CHAPITRE VII
L'air siffle, le ciel gronde et l'onde au loin mngit , IjCS vents sont déchaînes sur les vagues cmues, La foudre ^tincelanle e'clale dans les nues, Et le feu des e'clairs et l'abîme des flois.
Montraient partout la mort
( Voltaire , Uenriade , chant /". )
La terre est le grand cercueil quç noas prépara la nature.
( Anonyme. )
Au petit jour, Clotildese lève. . .
incertaine, elle n'ose approcher de
la fenêtre Sa conscience lui
reproche chacune de ses pensées , l'état de son cœur, et de n'être plus auprès de son père; à peine paraissait-elle un instant le soir ! 11 est vrai
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qu'elle chantait au bon vieillard des tensons et des ballades où l'amour jouait un grand rôle , et que Jean II trouvait, dans la voix de sa fille,
un charme extraordinaire
Etait-ce assez? . . . .Abandonner son père pour contempler l'endroit où se pose un Juif! .... Mais le monarque ne s'apercevait pas de l'absence de sa fille !... Des conseils se tenaient fréquemment , et Clolilde ignorait que son mariage en fût l'objet !.... Ainsi parlait la voix de
la conscience et Clotilde
n'en hésitait que davantage ; elle attend que cette voix secrète se taise, pour ouvrir un peu le rideau. . .
— Tu vas faire un pas , criait-elle
toujours; ce pas te mène vers le (fora d'amoureuse liesse , de même que le premier pas de la vie mène vers la mort. ... En prenant les fleurs tu proclames que ton cœur n'est plus vierge ! . . . Attends au moins qu'il soit parti ! . . . .
Maugré cettuy sage aduertissementj lapucellefeit ung maie pas.
Elle se délibéra de tirer le ridelet moult doulcettem,enty et, par le pertuiz, vist le soûlas de soncueur:
elle gorgia ses oeilz de ce Juif y qui l'affoloyl, en Vesguardant ores-cy
ores-là tant , qu'on Vauroyt
cuydé incongneu à la bachelette....
Ce repast d' amour paracheué ; son cueur se mollifia , à donc sa cens-
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cience, qui douloyt se tinst mute et quoye{ coie^, ujig aultre appetist occyt ses claTnours. . . . Les bons Camaldules ne disent pas quel est cet appétit.
Au moment où le beau Juif s'e'lançait sur la crevasse protectrice , après avoir salue' la fenêtre d'un geste plein de mélancolie ; le bruit de la croisée , bien qu'ouverte avec précaution , retentit légèrement, et le fit retourner sur-le-champ ; l'attention le rendit immobile. . .
La princesse se rejetta dans sa chambre , et n'osa pas revenir, de peur d'être aperçue
Attirée cependant par une force invincible, elle s'approche à petits
pas et s'arrange de manière à ce qu'un seul de ses yeux lance un regard fugitif. . . Nephtaly se trouvait toujours sur la crevasse përiDeuse ; et sans voir que la mer atteignait son pied , tout entier à l'espoir, il attendait , avant de partir, s'il se réaliserait Deux heures se passent il est encore là. . . .
L'imprudent oublie l'heure du de'part! .... Que n'oublierait-on pas , pour jouir de Taspect de sa bienfaitrice !...
Les fleurs sont sur l'appui gothique de la fenêtre ogive ; Clotilde les dévore de l'œil et brûle de les tenir, par cela même qu'elle ne le peut pas. Elle tâche d'en aspirer
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l'odeur délicieuse ! . ... de temps en temps une secrète œillade lui découvre la constance de Nephtaly. . . Tout à coup , elle songe que Josette va venir et verra les fleurs qu'elle a décidé de ne plus flétrir.
O génie féminin , nous devons te rendre les armes ! . . . . Lecteur, cet aveu devient précieux, car il échappe à des moines .... Clotilde 8'l>abille elle-même à la hâte ; elle ordonne à Josette de la suivre ; et les deux jeunes filles se rendent sur la petite plate-forme qui régnait au bas du château , du côté de la naer. Clotilde veut y respirer l'air frais du matin et cueillir des fleurs ;
Clotilde aime les fleurs ; elle en désire chez elle , et ne conçoit pas qu'elle s'en soit passée jusqu'ici!
