Je TOUS récompenserai
et pour savoir comment et de quelles armes chascun esioit i^parellié. Quant il eut tout Tost avironné, il vint à celui qui, Tannée devant, avoit féru de Fespée en Torcel ; bien le garda et avisa, puis lui dist : « Je ai tout Tost véu, si ai apris comment chascun est d'armes atourné; mais je n'en ai nul véu plus mauvais de toi, ni armes moins soufûsans des tiennes; car ta lance, ton escu, ni t'espée ne valent riens. » Après ces paroles, geta la main à Tespée de celui et la flati contre terre. Et comme cil s'abaissa pour prendre s'espée, le roi sacha ' la sienne et le feri si grant cop parmi la teste que il le rua mort, puis lui dist ceste parole : « Ainsi féris-tu de t'espée en Torcel, à Soissons. » Après ce qu'il fu mort, se parti le roy de sa gent et retourna chascun en sa contrée. Ce fait e^poventa si tous les François, que nul ne fu puis si hardi qu'il osast contredire sa volonté. Moult estoit le roy apert et de noble contenance; fierté et liece'estoient ensemble mellés en lui et en son regard; fierté pour les mauvais espoventer ; léesce pour les bons asouagier*.
Gomment il envola Joiaus à la pucelle Crotilde ^ avant quil répoosat
Ci après dirons comment il fu converti à la foi crestienne et comtnent il prist à feme la nièce le roy Gondebaud de Bourgoigne, sainte dame dès les jours de s'enfance. Crotilde estoit apelée. Or avint que le roy envoia ses messages à Gondebaud pour pais et pour alliance fermer ensemble, si comme les anciens princes soloient faire. Quant ils eurent parfaite la besoigne, pourquoi ils estoient envoies, ils esgardèrent le palais , si virent la pucelle Cn>* tilde qui moult estoit plaine de grant biauté : ils demandèrent qui elle estoit) et de qui elle estoit née. On leur respondi que elle estoit nièce le roy Gondebaud et fille de son frère : et la gardoit le roy son oncle comme orpheline de mère et de père. Ces messages retournèrent en France à leur seigneur et annoncièrent comment fls avoient esploitée de la besoigne pour quoi il les avoit envoies. Puis lui contèrent de la pucelle qu'ils avoient veue, qui tant estoit bêle qu'elle estoit digne d'estre éspousée du plus puissant roy du monde}
1. Tira ^ 2. Joie. — 3. Encourager; — 4; Glotildd dans rorthognplië priinili\e.
comme elle estoit descendue de roial lignée. Quant le roy Clovis oy que la pucelle estoit de si grant biauté, il fu maintenant espris de s^amour, et pourtant ne Tavoit onquesvéue. Puis en espérance tomba d^avoir le royaume de Bourgoigne par occasion d'elle. D transmit donc en Bourgoigne un sien familier qui avoit nom Aurelien *, pour parler à la pucelle ; dons et joiaux lui porta de par le roy et lui fu commandé qu'il râpportast certainement la devise et la description de sa biauté, et tentast la volenté de la pucelle, savoir-mon si elle le Youdroit prendre par mariage, s'il la faisoit requérir. Aurelien s'apareilla; un anel prit entre les autres joiaux; en Bourgoigne vint au plus tost que il put. Quant il approcha de la cité où la damoiseUe demouroit, il laissa ses compagnons es bois ; il prist habit de povre home mendiant et se mist entre les gens qui atendoient Taumosne*. Du palais s'aprocha, au plus convenable lieu qu'il put trouver pour parler à la damoiselle. Diemenche estoit, si étoit jà alée au moustier, pour rendre à Dieu ses oblacions. Après le service, elle issi de la chapele, par les povres s'en vint pour ses aumosnes faire, si comme elle avoit tousjours acoustumé. Aurelien se trait avant, pour son aumosne recevoir : et comme elle lui tendoit le denier, il la saisi parmi la main, la manche lui rebouta contremont, à sa bouche la trait, si la baisa tout a nu. Elle commença à rougir de la honte que elle en eut, comme sainte pucelle ; et quant elle fu retournée en sa chambre, elle envoia quérir par une de ses da* moiselles le povre, si comme elle cuidoit *, qui lui avoit la main baisée. Devant lui vint; elle lui demanda pour quoi il lui avoit la main baisée et desnuée : Aurelien lui respondi que il estoit message au fort roy Clovis de France, qui avoit oy parler de sa biauté et de sa noblesce, et que moult la désirroit avoir en mariage : pour ce, lui envoioit son anel et autre joiaus qui appartiennent à espou* sailles. Quant il eut ce dit, il retourna pour quérir les joiaus que il avoit laissiés en son saqudet*, derrière l'huis de la chambre;
1. Les hommes de race latine étaient toujours les intermédiaires et les nègociateurf.
}. Dans les romaDs de chevalerie c'est toujours un pauvre pèlerin qui se cliargt des messages. Ariostc a rapporté cette coutume dans son Orlando fmrtato.