‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 106 sur 150 · Des Golhs. — 2. Conférence. — 3. Porte · texte numérisé non relu

Des Golhs. — 2. Conférence. — 3. Porte

la fin, s'accordèrent à ce que la querelle fust déterminée par le roy Thierri d'Ytalie. Les deus roys envoièrent leurs messages au jugement. Quant le roy Thierri eut la cause de Tune partie et de Tau- Ire connéue, il dist, par droit jugement, que le message au roy de France monleroit sur un cheval blanc, une lance tendroit en sa main devant les portes du palais Alaric le roy, sur laquelle le roy Alaric et les Gotiens geteroient tant de deniers d'argent, que la pointe de la larce en seroit toute couverte, et que le roy Clovis auroit tous ces deniers et les François. Les messages retournèrent, ils reportèrent le jugement le roy Thierry, que tous les François loèrent ; il ne plut pas aux Cotiens, car ils disrent que ils ne porroient pas finer ' de si grant somme de deniers. Ils ne se tindrent pas tellement qu'ils ne féissent vilenie au message le roy; car tandis que il aloit, une nuit, dormir en un solier de maison, ils érrachièrent Tentablement qui estoit devant son lit. Lui qui pas ne le savoit, se leva par nuit par faire sa nécéscité : il chai' * parmi la frainte si raidement, que il eut un bras brisié, et fu si froissié en Fautre partie du corps que à pou qu'il n'en morut. Au roy Clovis retourna au mieux et au plus-tost que il put; les nouvelles raconta ainsi comme elles estoient avenes, et puis se complaignit des griefs que les Gotiens lui avoient faits. Le roy qui pas ne voulut que la venjance de ceste injure fust prolongiée, car moult estoit courroucié et dolent de la honte que on avoit fait à son message, assembla son ost. Quant tous furent assemblés, il les escorta* par telles paroles : ■ seigneurs François, mes compaignons et mes chevaliers, je vous enorte mie en bataille pour ce que je aie doutence de vostre vertu et de vostre hardiesce, laquelle nos ennemis ont tant redoutée que ils voloient occire nostre message, non apertement, mais en traïson ; ils ont bien monstre par ce fait que ils ne pourraient mie souffrir l'ire de nostre gent, quant ils ont tant paour de la contenance d'un seul. Si vueil bien que vous sachiez que nous ne nous combatterons pas contre eus pour nos femmes ni pour enfans, ni pour terriennes richesces, mais pour la Sainte-Trinité qui est sans division, que eus, comme mauvais hérétiques, divisent par erreur escomeniée *, Après, nous nous combattrons pour les devines et les

1. FlniDeer, piyer. — 2. Il chuta, il tomba. — 3. Exhorta. 4. Toujours le symbole contre les Ariens. La trinité était le drapeau de rorthodoxie.

humaines lois, qui commandent que Ton ne face vilenie à ceux qui sont messages entre les ostes , et qui portent les paroles des uns aux autres : car entre les armes des ennemis doivent estre messages asseurés. Hastons-nous donques dealer à la bataille, et nous ferons hardiement entre noz adversaires , sur la fiance de l'aide de Nostre Seigneur Jhésucrist. » Quant le roy eut ainsi parlé , les hommes de vertu furent si esmus de combatre encontre leurs ennemis que ils estoient tous appareilliés pu de mourir, ou d'avoir victoire encontre ceux qui les avoient esmus.

Commet le roy occist le roi Alaric par son corps ; et comment

sa gent fu vaincue.

Avant que le roy se combastit contre le roy Alaric, il reçut certain signe de victoire, selon Tancienne coustume, en telle manière comme nous vous dirons. Il renvoia ses messagiers au moustier saint Martin de Tours , pour porter de par lui dons et offrandes au corps saint, et leur dist: c Alez, et ci me raportez signe de victoire. » En ce point que les messagiers entroient en Téglise, ils entendirent que Ton chantoit ce vers qui est écrit au sautier : Sire, tu m'as ceint et armé de vertu à bataille, et m'as donné les dos de mes ei;inemis. Les messagiers qui ce oïrent, furent moult liés et leurs offrandes firent ; puis retornèrent au roy et lui racontèrent le signe de victoire de par Nostre Seigneur. Moult en fu lié * et alégre et tous ceux de l'ost. Après ce que il eut tout son ost assamblé, fl vint contre ses ennemis à un fleuve qui est apelé Vianne ; outre cuidièrent passer, mais ils ne purent, car les eaues abondoient plus qu'elles ne souloient*, pour les grans pluies qui eurent esté. Dolant fu le roy, quant il vit qu'il ne put passer ni sa gent. outre : tantost requist l'aide de nostre Seigneur par telles paroles : « Sainte Trinité et un seul Dieu en majesté , donne moi victoire contre les ennemis ce la foi crestienne et si m'otroie légier trespassement parmi ce fleuve* » Nostre Sire oï sa proière ; car au matin, au point du jour que l'ost fu levé et apareillé, une cerve ' apparut devant eux soudainnement. Quant les François, qui d'ancienne coustume sont

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