Boisset, pourrait faire suppos2r que M. de Josse, ayant reçu cette pièce des mains de ce chanoine, a placé les initiales de ce nom au bas ou à la tête de l'Ode, et qu'après lui on a formé un titre indiquant comme lauteur de l'Ode celui qui n’en était que le donateur , attendu que ce Jean Boisset , au témoignage de M. de Josse, pouvait bien être maître ès-arts où bachelier en droit, à mwagisrro Joanne Boisset viro LITTERIS et virtule Singular. |

Dans l'incertitude complète où nous sommes de l’époque précise où cette Ode a été composée, nous devons consulter ici les senliments des divers auteurs. Lafaille affirme que ce poème a été écrit

dans le langage qu'on parlait à Toulouse vers le quatorzième siècle, té 7 Ii paraît, dit Dom Vaissette, que cette Ode n’a été composée au plussnis

tôt qu'au commencement du quinzième siècle. Il semble s'éloigner. :

de ce sentiment dans la note 27° du quatrième tome de son Histoire, où il avance que la chanson dite de la Bertat a été composée dans. : : le pays quelque temps après l'expédition de Duguesclin. Charles de :

Lagane prétend que cette pièce a été fabriquée au dix-septième siè-

SORTENT CR Den ns can evene tonne RE rer

cle : sentiment insoutenable , comme l’observe très bien l’auteur du nouveau système, Quel intérêt, en effet, pouvait présenter le récit en prose rimée d’un événement accompli depuis près de trois siècles ? Duguesclin mourut en 1380. Sept ans après sa mort, on composa sa Vie dont Menard nous à donné l'édition. On trouve dans cette Vie l’histoire de son expédition d'Espagne décrite en ces ternes : « À donc firent charger et trousser leur harnoiz (Duguesclin » et ses associés) et s’en allèrent à Toulouse la c té, où le duc d’An- » jou estoit, qui moult les hounnoura et donna maint beau don aux » chevaliers; puis pria en conseil à Bertran si cher comme il l’ai- » malt que il allat aidier à Henry à l'encontre de Pierre qu'il trou- » verait en Aragon, où il gastoit le Foyaume; et que sur lui qui ne » creoit pas la foi chrétienne il vengeat la mort de la bonne royne » d'Espagne; et Bertran lui respondit que il en ferait tant qu’il s'en » apercevrait ; dont print congié Bertran du noble duc, et tant che- » vaucherent lui et ses gens qu'ilz vindrent près d'Aragon. » On voit ici lesommaire de l'expédition de Duguesclin dont l'Ode lustorique nous offre le détail, ce qui ferait supposer qu’elle a été composée après la publication de la Vie de ce héros, qui eut lieu en 1387. Cette supposiuon s’accorderait avec l'opinion de Dom Vaissette, qui la place dans les premières années du quinzième siècle, et nous croyons cette date exacte parce qu’elle n’est point trop éloignée de l'événement, que toutes les familles qui avaient à déplorer la mort de tant de victimes existaient encore, et qu’ainsi celle pièce élégiaque conservait un intérêt et un à-propos qu'elle n'aurait plus eu si on place plus tard sa composition. Observons, d’ailleurs, qu'il y a dans cette Ode des détails si précis et tellement circonstanciés , qu'ils n’ont pu arriver à l’auteur que par la voie d’une tradition contemporaine. Cette Ode a été regardée par Dom Vaissette comme une preuve incontestable de lexistence de dame Clémence. Son sentiment bien formulé est que cette dame vivait à l'époque où cette pièce fut composée (t. IV, p. 566). Il est difficile de conclure autre chose de la lecture attentive de cette Ode, car, de savoir si elle a été présentée

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