Ne lui faut-il pas garnir deux magnifiques vases de cristal qui sont sur son prie-Dieu ? Josette trouve ce goût bien subit ; néanmoins , elle aide la princesse , et Clotilde remonte avec un charmant bouquet, en éloignant toutefois la suivante, sous un prétexte quelconque.
Elle rentre , et , pleine de dépit , jette dans la mer les fleurs qu'elle vient de cueillir ; Tonde les emporte
en les balançant Neph-
taly, du haut de sa falaise , a vu la blanche main de Clotilde lancer les fleurs : il se plonge dans la mer
pour saisir ce trésor ! .... La princesse court à l'autre fenêtre , s'empare avidement des fleurs de risraëlite , et les sent avec une sorte de délire. A la voir, on dirait qu'il existe pour elle une odeur de plus dans la nature ! . . . .
— Il n'y est plus , s'écria-t-elle , en jetant un regard furtif sur la crevasse.
A peine a-t-elle prononcé ces mots , que Nephtaly , mouillé par l'onde amère , reparaît le bouquet à la main; il en secoue l'eau salée, le met au soleil levant ; il se tourne vers la fenêtre qu'il aperçoit à peine , la salue par son refrain ; et, son attitude toujours respectueuse,
semble dire : J'ai plus que je n'espërais ! . . . Tous ses gestes exprimèrent la joie d'un cœur en délire :
cette joie n'ofîensa point Clotilde , parce qu'elle était joyeuse sans savoir pourquoi. . . .
La douceur de ces petits riens , qui sont de grands événeraens d'amour, répandit un tel charme, que la princesse ne songea point combien le hasard l'avait compromise.
« Peut-être , lui dit sa conscience , que le Juif n'a pas vu que ses fleurs étaient acceptées ! . . . .l'honneur est encore sauf ! ...»
Clotilde regardait toujours cette crevasse , maintenant déserte ; et le reste de l'innocente volupté qui
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saisissait son âme l'empêcha d'entendre que Josette avait exécuté ses ordres ; enfin , elle revint à elle , et Josette revêtit sa maîtresse de la même parure qu'elle portait le jour de la rencontre du beau Juif, en observant toutefois qu'il manquait un gland à la tunique.
Clotilde rougit. . . . Pourquoi rougir? . . . Qui aime le die î . .
— Madame, continua Josette , il y a hui* jours que vous n'êtes sortie ? . . .
— C'est vrai Mettez de
l'eau dans les vases de cristal . . .
— Madame, sortira-t-elle ?
Cette question fît penser à la
princesse qu'elle n'avait pas encore
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parcouru les périlleuses falaises que le Juif affrontait chaque jour pour arriver à cette rocaille , où le diable seul parviendrait , si des hommes passionnés ne valaient pas mieux que le diable — Elle résolut donc d'aller visiter les chemins que prenait l'Israélite , et répondit :
« Oui, je sortirai. ...»
Josette fît une jolie petite moue , que je traduirais volontiers ainsi :
.« Peste soit du service des prin- (( ces ! on a un rendez-vous et l'on « ne peut y courir. Les rendez- ({ vous sont la vie d'une Proven- (( cale ; faut-il m'en priver ! . . . . « Vivre sans ^amour, c'est mourir « d'avance ! ... »
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Alors la soubrette se hasarda à demander :
— Madame , aurait-elle la bonté de me permettre d'aller voir un de mes oncles à Montyrat ?
— C'estbien loin pour vous. Vous êtes d'une hardiesse ! . . . Quelqu'un vous accompagne-t-il ?
— Oui , madame , répliqua l'amoureuse Josette.
— Si le comte Enguerry vous rencontrait ?
— Que voulez - vous qu'il me
prenne ? La princesse ne dit
mot. Mais, se souvenant de l'embarras et de la rougeur de Josette , au seul nom des soldats d'Enguerry, le jour de la rencontre de Nephtaly.
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— Josette , rëpliqua-t-elie en se saisissant de sa main , vous avez des secrets et vous me les cachez ?. .
— Madame, s'écria la fille de l'intendant, par grâce,ne les demandez pas? demain, je vous ouvrirai mon cœur. Permettez que j'aille à Montyrat; mon père me remplacera pendant votre promenade.
— Mon enfant, répondit Clotilde émue des pleurs de Josette, va partout où tu voudras. . . .
Votre cœur ne m'appartient pas , et la pensée est la seule chose qui soit hors du domaine des rois.
