Chuta, tomba. — 2. Appela, convoqua
cis et d'une part et d'autre : car les François se combatoient pour aquérir gloire et louenge, et les Alemans pour leurs vies et pour leurs franchises garantir. Mais puis que le roy eut aperçeu Toccigion de sa gent et la hardiesse de ses ennemis, il eut plus grant paour de confusion qu'il n'eut espérance de victoire. Lors ils regarda le ciel humblement et dist en tele manière : « Dieu très-puissanty que la royne Crotilde prie et aoure de cuer et de pensée, je te promet perpétuel servise de foi interine, si tu me donnes maintenant victoire de mes ennemis. » Tantost comme il eut ce dit, sa gent fu toute ardent de fine hardiesce, et une si grande paour envaï ses ennemis que ils tornèrent les dos et quittèrent la bataille et la victoire demeura au roy et aus François ; le roy d'Alemaigne fu occis. Quant les Alemans virent que ils furent desconÛs, et que leur roy fust mort , ils s'abandonnèrent au service du roy et des François, et devindrent ses tributaires : ainsi ne doit-on pas cuider que ceste chose venist d'aventure, ains fu par divine ordenance.
Comment et par quel miracle le roy fut converti à la foi par la yictoire
qae il eut soudainement
Le roy retorna après celé victoire en France. Quant il fu en la cité de Toul, il trouva là saint Vaast^ qui puis fu évesque d'Arras; il lui manda que il s'en venist avec lui. Le roy vint à Rains; tout raconta à la royne , tant comme il lui estoit avenu ; grâces rendirent communément à Nostre Seigneur. Le roy fist la confession de foi, de cuer et de bonne voLenté. La royne qui merveilleusement estoit liée de la conversion de son seigneur, s'en ala tost et isnelement à saint Rémi qui lors estoit archevesque de la cité : tout lui conta, comment le roy estoit converti, puis lui demanda conseil que ils feroient ; forment le hasta de venir au palais pour enseignier au roy la voie par quoi l'on va à Dieu, tandis comme sa pensée estoit encore en douteux sort. Car elle disoit que elle se doutoit moult que son cuer ne fust élevé des victoires et des bonnes aventures qui lui estoient avenues, et que il ne desprisast le sou-
1» Saint Vaast fut le premier évéque qui parla de la foi chrétienne à Clovis.
verain donneur, qui tout ce lui avoit donné. Messire saint Rémi se hasta moult de venir au roy : il se présenta hardiement devant sa face, quant, un pou devant ce, il s'esloignoit ni ne s*osoit monstrer devant, lui. Quant il lui eut la foi dénoncié et la manière de croire enseigniez, et que le roy eut la foy connéue, il promist fermement qu'à tousjours-mès serviroit à celui qui est un seul Dieu tout-puissant. Après il dist à saint Rémi et à la royne que il tenteroit et essaieroit le cuer et la volenté de ses barons et du menu peuple : car ils se convertiroient plus doucement sUls se convertissoient débonnairement et par bêles paroles, que s'ils le faisoient à force. Geste condicion plust moult à saint Rémi et à la royne. Le peuple et les barons furent assemblés par le commandement le roy. Le roy se leva au milieu d'euls et commença à parler en tele manière : « Seigneur François qui estes descendus de la haute ligniées des Troiens', vous devez avoir en remembrance la hautesce de vostre nom et de vostre lignage, et devez ramener à mémoire quels dieux vous avez servis a jusques à ore ; car ce me semble raison moult profitable que vous connoissiez premièrement quels dieux sont que vous cultivez, pour ce que quant nous serons certains de leur fausseté, nous recevions plus volontiers la connoissance de celui qui est vrai Dieu; et ce sera fait droitement, si vous regardez les fais de vostre lignage : or, prenez vostre premier essample à celle noble cité de Troie la grant, que Ton cuidoit qui deust estre si forte par Taide et par la déffense de tant de dieux, qui point ne deffendirent que elle ne fust prise et cravantée ■ par les Griex, et plus par ruse et par traïson que par armes. Si, disoit-on que les dieux Tavoient faite et fondée de leurs propres mains, et estoient encore es tours de la cité les ymages qui estoient à eux sacrées, pour qu'elle ne peust estre prise par nul assaut de leurs ennemis. Quels secours et quel aide vous furent-il donques faire, quant ils meismes ne se porrent garantir? Laissons donques leur chetif cultive ment et les getons de nous, puis que nous avons certainement esprouvé que ils ne nous pucent aider; mais servons et cultivons Dieu le père, Jhésucrist le Fils et le Saint-Esperit qui est un seul Dieu en trois
1. C'était une opinion alors répandue et qui suppose des études classq parmi les clercs.