Crevée, détruite par les Grecs
personnes ' ; et véez ici domp Rémi nostre patron et nostre maître, qui nous enseignera la manière de ceste sainte religion et de ceste sainte doctrine; et dame Crotilde notre collatérale et nostre espouse, qui m^amoneste que j^aie espérance en la sainte aide de la souveraine puissance en tous périls et en tous besoings. Et si sachiez eertainnement que cil meisme Dieu que je vous presche, vous a donné victoire de vos ennemis en la bataille que nous avons nouvellement faite contre les Alemans. Levons donques nos cuers en droite espérance et envoions humbles prières au ciel et requérons le souverain deflendeur, qui tout donne à ceus qui en lui ont espérance, que il face nos âmes sauves et nous doint la victoire contre nos ennemis. » Quant le roy plain de foy eut ainsi le peuple préescbié et amonesté, aucuns ostèrent adoncques leurs cuers de mescréandise et reconnurent leur créatour. Par ce, peut-on savoir que moult eut saint Rémi grant joie, quant il véoit le roy nouvellement converti, que jà estoit apostre de sa gent; et avant encore que il fust baptisié.
Comment le roy fu baptisié ; et comment il vainquit le roy Gondebaut
de Bourgoigne.
Messire saint Rémi fist tout maintenant les fons appareillie, pour le roy baptiser et ceus qui par sa prédicacion estoient convertis. Quant tout fu appareillie, le roy descondi es fons, ainsi comme un autre Constantin •. Et comme saint Rémi récitoit la manière de la passion Jhésucrit, comme il fu lié à Testache, batu, escopé et puis crucefié, le roy, qui moult avoit grant compa^>sion des griefs que on lui avoit fait, dist un biau mot : « Certes, dist-il, si je eusse là esté atout mes François, je eusse bien vengié les outrages que on lui faisoit. » Nostre sire nionstra bien apertcnient combien il avoit aceptable et gréable la foi du roy nouvelement converti, par le grant
1. Profession de foi sur la trinité faite contre les Ariens; elle se trouve souvent répétée dans la Chronique.
2. Quelques manuscrits des Chroniques de Saint-Denis ont une petite enluminure qui représente le ttaptême de Clofis; le roi est plongé tout entier dans un baptistère; saint Rémi est à ses côtés et la colombe du Saint-Esprit voltige sur sa tète.
miracle que là avint. Car en ce point que Ton dut faire ToDction, et comme celui qui le saint cresme devoit aminUtrer ne put ayant venir pour la presse du peuple, un coulon avola soudainemeni devers le ciel, non mi coulon, mais le Saint-Esperit. en semblance à» coulon. En son bec, qui moult estoit cler et resplendissant, aporU la sainte onction en un petit vaissel, puis le mist es mains du salii archevesque qui benissoitles fons. Moult eurent grant joie et grant liesce tous ceus qui là estoient ; tous commencièrent à crier : grâces et loenges à nostre Seigneur. Là fu baptisiée une partie du peuple. Quant le roy fu baptisié et Foffîce du baptisement fait, il sortit de Teglise lié et alègre : à Paris s^en retourna, qui deslors estoit siège des roys et chiefs du règne. Il monstra bien la foi et la dévoete de sun cuer en ce que il fonda assez tost après, par ramonnesiemeot la royne, une églyse à Paris, en Tonneur du prince des apostres, qui ore est apelée Sainte-Geneviève ; en quoi il repose en corps il et la royne Crotilde son espouse, et deus de ses neveus, qui furent fils Clodomire le roy d'Orliens, foi et religion et ferveur de justice persévérèrent fermement en lui puis tous les jours de sa vie.
Les bourgeois de Verdun se révélèrent * contre lui. D assist la cité tout entour, drecier fist perrières et mangonneaus pour lancier aus murs; les moutons fist aussi lever pour les portes brisier. Ceus qui dedans estoient eurent moult grant paour, quant ils virent Tapareillement que les roiaux faisoient. Toutes-voies, espargna le roy la cité, par la prière saint Euspisce qui estoit arcbeprestre de la vile. Quant le roy eut la cité receue, et les citoiens se furent à lui rendus, il retourna en France • pour aler en la cité d'Orliens et il commanda à saint Euspisce et à saint Maximin, son neveu, que il veniscnt après lui ; son commandement firent : il leur donna un grant manoir et grans possessions ; et pource que ils et ceus qui après eulz viendroient les tenissent sans débat, il leur en donna lettre scelée de son scel.
En ce temps, vint' en France des parties d'Irlande saint Fursin le moustier ' de Laigni-sur-Marne édifia par Toctroi le fort roy Clovis; mais ains que il venist en France, avoit il jà esté en Sassoigne ; là