— Ah ! madame , dit Josette en se tordant les mains , mou cœur est bien à vous ; Dieu du ciel ! en dou-
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tez-vous ? — je vous aime comme lui!..
Heureusement pour la Provençale, Clotilde se trompa sur le sens (le ce dernier mot, et Josette ne jugea pas à propos de la tirer de son erreur , en l'instruisant de ses amours avec le Barbu.
Aussitôt son service fini, la jeune suivante mit son jupon rouge , son joli corset, et courut à Montyrat avec toute l'ardeur des filles de ce pays des amours
Les ministres , occupés à tenir conseil , ne purent accompagner Clotilde. Alors, le docteur Trousse, Castriot et l'intendant , reçurent
l'ordre de suivre la princesse de Chypre .
Hercule Bombans, jugeant qu'il était en grande faveur, ne voulut rien négliger pour s'y maintenir.
Clotilde , aimant la toilette , il se revêtit d'un pourpoint à gros boutons , tout neuf depuis deux ans; il mit ses belles braguettes, découpées et garnies de ferrets d'argent j il sortit de son coffre des bas pers et de riches souliers à la polonaise, qui, depuis, furent appelés à la poulaigne , et une fraise brodée par sa fille. Il s'alla promener fastueusement dans les cours, en jouant avec sa médaille et son bâton de majordome, aux armes
de Chypre ; ayant soin de se faire voir aux gens, afin de leur imprimer du respect; il fut même, à ce sujet, un peu plus hargneux que de coutume; il regarda le temps avec anxiété , et ne se rassura qu'à l'aspect de l'azur du ciel.
La princesse ne tarda pas à passer, suivie de Castriot et du docteur Trousse. Elle avait à la main deux des fleurs les plus rares , apportées par le beau Juif; et, de temps en temps , elle les sentait avec un visible plaisir.
— M. l'intendant est d'une somptuosité ! s'écria Clotilde
en apercevant Bombans.
— Ah ! madame , je dois encore
le prix de cet habillement, répondit l'avare effrayé.
— 11 faut acquitter vos dettes...
— Cela lui attaque les nerfs î...
observa Trousse.
— Hélas ! quand on est pauvre. . .
L'intendant se tut, parce qu'il prévit un orage , d'après les regards de l'Albanais.
Cloîilde prit à travers le parc et se mit à gravir le pic de la Coquette ; son pas léger, anime par le désir , était trop rapide et fatiguait horriblement le pauvre Trousse , dont le ventre pouvait passer pour un second lui-même ; pour ne pas déplaire , il souffrit en silence.
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La princesse, parvenue au sommet , put juger des difticultés inouiesque le beau Juif avait à surmonter, pour arriver seulement à la crevasse , qui altérait la pureté de l'angle droit formé par le coin de la Coquette; la pente rapide de la falaise ne laissait, pour tout chemin, que de rares inégalités et des sables mouvans , dont les éboulemens annonçaient les pas de Nephtaly...
après undemi quart de lieue de cetfe cote, on apercevait alors un chemin moins dangereux, car le bord de la mer offrait des déchiremens de terre, desanfracluositéset des grottes curieuses, parmi lesquelles on distinguait le roc/«(?rt/w Géant ^ôont
le sommet avait l'air d'une immense tête d'homme courbée vers la mer ; ce caprice de la nature effrayait la vue par sa bizarrerie ; jusque-là l'on ne de'couvrait aucune trace humaine quelques plantes maritimes ,
des mousses , des algues et des coquillages diminuaient, par un simulacre de végétation, le jaune foncé des rochers et l'horreur de ces lieux sauvages.
La princesse remarqua les vestiges des pieds et des mains de Nephtalj.
L'idée , d'essayer a courir le même danger que le Juif, lui sourit ; mais lorsqu'elle la manifesta , Trousse et l'intendant se récrièrent :
— Madame, c'est risquer d'at-
laquer vos nerfs très-fortement par la peur de la mort que vous allez af fronter à chaque pas; e 1 7/2o/, comme médecin, je m'y oppose; songez donc que 77101 , gros comme je suis, je ne pourrai jamais descendre.
— Tu rouleras , dit Castriot.
— Madame^ observa Bombans , mon habit Un regard terrible de l'Albanais glaça le visage jaunâtre de l'avare.
—Un désir de la princesse est un arrêt du destin pour nous! — Ayant dit, Castriot s'clanca après Clotilde , qui , légère comme un faon , sauta d'inégalités en inégalités , en imprimant la marque de son joli pied sur les traces de celui de Nephlaly.
