SILLAGES
J'ai de mon rêve épars connu la nudité. Stéphane Mallarmé.
L'automne et la nuit et la pluie — Volez noirs souffles par l'espace Et la froide plaine où trépasse D'irrémédiable agonie La ville de ruines et d'impasses
Oh si vieille en bâtisses neuves Et si penchante au bord d'abîmes Si prostrée elle pleure en veuve A cause de Vexil des cimes
Des noyés vont flottant au fleuve
Ville exilée il ne sera d'étoiles Le lourd plafond de ton ciel
Reste terne Reste automnale et vouée aux lanternes De tes songes fumeux et sous tes voiles De pluie de nuit sois veuve et solitaire Ta plainte tu l'encloras de mystère Car il n'est plus d'églises où. la taire —
Larmes au ciel larmes aussi sur terre
Par les rues par les places en torpeur
Le pérennel mendiant pour son cœur
Rôde et s'entête aux sourds marteaux des portes
Ouvrez ouvrez c'est un printem,ps f apporte
Ma grande faim, de l'amer pain d'am.our
Le froid enroue ma chanson dans vos cours
Ouvrez m.on cœur défaillant veut renaître
Mais les magiciennes aux fenêtres Non le bissac de ton cœur est troué Va-t'en plus loin 7ious t'avons trop donné
Les girouettes sur les toits Ricanent toutes à la fois
Monuments aux reflets d'or de défunts étés Ce sont les palais de Savoir et les portiques Du Dire et raides des parvis d'autorité S'érigent les mages en faces identiques La certitude aux miroirs pâles de leurs yeux Cœur en détresse le mendiant anxieux Clame faites vous pas l'aumône de Vidée —
C'est ici son tombeau nous l'avons embaumée
Les lanternes se balancent En ésotcrique danse
Seule et si seule la ville s esseulé Au frôlis des pas de vagues passants Ombres qui se traînent lentes et veules Des accords mouillés du vent vagissant
O flambeaux éteints d'une vie entière
Le répons des voix chantonne aux gouttières
Et goutte à goutte filtre tristement
Tais toi nous sommes morts et dès longtemps
Les girouettes dans la brume
Toutes droites se profilent
Et les lanternes qui fument
Valsent valsent dans la brume
Un cortège file et défile
Aux lointains troubles de la brume
Le mendiant s'éternise en la ville hostile
Ses sanglots d'un monde grelottent dans la brume
C'est la ville de pluie c'est la ville de nuit La lugubre cité si croulante et d'automne Des cloches en cadence et par les rues d'ennui Un morne défilé de cercueils monotones Suis-les donc à jamais spectre déçu d'espoir Nocturne vagabond furtif et qu'on renie Va sombre dans la nuit et la pluie infinie Puisque tu voudrais croire et que tu voudrais voir — Etrange destin de ta vieille âme honteuse Et destin ton désert en la cité brumeuse — Erre seul à jamais par le Vide et le Noir
A jamais à jamais par le Vide et le Noir
Bâille la haute salle et ses portes funèbres s'esseule et sombre en les tentures de ténèbres la haute salle âme inerte au navré manoir identique
et l'Être unanime en sa veillée vers Rien comme l'amie — par les houles du noir — discord battant des temps en leur cloche fêlée l'horloge égoutte l'heure tôt éparpillée vacille ainsi flamme vaguante et va disant — lentement la Nuit s'éplore en pleurs d'étoiles largement
L'espace et l'ombre ailes de Nul bruits familiers soit le vol appâli de quelque songe étrange soit d'un réel ces reflets dansants du foyer aux spires d'or des murs — tels ils dérangent le tiède apaisement d'un qui veut s'ignorer
Ah frisson d'inconnu si le rêve prend corps
vitrail magique où de vieux saints branlent la tête
cris de victime en la plainte des cors
le vent d'hiver et sa chanson s'arrête
au refrain douloureux qu'il ne dira jamais
d'autres — volez essaims sibyllins et muets
rhytmes défunts pour avoir trop sonné les cycles éphémères
(l'Être a connu ces folles concordances) mais voici le vaste des tentures s'éclaire — soit reflet dans les ors qui miroite et qui danse soit le désir spectral d'âme éployée
■ toute c'est la Chimère
Sévèrement l'horloge va son long voyage et dit
— l'heure s'efflue en flocons étoiles dans la Nuit —
C'est la Chimère elle fulgure
floraison de soudaine aurore
irradiant l'investiture
d'un avatar de dieux omnicolores
« donne moi ton rêve blessé
saignant de l'étreinte des espoirs caressés
et dis-moi ton rêve à venir je l'emporte
delà ce manoir sourd dont je brise les portes »
l'Être enfiévré de sa parole
« féminin gloire de la chair — sa forme
je la veux nue et qu'elle vole
parmi tes cloches et leurs tumultes énormes »
Appel vain il est seul —
le vent aux vitres se désole Portes closes salle inerte et la Chimère évanouie Un souffle de tombe passe
et quel ce démon enfui vers l'horreur des couloirs d'où ricanant à petit bruit ?
