Cloches en la nuit
Le Vivre a-t-il enfin assez battu de l'aile Las de ses vains essors frémissant d'accepter Et son rêve illusoire et la douleur réelle ? Si le martyre clos qu'il se doit d'affronter La loi sera moins dure ? — ô vieil aigle rebelle Souffre stoïquement l'outrage coutum,ier.
Car l'Œuvre est en latence et son souffle vivace De l'Etre et ses rancœurs saura bien t'arracher Déjà les chants prochains fulgurent aux espaces — Des cloches turbulent dans le Noir.
Ah ! ces maigres m,oissons ah ! tous les fruits trop m,ûrs Engrange-les pourtant c'est d'une âme maîtresse — JJn ivrogne titube et va battant les murs Toujours mèm,e et pourtant que divine l'ivresse, Bois donc ce vin grossier — tes rhytm,es frais murmures Vols d'anges jailliront d'un Réel en détresse Déjà leurs carillons étoiles s'inaugurent — Des cloches turbulent dans le Noir.
Mais ce cercle banal de nos vieux horizons Nos cœurs coches poussifs et qui roulent à vide Voyage pérennel autour de la prison Ah! sur quel infini fixer nos yeux avides? En la coupe de Nuit tu noîras ta raison 0 la coupe tendue à tes lèvres arides — La Nuit dont ta folie avère les poisons Rénovera le sang de tes veines gélides L'Infini ? glas menteur pour ta fruste oraison — Des cloches turhule^it dans le Noir.
Des rites abolis notre fardeau s'allège Spectres vaincus, Eden sonore où nous goûtons Le tremblé de la note et son lent sortilège Chœurs de blancs cygnes purs encensoirs — écoutons Ces appels à des frères vaguant par les routes 0 voix d'or et d'airain et qui clangorez toutes — Des cloches turbulent dans le Noir.
Cependant l'ombre est là l'ombre d'âme première Se lève aux tourbillons de la fête et ses yeux Disent le Néant vrai des âmes printanières, L'idole en rancune d'amour de 7ios faux dieux Nous prodigue ses froids baisers paralysants.... Qu'importe nous boirons à la coupe nocturne Ses sanglots et ses pleurs nous seront p)lus grisants, Mais ô Nuit les notes coulent si mortes de ton urne — Des cloches turbulent dans le Noir !