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La princesse ayant un peu froissé les deux fleurs qu'elle tenait à la main, les mit dans son sein, prévoyant qu'elle s'aiderait de ses mains, pour suivre le chemin du Juif.
Trousse et l'intendant , effrayés , restèrent sur le haut de la falaise , à se regarder l'un l'autre , pour se donner du courage.
— On risque de tomber à la mer!
s"'écria le médecin.
— Si ce n'était que cela... répondît tristement Bombans , mais moti habit, mes souVier s \....J^ avais bien dit qu*il m^ arriverait ma/heur!
— Moi / . . . .je suis trop gras pour dégringoler ; la masse totale de mes nerfs m'emportera jusqu'au
DE LUSIGRA». 25g
fond de la Méditerranée, mais vous!
La princesse et Castriot riaient de l'embarras des deux poltrons.
— Descendrez-vous ? cria l'Albanais, puisque cela plait à,madame :
descendez, ou je remonte !
— Oui!... répondit le docteur, plus effrayé de la menace que du danger; moi, je descends; et le pauvre Trousse , recommandant ses nerfs à l'Eternel , roula comme une boule , sans s'inquiéter des déchirures de son pourpoint noir. Heureusement Castriot le retint, car il eût dégringolé jusqu'au fond de la mer.
Pour l'intendant, il s'aida de ses pieds et de ses mains, en ayant
soin que ses habits ne fussent pas souilles; mais il ne put empêcher que la moitié de la collerette ne se déchirât, et qu'une des pointes de ses souliers ne restât, pour échantillon, sur un caillou maudit.
C'était un curieux spectacle de voir ces quatre personnes errer audessus des flots : Bombans et Trousse marchaient comme sur des charbons ardens ; la peur leur donnait des vertiges ; mais le cœur de la
princesse battait de joie Elle
voulut aller jusqu'à ce qu'elle ne vît plus de traces de la marche du Juif. Pendant qu'ils s'avançaient vers le rocher du Géant , ou les guidaient les pas de l'Israélite, un
immense nuage noir envahissait les cieux : il semblait qu'une déesse malfaisante étendit un crêpe funèbre marqueté de ces petits nuages blancs , que l'on nomme fleurs d'orage. Quand Clotilde et sa suite aperçurent le jour cesser derrière eux , les flots de la mer s'agiter par des mouvemens intestins ^ et bouillonner, en enfantant de grosses vagues qui , semblables à des moutons bondissans, couraient les unes après les autres , ils se retournèrent , et
l'effroi les saisit ! Castriot
lui-même trembla pour sa maîtresse, parce que tout courage devenait inutile ; nul doute que les torrens de pluie allaient rendre la l'alaise
impraticable et les entraîner dans la mer. Chacun se regarda avec cette muette horreur que cause la vue de la mortj ce silence fut rompu par ces trois phrases qui partirent en même temps :
— Sauvons au moins la princesse ! . . . dit Castriot.
— Et moi ! . . s'écria Trousse.
— Mon habit! . . dit l'intendant.
— Voilà donc , murmura Clotilde,les dangers qu'il affronle pour m'apporter ses fleurs î . . .
A ces mots , les éclairs se succèdent, un bruit horrible s'étend au loin , et l'orage éclate avec une furie sans exemple; le ciel et la mer semblent ne faire qu'un et se
déchaînent en se menaçant l'un l'autre ; l'eau ruisselé par torrens , et siffle en tombant. Castriot se dépouille de ses vêtemens, s'accroche à des cailloux pointus et tâche de former un abri pour la tête de Clotilde Aussitôt le vent l'emporte, l'Albanais jure ! . . .
La mer s'enfle par degrés, et sou onde parait vouloir atteindre le haut des falaises ; les lames menaçantes arrivent déjà jusqu'aux pieds des spectateurs iraprudens, tandis que l'eau qui se précipite du haut de la côte, forme des torrens partiels qui creusent le sable et l'entraînent. La petite plate-forme où est Clotilde se trou-
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ve sur le chemin de l'un de ces ruisseaux. Le caillou protecteur ne résiste pas long-temps , et la princesse, mouille'e , tremblante de froid , tombe , en mettant sa main sur l'endroit de son sein où sont les fleurs qu'elle veut préserver ; elle resta, passive comme le rocher qui la reçut durement.