L'espace et l'ombre processionnent aux gouffres de la Nuit
froid silence — puis des pas se perdent plus lointains dans la Nuit
Las ce n'est plus la Chimère — peu à peu le foyer s'endort ultimes reflets agonisants lovés au lacis des ors ah non plus elle — naît le cercle légendaire nimbe obstiné que le rêve maudit
sonorante voix monotone l'horloge dit et redit
— faible et calme l'heure stagne en solitude lunaire —
L'Être vaguant par la salle enténébrée
et sa fatigue et la haine de son présent
vaguant par les houles du Noir et ses âmes ancrées
au rivage désert d'un aride présent
L'espace et l'ombre gisent ailes du Nul qui l'effleurent
Mais lui craintif des ors figés et de l'aiguille à la même heure « ce morbide reflet ne peut-on qu'il se meure si l'aiguille a menti son éclat n'est qu'un leurre »
Clame voix des morts clame une âme est en partance pour les récifs des océans de navrance clame les naufrages —
toi reste luisance cercle chimérique immuable aux tentures cercle bannisseur des instants d'aventures
dérision et cette torture .
l'inane du sphynx qu'un tel rêve interroge s'éterniser terne cercle devant lui
l'espace et l'ombre gisent épaves de Nul infini —
Et la vieille amie d'illusion l'horloge
compte tomber tomber si paiement les larmes de la Nuit
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Abandonne le théâtre idolâtre Cette lampe négligée a cessé de luire Tisonne un peu ta mémoire c'est l'âtre La sagesse jaillira que tu désires — Folie l'épreuve et le voyage aux éléments Cherche un symbole d'étincelles vagabondes Mais reste où s'irisent les flammes tout un monde Rayon lunaire et d'artifice en atomes dansants :
Ah ! reste au foyer de prudence Dehors il pleut la brume est froide la Nuit dense ;
« Des âmes gyrent parmi la fumée
Mon âme avec s'échappe de la cheminée
Et ces crépitements d'étincelles ailées
C'est leur appel et leur complainte
Dehors pour toi sœur apeurée au coin du feu
Si l'automne souffle et bruine, pour moi sauve de tes craintes
Le crépuscule magnifie un grand ciel bleu
Dehors c'est l'été c'est la joie et la forêt vivante
Des oracles dodoniens aux feuillages chanteurs —
Je m'y griserai d'apparences albescentes
Et d'un rêve conscient je t'apporterai les fleurs. »
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Par l'or froidi d'un beau soir éphémère Il va chagrin de sa fausse science Et mène paître aux bois de conscience Le noir troupeau de ses vieilles chimères,
Les sentiers sont perdus d'évaguantes clairières Où vivre en l'innocence et la candeur des cygnes Et les arbres pensifs et les ronces les pierres Le regardent passer si las et lui font signe « Arrête c'est ici la forêt des hantises Entré tu ne pourrais retourner sur tes pas Tes morts y reviennent spectres qui s'éternisent En ton cœur — et ton cœur ne les connaîtra pas. »
Mais lui sourd à la voix fraternelle des choses
Épris de la candeur des cygnes innocents
Que nimberait la gloire de lys lucescents
Poursuit l'arcane sous les ramures moroses
Et guide aux profondeurs ses chimères bruissantes.
Cependant que la ville d'Etre sa prison Naguère se tasse et se tait indifférente Dans la pourpre et dans l'or du soir à l'horizon.
