‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 100 sur 150 · PtDS&it. — 4. Petit sac, beiace · texte numérisé non relu

PtDS&it. — 4. Petit sac, beiace

mais il ne les trouva pas, jusques à tant que ils eurent esté demandés, pour ce que on les avoit détournés. Il présenta les joiaus à la pucelle, comme celui qui estoit sûr des espousailles ; car elle lui avoit jà respondu, quant elle oy parler du mariage, que ce n'estoit pas droit que femme crestienne eust mari paien; mais si le créateur du monde avoit ordonné que il le reconnéust par lui, elle ne le refusoit pas, mais sa volonté fust faite. Aurelien lui promist que le roy feroit plainnement sa volenté. La pucelle lui pria moult que ceste chose fust si bien celée, que son oncle ni autres ne s'en pussent appercevoir : il lui jura et fiança que nul ne le sauroit par lui. La pucelle prist Tanel et le mist au trésor son oncle. Aurélia qui bien eut sa besoigne faite, retourna à son seigneur et le rendit lié et alégre de la bonne response de la damoiselle.

Comment il Tenvoia quérir en Bourgogne; et pais comment il l'e^poust

à Soissons.

Ne demoura pas longuement après ce, que le roy envoia ce mesme Aurelien au roy Gondebaud de Bourgoigne. 11 lui manda que il lui envoiast la pucelle que il devait espouser. Quant Aurelien fu là venu et il eut la besoigne de son seigneur proposée, le roy Gondebaud respondi qu'il ne povoit donner response de ceste chose, pour ce que il ne savoit quelle femme il demandoit : mais pour ce qu'il se doutoit qu'il ne fust là venu pour espier ' son règne, il loi dist : « Gardes que tu ne soies venu soubs la couverture de ceste chose, pour décevoir moi et ma gent et mon règne; car je te feroie vilainnement traitier et honteusement chacier de cest palais. » Aurelien lui respondi : « Je suis, fait-il, message au roy Oovis ton seigneur, le fort roy de France, qui te mande par moi que si ta lui veus envoier Crotilde sa feme, que tu lui enseigne un certain lien où il la viendra quérir. » Quant le roy Gondebaud entendit que le fort roy Clovis requériot sa nièce, il s'esmerveilla moult , ses barons * et sa gent manda pour soi conseillier que il feroit de oeste

]. Espionner son royaume.

7. Les Chroniques de Saint-Denis parlent ici le langage du temps àt Charles V. C'est un anachronisme de donner un rôle aux barons pour It temps de Clovis.

chose? Mais les Bourguignons, qui moult redoutoient la hardiesce des François et que le fort roy Clovis ne venist sur eulz à armes, si on ne lui envoioit la pucelle , eslurent une voie la plus saine et la meilleure; car ils souloient plus défendre leurs terres par conseil que ils ne faisoient par armes. A leur seigneur respondirent en tele manière : « Sire, nous te louons que tu saches la volenté à la damoiselle, si elle s'accorde à ce mariage et si le roy lui a envoie son anel ; et s'il est ainsi que le roy lui ait envoie son anel ou autres joiaux et que elle les ait receus, tu ne peus le mariage contredire, ains la dois livrer aus messages sans demourer. » Le roy demanda toutes ces choses à la pucelle; elle respondit sans tromperie que elle avoit receu son anel et ses joiaux, et que bien lui plaisoit le mariage. Quant le roy Gondebaud oy ce, il livra la pucelle à Aurelien contre son cuer et contre sa volenté ; et monstra bien que le mariage ne lui plaisoit pas moult ; car il ne voulut rien donner à la damoiselle de son trésor, ni joiaux ni autre chose. Mais Aurelien fist puis tant, que son seigneur le fort roy Clovis en eut la plus grant partie. Et quant le roy eut puis eslargi et accru son royaume jusques au fleuve de Loire, il donna a Aurelien Meleun et toute la duchée, en guerredon * de ce service. Aurelien reçu la pucelle et se parti du roy bourgoignon au plus tost que il put, pour retourner à son seigneur. Quant la pucelle Crotilde s'aperçut qu'elle aprochoit du royaume qui avoit esté de son père, elle commanda aus François qui la mcnoient que ils préissent les proies par tout le pays et que ils boutassent le feu es chastiaus et es viles. Son commandement firent moult volantiers : de Bourgoigne issirent en prenant et en ardant * tout devant eulz. Quant la pucelle vit que le pais et la terre estoit ainsi endomagiés, elle tendi ses mains au ciel et dist : « Souverain Dieu ! je te rens grâces et merci de ce que je ▼ois si biau commencement de la venjance de la mort de mon père et ma mère. » Car le roy son oncle, Gondebaud, avoit son père fait mourir de trop cruelle mort, et sa mère avoit fait noier en un fleuve, une pierre à son col pendue. Le roy reçut sa femme à grant lîesce de cuer en la cité de Soissons, et là l'espousa à grant hon-

1. Récompense. Aurelien devint duc de Blelun; c'était un officier de race Uline.

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