En la voyant étendue , et Veau se diviser sur sa tête en détachant ses noirs cheveux qu'elle emporte, l'Albanais se mit à pleurer et écumer de rage ; il's'en fonça dans le sable Jusqu'à mi-corps pour retenir la princesse mourante, et, tirant son sabre , il essaya de renvoyer l'eau qui les envahissait graduellement.
L'intendantjCramponné sur deux cailloux, ne disait mot, tant sa douleur e'tait grande , en apercevant l'eau qui dégouttait de ses vêtemens en absorber la couleur, et la grêle couper les ferrets d'argent qui garnissaient les découpures de ses braguettes. Son œil, suivant cette couleur fugitive qui devenait la proie de la mer , ne se tourna pas une seule fois sur la pâle Clotilde , dont Castriot protégeait la tête au moyen de son casque.
Trousse, ne s'inquiétantni de ses habits, ni de personne, roulait son gros petit corps à travers les écueils et les ruisseaux , sans s'occuper de la commotion de ses nerfs; animé
par l'amour de la vie, il cherchait à atteindre le rocher du Géant, dont le flanc ruiné promettait un asile.
Il n'est rien de tel qu'un égoïste en danger , ce qu'il trouve pour lui sert aux autres. Trousse, enarrivant à cette roche salutaire, s'écria :
— Moi je suis à l'abri ! ... Ce mot fît tourner la tète à Castriot; il se dégage du sable, prend Clolilde dans ses bras; et, rapide comme l'éclair qui sillonna la nue dans ce moment, il franchit les obstacles , et parvint heureusement à la roche , car le tonnerre tomba au même endroit où était Clotilde. f^es brusques mouvemens de F Albanais dégagèrent du sein de la princesse une
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des fleurs du Juif ; au milieu de son épouvante elle en gémit , une larme roula dans son œil quand elle vit cette tendre fleur emportée par Tonde furieuse.
Restait l'intendant, qui, séparé de tout , et presque envahi par la mer, s'écria douloureusement :
. — On m'abandonne ! . . . j\wais bien dit qu'il m* arriverait malheur!., mon habit est perdu ; vingtcinq marcs jetés à l'eau! Je suis mort! au moins, mon enterrement et mon cercueil ne me coûteront rien...
Ayant dit, il chercha à gagner le rocher du Géant ; Castriot lui tendit le fourreau de son sabre , et
il aida l'intendant à grimper sur le rescif; mais, dans cette opération salutaire , les deux souliers à la poulaine et la médaille d'or restèrent sur des cailloux, et Bombans les montra du doigt sans rien dire , lorsqire la mer les emporta.
— Moi je n'ai rien perdu, répondit Trousse à ce mouvement de l'avare , seulement mes nerfs sont agacés ; et les vôtres madame ?...
La princesse , presque morte de iVoid , ne répliqua rien.
Cependant la mer en furie menaçait de son onde blanchissante les endroits qu'on aurait cru les plus inaccessibles ; ^Teau, tombant du haut du rocher du Géant , se réu-
DE LvsiGyxy. 26g nissait dans la grotte , plus basse que sa plate-forme qui saillait dans la mer. A mesure que l'onde s'avance, Clotilde et sa suite , entrant par la petite ouverture de la caverne , se retirent vers le fond... Tout à coup un horrible éclat de tonnerre se fait entendre , il est suivi d'un craquement effroyable, et la niasse informe , cette tête du rocher, qui se penchait vers la mer , se détache et ferme l'entrée de la caverne Un cri terrible s'élance
dans les airs , et l'on aurait pu distinguer l'inévitable ?noi de Trousse.
Il servit d'oraison funèbre ; un affreux silence succéda... Cette porte fut la pierre tumulaire de ce sépul-
cre , ouvrage du hasard et de la nature..., et pour que le ci-gît y
n'y manquât même pas? au-dessus
du rocher fendu par la foudre ,
un jeune et gracieux arbuste lutte
contre la furie du vent , au milieu
de trois troncs d'arbres déracinés.
Dès le commencement de l'orage Raoul s'est élancé vers le château ; mais comment trouvera-t-on les victimes ?. . . .
Le ciel se nettoie , l'azur reparaît , les oiseaux chantent, et la nature a repris sa suavité pittoresque; la mer est calme , et les chèvres de F»aoul se suspendent sur les rochers !
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