« Je quitte la cité qu'encombre
La foule pour chercher les cygnes et les lys
Mais irréveillé du sépulcre d'ombre
Où je m'étais moi-même enseveli
Parmi les lents encens de fleurs et quels décombres !
Parlez chimères montrez-moi le Paraclet Et si dure la route prêtez-moi vos ailes Franchissons les fossés abrégeons les lacets Et plus vite fuyons mes cercueils toutes Elles Décors aux Alhambras qu'un souffle renversait.
Pourtant s'arrêter —
le fleuve du soir Coule calme symphonie en soupirs de flûte A l'orée de la voie douloureuse où l'on butte Oh goûter la paix du soir et s'asseoir....
Non plus avant l'archet d'Idéal s'évertue Sur le violon de mes nerfs Et sa note endeuillée se perpétue Par ma tristesse d'un désert —
Venez à moi les cygnes les blancs cygnes. »
L'horizon s'éteint aux mourantes lignes Sombrées dans les flots mortels de la Nuit Un murmure — la lune est comme un fruit Aux espaliers funèbres de la nuit Un murmure à peine éveillé — beau fruit
Défendu qui luit Lune paisible
et le doux vent nocturne pleure Sous les noirs sapins du bois de maie heure :
« Vainement vous sonnerez l'heure Albes cadrans des cathédrales sidérales Vos carillons lui sont des râles Vos rhytmes étoiles un leurre,
Aveuglé du fait des chimères Il est fervent de l'improbable Et tâtonne vers les mystères Car les dieux ignorés l'accablent,
Les cygnes ne te verront pas
Et se poseront toujours plus là-bas,
Et c'est déjà la fin des riantes saisons
La grêle a rasé ta moisson
Les murs croulent de ta maison,
Renonce à l'orgueil de ta loi Rentre chez toi rentre chez toi.
Trilles argentins des ruisseaux Allées en flexibles arceaux Mes orgues plaintives susurrent Au frôlis câlin des ramures,
Douceur oubliée des foyers Étendards de feu déployés Sur les sommets du bon Pamîr Flamme morte et charmes rompus Enfantines clartés fondues Aux limbes sourds du Devenir,
Médaille d'un profil ancien Et tes regards lourds et les siens Naguère aux brèches de ton toit Rentre chez toi rentre chez toi. »
« Que faire d'effigies d'ancêtres Et ce culte dont je n'ai plus mémoire? Altéré de l'Inconnu j'irai boire A la fontaine des Pçut-Être. »
La lune verse aux bois sa froide paix lointaine Lentement décroissant le vent cesse son chant C'est un appel de cor si pâle et d'un antan Qui meurt aux algides fusées de la fontaine.
Il se penche sur la vasque en vagues musiques L'eau miroite d'éclairs en des caves de puits Et du fond irradiant leurs splendeurs hermétiques Des yeux se sont ouverts qui se gèlent vers lui,
O cloche on ne sait où tinte un sombre minuit,
Paraissez naïades en apparences frêles
Le frais cristal le retiendra de vos voix grêles :
« Viens respirer les fleurs de nos cœurs larges fleurs
Aux parfums violets jamais fanées
Calice de nos fleurs où nous boirons tes pleurs
Va nous sommes le fixe et sauves des années
Parfums violets — repos sur nos bancs de mousse
Veux-tu pas l'oreiller rose et blanc de nos seins
C'est ici le pa^'s d'ivresses douces
Où sauvé de tes rêves assassins
Ah sauvé de tes vieux rêves de fièvre
Tu cueilleras la santé sur nos lèvres mièvres,
Viens c'est le bleu pays où les bois font silence Au pays assoupi des rhytmes langoureux Les couples pâmés se balancent En vertige de valse amoureuse pour eux Viens te veulent la danse de molle cadence
Et nos divans endormeurs
Aux jours de nacre et de lait
Et les parfums violets
De nos cœurs en fleurs. »
Or défiant parmi ses chimères farouches Il recule et les verbes coulent de sa bouche « Vos robes diaprées aux plis de languitude L'aimant dangereux de vos folles attitudes L'époque parfumée et fanée dont vous êtes Et les fleurs enchantées du jardin de vos fêtes Vos cantilènes d'un jet d'eau l'Irréparable Qui sommeille aux étangs bizarres de vos yeux,
