PRE VE
récila, c’est ce qu'il est, je crois, impossible de connaître d’une ma-
nière positive par le texte seul.
Je ne dois rapporter ici que les strophes où il est question de dume
Clémence.
Dona Clemensa, se bous plats, Jou bous diré pla la bertat
Sur la guerra que ses passada Entre pey lou rey de Leon
. Henryce soun fray rey d'Aragoun Et dab Guesclin son camarada ;
Et lous mundis qu’eron anads Et lous que noun tournen jamas, Ses qu’eu demandé recompensa, Perso qu’eu n’ou meriti pas D’abé de flous de bostros mas ; Suffis d’abé bostra ainistensa.
Dame Clémence, s’il vous plaît, Bien vous dirai la vérité
Sur la guerre qui s’est passée Entre Pierre, roi de Léon, Son frère Henri, roi d'Aragon, Et Duguesclin , son compagnon:
Sur les Toulousains qui partirent Et ceux qui ne revinrent plus, Sans vous demander récompense, Car je ne mérite pas
D’avoir des fleurs de votre main ; Me suffit votre bienveillance.
L'Ode est composée de quarante-huit strophes de six vers chacune. À la dernière, l’auteur revient à dame Clémence et s'exprime
SU
Perque jou nen diré pas mas Que besi qu’aco bous desplats D'ausi diré, dama Clemensa , La mort de tant de brabos gens, Que n’eiran mas que sufficiens De creicel terradou de Fransa.
Je n’en Girai pas Car je vois qu'il
davantage ,
ne vous plait pas D'écouter, Ô Dame Clémence,
La mort de tant de braves gens, Etant bien plus que suffisants Pour étendre pays de France.
Après avoir étudié cette Ode aves le plus grand soin, je crois qu'il est incontestable 1° que cette cansou est adressée à un personnage auquel on donnait le nom de dame Clémence; 2° que ce personnage distribuait des fleurs pour prix de la poésie; 3° que, si du mot aust (ouir) on ne peut pas conclure rigoureusement que ce personnage était présent au moment où la pièce était récitée, en supposant
qu'elle lait été, on peut du moins conclure qu'il aarait pu lentendre , et conséquemment qu'il existait à l’époque où l’Ode a été composée; 4° que c’est la seule poésie dans laquelle le mot de Clémence
Do soit précédé de celui de dona où dama ; 5° que ce mot de Clémence est pris ici dans un sens bien différent de celui des autres poésies adressées à la Vierge, et qu'évidemment il est pris vocativement pour un nom propre de femme, et non substantivement pour désigner la vertu de Clémence; 6° que, dans cette pièce d’une immense étendue, il n'existe pas un seul mot qui ait trait à la Mère du Christ, pas une seule invocation, pas une allusion qui lui soit adressée : ce qui est, à mes yeux, une preuve sans réplique que l’'Ode n’est point adressée à la Vierge, contrairement à ce qu'a gratuitement avancé l'auteur du nouveau système; 7° que, d’après les observations que nous avons faites, et suivant l'opinion de Dom Vaissette, cette pièce fixe à peu près l’époque de l'existence de dame Clémence au commencement du quinzième siècle.
De la statue de dame Ciémence.
Après avoir exposé la suite de la tradition relative à dame Clémence, il convient d'étudier maintenant certains monuments publics qui ont été élevés à sa mémoire. Le premier qui se présente à notre examen est une statue de marbre blanc qui fut apportée de l'église de la Daurade au Grand-Consistoire de l’'Hôtel-de-Ville.