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Le désir est trompé du passant curieux Et la haine lui vient de vos fleurs périssables Mais si vous êtes plus qu'un moment de mensonge Et s'il est un secret aux goufi"res de vos yeux Si vous êtes la terre promise à mes songes Dites moi l'Inconnu dont je reste anxieux. »
La cloche dans la Nuit se lamente éternelle Et les fées pleurantes en brouillard dispersées La fontaine palpite ainsi cœurs oppressés ; Lui regretteur de l'opium des baisers Veut s'attarder sous les frondaisons solennelles Lors ses chimères ses gardiennes d'un destin Aux longues clartés de leurs magiques prunelles Lui montrent les cygnes vers l'orient du loin
— La cloche ténébreuse a des cris de tocsin —
« Viens nous te conduirons par la route étoilée
Car les spectres ont fui qui t'off'raient leur enfer
Mais qu'espères-tu de la cité délabrée
De la ville servile où ton Etre a souffert
Et pourquoi regarder vers ses portes de fer —
C'est que vous m'entraînez aux abîmes sans formes —
C'est ton calvaire et c'est la seule Norme Tôt secouée la poudre du chemin Tu salueras joyeux l'astre vrai de demain Ou veux-tu dormir
pour protéger ton sommeil Nous te ferons un manteau de nos ailes Veux-tu marcher jusqu'au matin vermeil Nous t'accompagnerons dociles et fidèles En l'Éden évoqué des cygnes et des lys —
Si je pouvais sans vous étreindre l'Au-Delà —
Eh bien égare-toi solitaire et maudit. » Et les bois sévères que son pas^viola Et le vent triste qui tourmente les ramures Et la ville en exil de pluvieux murmures Répètent : « Tu seras solitaire et maudit. »
Dans l'ombre où le noir essaim s'est évanoui Des rires d'une plèbe et sa rumeur hostile,
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Et la cloche agonise ululante et fébrile.
Voici soudain là-bas les cygnes infinis Blanche escadre éployée de voiles des grands lys Sillent les flots astrals de fleuves glorieux Et voguent se perdre au silence des espaces Vers un vrai Parsifal et son graal en feu,
Tais-toi cloche fatidique trépasse Désormais c'est la vie et le songe s'efface - Envolés les cygnes qui lui furent un phare En la forêt où ses désirs se sont brisés, Cherchera -t-il la foule inique et sa fanfare Aux fous triomphes méprisés ?
Non il va seul aux bois de conscience Il va seul — l'or est mort des beaux soirs éphémères Et saignant — ô le poids de sa fausse science O déjà si jadis l'âme de ses chimères, Voix d'un passé rêve écrasé —
Et par la grande Nuit qui sanglote et qui chante Il crie les bras tendus vers les cieux embrasés Finiras-tu jamais lente attente indolente?
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Mes barques s'en vont s'en vont sur la mer —
O Notre-Dame de désespérances
mère en sanglots et l'âpre joie d'avoir tari tes maigres seins,
dresse-toi dresse-toi sur les flots assassins
mère dolente et saignante en nos soirs de récurrence —
Notre-Dame sur le môle
adulant les flots jaloux,
les flots baveux hurlent comme des loups
leur ténébreuse et folle barcarolle,
barques roulées aux accords discords de leur barcarolle
redoutez les flots jaloux —
Un vieux clocher où des cloches s'affolent le clocher tremble aux giffles des vents noirs, âmes maudissez les flots malévoles que tourmentent des vents noirs —
Et le phare qui s'effare
tourne tourne rougement dans le soir.
Où t'en vas-tu n'as-tu pas peur des flots qui tuent sans crier gare ?
€ Albe et froide Notre-Dame me montre là-bas ma polaire loin des cloches d'un présent loin des famines et des colères mes barques s'en vont s'en vont sur la mer. »
Larges ondes venues et revenues des pôles brise frigide et brise de bonne fortune vagues cérulées balancées dont l'écume s'envole cieux futurs blondissants des caresses de lune sourires d'étoiles par les champs glauques de l'espace harpe accompagnante d'aïeux et chantante au sillage lumineuse nuit sonore salut de vaisseaux qu'on dépasse élargies toujours élargies ondes d'un songe de voyage et tôt viendra l'accalmie en les havres de mystère — mes barques s'en vont s'en vont sur la mer.
Ce sera si calme et si blanc
ah ! nos âmes ressuscitées
ce sera le havre dormant
où notre océan turbulent
apaisera sa houle de vagues d'années,
En l'univers intérieur terre polaire et solitaire — là-bas voici naître des songes hymnaires — ciel doré frais parfums sommeil saine froidure et neige virginale au cycle nouveau que j'espère,
Sauves de l'Etre et ses tortures
mes barques s'en vont s'en vont sur la mer.
Ah ! la spirale du vivre est rompue....
Mais d'où ce frisson soudain et les esprits d'aïeux s'évagucnt vers le loin.... las c'est l'hydre Réel et ses multiples faces ricanant dispersant la frêle illusion fugace,
Au long des mâts voiles flottant flasques et molles brisés les gouvernails affolées les boussoles et pourquoi donc ces feux vagabonds dans la brume et ces plaintes lentes de cloches mortuaires ?
rivées à l'horizon des côtes de coutume mes barques s'en vont s'en vont sur la mer.
Une agonie encor de songe voyageur
le rideau tombe sur ce final sifflé du vieux drame
que joue un taciturne et toujours même acteur
et maintenant prête l'oreille à ces âmes qui clament :
flots en détresse flots rageurs
— toi saigne pallide et maigre aux 3"eux de Nuit Notre-Dame — ô ces cloches fouaillées des souffles amers :
laisse geindre l'Infini pour voguer il est trop tard....
« Non pavoisées des espoirs essorés de vos enfers
— voix silence que je berce à jamais mon rêve au rêve d'un départ mes barques s'en vont s'en vont sur la mer. »
oe5-:<< 34 ^î-^ao
Le Sphinx en son giron, a de lugubres plis Oh ! qui rénovera les rhytmes accomplis —
Le ciel palpite un peu sur la vague campagne Où se traîne le songe ultime de vieux ans Que le phantôme des mystères accompagne Vers l'exil des bois là-bas qui leur sont un bagne — Oh ! bien finis tous les printemps.
En ces bois noirs et sans frissons, des sources pleurent Et s'entr' unissent pour la Rivière qu'effleurent Les brises eiïarées emportant des oiseaux —
Ainsi de larmes et de Rêves qui se meurent La Rivière dormante où flottent des rameaux Apparaît et coule vain opium des Maux Parmi les tristesses de l'Heure.
Et les rives partout des plaines sans espoir Aux déserts assombris du soir Et des ossements sous les croulantes tourelles De châteaux délaissés irrévocablement —
Au cours de l'eau passent des plaintes frêles grêles, L'eau sur ses fleurs a de sinistres tournoiements Efl'ondrés les bords effeuillées les fleurs et folles Les plaintes
car la Rivière dit sa chanson, Sa câlinante cantilène qui s'envole....
Et puis les bois funèbres sont à l'unisson.
A présent, c'est calme morne par le sommeil Au loin des cieux ternis agonise un soleil Malade et veuf de gloire à présent les Voix tues Le silence de Tout s'étale aux étendues —
Les âmes sont autour de leurs autels reniés En des temples errants de spectres résignés —
Voici qu'Elle règne, voici qu'EIle dévale Par les pentes lentes qui s'inclinent au port Voici qu'Elle s'en va vers la Nuit vers la Mort La Rivière tiède et si pâle....
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Recueillement de sphinx par les nuits étoilées Sphinx à l'oubli méditant sur de noirs sommets La montagne est déserte et la cime voilée De brumes que nul soleil ne chasse jamais,
Où l'autel où le prêtre et les graves cortèges Chantant Isis et la splendeur des rites amples ? - Ennui ruine et nuit la bise souffle en neige Et ricane aigrement sous les arceaux du temple.