D'après ce que nous avons dit plus haut, la question de lexistence des sépultures dans cette église ou ses dépendances est complètement dirimée. Je vais d'abord établir que cette statue , dont la forme a été modifiée, était primitivement une statue tumulaire étendue sur un sépulcre. Nous possédons un bail à besogne délivré par
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ut que
MAL. les syndics et capitouls de Toulouse à Claude Pacot et Pierre Affre, sculpteurs , en date du 7 août 1627, par lequel ces artistes s'engagent « à couper les bras de la statue qui sont mal faits et en » ajouter d’aatres de marbre comme la dite figure; de couper le » lion qui est sous les pieds et en faire une plinthe ; ôter le chape- » let et le piédestal ; restaurer et raccommoder la figure de dame » Clémence, tenant la dite figure en la main droite, les quatre fleurs » ou églantines que les dits Pacot et Affre seront tenus de faire et » dorer, et en tout rehausser le mieux qu'il leur sera possible. » Ce travail fut exécuté. Voici ce qu'écrivait , en 177%, M. de Montégut à M. Delpy, secrétaire particulier de l'Académie , dans une lettre dont je possède l’autographe : « M. Lagane à porté un nouveau » plaidoyer où il a cité la quittance de louvrier qui mit à la statue » les bras qu’elle a à la place des mains jointes tenant un chapelet » et d’un lion quelle avait à ses pieds. Voilà l'histoire du mauso- » lée bien établie.» Comment, après cela, M. de Lagane a-t-1l pu soutenir (p. 174) que cette statue fut faite en 1557 et qu'elle était droite, lorsque surtout l'examen de la statue fait en 1775 par Lucas et Rivals vint prouver qu’elle était taillée à plat par derrière? AH est donc démontré que cette statue appartenait primitivement à un tombeau. Ce qui ne l’est pas moins, c’est qu’une tradition constante reconnaissait dans cette statue la figure de dame Clémence ; c'est ce que les capitouls déclarent dans le bail déjà cité : Restaurer et raccommoder la figure de dame Clémence.
Au f° 76° du Registre de 1513 , on trouve la ballade de Saint- Aignan. N'oublions pas que ce Registre fut composé sous le chancelier Pierre Dufaur, en 1550. Le titre de la ballade de Saint-Aignan mérite une sérieuse attention. Le voici tn exlenso : Ballade sur l'épitaphe de dame Clémence Isaure , trouvée à son sépulchre de la Daurade , qui institua les Jeux Floraux à Tholose, de laquelle avons la statue de marbre céans apportée du dit sépulchre. Ce poète composa sa ballade une année avant la formation du Registre ; le titre a pu être placé ou à l’époque même de la composition de la ballade, en 1549, ou en 1550. Il est question dans ce titre d’un
SN
fait d'une notoriété publique , c’est que dame Clémence avait son sépulcre à la Daurade , et que déjà sa statue avait été transportée dudit sépulcre. Il est essentiel de relever en passant une erreur : cest que cette translation n’a pas eu lieu en 1557, comme quelques auteurs l'ont avancé, mais évidemment avant l’année 1550 , puisque la statue, d'après le titre de la ballade, était au Consistoire à cette époque. Si en 1549 ou 50 Le tombeau de Clémence n’était point à la Daurade, s'il n'y avait jamais été, si on n'avait pu l'y apercevoir tous les jours, comment le chancelier Pierre Dufaur aurait-il pu avancer
dans un Registre public un fait dont il élait si facile de démontrer la fausseté ? ;
Neuf ans après le poète Saint-Aignan, Bodin, dans le discours dont nous avons parlé plus haut, affirme que dame Clémence‘était imhumée à la Daurade, ad Deauratæ ubi requiescit in pace. Bodin, en 1558, aurait-11 parlé ainsi s'il n’avait eu l'entière certitude de l'existence du tombeau de Clémence dans cette église ? Ce tombeau était encore visible en l'année 159%, puisque Papyre Masson déclare positivement qu'on l’y voyait de son temps : Sepulitaque est in choro templi divæ Virginis auratæ ad Gurumnam flumen ubi tumulus ejus à marmore adhuc visitur. D'après ce passage de Papyre Masson, le lieu même où se trouvait le tombeau de Clémence est désigné : c'était le chœur de l'église, in choro. La position de ce sépulcre se trouve confirmée par un texte de Chabanel dans son livre des Antiquités de la Daurade (p. 87 et 88). Voici comment il s’exprime : « Il n’y a nul doute » quele temple de Pallas ne fut jadis où est à présent l'église Notre- » Dame dite de la Daurade , et que l'hémicycle de la muraille qui » environne le grand autel et les caveaux qui sont au-dessous ne » soient partie de ce ‘vieux temple. » Il y avait donc des caveaux sous l'autel ; Clémence pouvait donc y avoir été inhumée.
Des assertions aussi claires, aussi positives, ont déterminé le savant bénédictin Dom Vaissette à déclarer formellement , dans deux endroits différents de son Histoire du Languedoc , que Clémence a été inbumée dans l’église de la Daurade.
S'il faut s’en rapporter à l'emphatique sonnet de Garros, le sépul-
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