Toi sûr d'un présent tu t'en vas disant à tous « Pan s'effondre l'Idée est folle les dieux fous L'âme est l'arbre bizarre et l'ivresse la sève Venez en mes palais nous y tuerons nos rêves. »
O présent c'est ta fête orgie ensanglantée D'un sang de rêve haut égorgé sous les tables Éventail féminin parfum de chairs lactées Moment présent Ivresse à toi coupe enchantée Ces breuvages réels qui te sont délectables — Des rêves mutilés se plaignent sous les tables,
Tais ces rires un peu debout prête l'oreille Entends-tu des sanglots que tu dois reconnaître Des voix mêlées à la rumeur du vent pareille Ces vieilles voix tu sais ?
donc ouvre la fenêtre...
Ennui là-bas ruine et nuit sphinx visionnaires, Là-bas non mais tout près ici parmi ta fête Et tes palais déjà ne sont plus que poussière — Du présent ivre encor la suprême défaite ;
Or des temples d'antan tu ne sortiras pas Et tes rêves défunts t'y suivront pas à pas
O granits d'un passé sombre et vrai châtiment Œil immobile aux décors d'âme qui s'épeure Parfois une aube s'est levée sur toi dément Frisson d'aube glacée après tes nuits de leurre De leurre ? — non l'Esprit te criait âprement € Vois en toi les remous ironiques de l'heure Vois ces nuées tes jours montant aux altitudes Les temples de jadis où veillent tes remords » -
Et les sphinx douloureux disent leur solitude Et leur gloire évoquée au fond des âges morts.
CSi<^ 39 ^>»|30
La vieille prison où l'Etre est reclus S'aggrave pour lui d'Icares perclus Dont les désespoirs sans fin se lamentent. Or II s'inquiète à cause de leurs cris Et se réfugie aux Rêves qui mentent Et contemple tristement les débris De ses Vouloirs en ruine —
Qu'importe Si des jours le geôlier s'endort Aux vantaux bourrus de la porte L'Idée a mis son treillis d'or.
L'âme du passé s'éveille si douce
Vers les rancœurs du cachot et la mousse
D'oubli règne aux murs des rayons lointains
Et lents s'essorent d'un astre d'opale
Le vague rappel de Verbes éteints
Sonne et les aïeux d'une voix très-pâle
Parlent dans l'ombre de l'Être —
Tout dort
C'est par vous les flûtes berceuses Notes presque silencieuses Rhytmcs flous de vieil or.
Quand Elles vinrent de vice ingénues Quand verrous tirés Elles furent nues En grand'pitié des corps et de leurs faims Invitantes aux luxures savantes, Pour Elles se clamèrent des enfins —
L'Être d'un désir trompe son attente
Puis accompli s'éloigne —
et se rendort A jamais relent des Cythères O les félines les lunaires O vos yeux vides sablés d'or.
Hantises de l'idée à qui l'heure est trop brève Parfums du souvenir diffusés en le rêve Sphinges sans énigme pour qui l'Ennui fit trêve Et regret des jours blancs où l'Esprit se donna, Et les joies déchues aux torpeurs de l'Etre inerte Puis sur le Nul de vivre fenêtre entr'ouverte, Pour valoir cœur meurtri d'exception soufferte Ton accalmie amie ô profond Nirvana,-
Une lueur vaine et vaguante O frissons perdus dans la Nuit Une cloche se lamente Vol de démons appesantis,
Où mène la route blafarde Le vent croasse tel un freux Et la Nuit qui se hagarde Meurt en son sang ténébreux.
Va-t'en toujours plus lent par la forêt de Vie Dur vieillard accablé sous ton fagot de songes O vagabond nocturne en la cité bannie Toujours ces rues désertes que des rues prolongent,
L'ennemi ton Savoir te laboure le cœur
Vois ce sont lourds ennuis et longs remords qu'il sème
Et ce cri de toi ce cri navré te fait peur
« J'ai la haine de Tout et même de moi-même. »
oe3<< 42 >»j3o
Les sphinx entr' ouvrent leur giron, Pénombre où dort un bois sacré Baisers de spectre sur les fronts Ce soupir d'un vent de passé ? — Non l'Être et son violon Grince un air tant suranné ;
Lueur pâlissante aux lointains Que prédisent ces cris de cloche Tantôt là-bas tantôt si proches ?
Rien qu'une âme qui s'éteint, Une âme encore illusoire Se disperse dans la Nuit — Tombe aux plaines de mémoire Noire neige de l'oubli.