RECONSTITUÉE PAR LES ÉVÊQUES ET LES LÉGENDES
Saint Germain ;d*Âuxerre. — Saint Loup de Troyes. — Saint Âignan d'Orléans. — Sainte Geneviève de Paris. — Saint Waast d'Ârras. — Saint Rémi. — Saint Âvite de Vienne. — Saint Césaire d'Arles.— Saint Germain de Paris. — Saint Médard de Soissons. — Saint Severin. — Saint Grégoire deTours.-- Saint Arnoux de Metz. — Saint Éloi de Noyon. — Saint Ouen de Rouen. — Saint Léger d'Autun » etc.
(Du y au VIII» siècle'.)
Si rhistoire, nous Tavons déjà dit, ne doit pas s'imposer Pesprit absolu de système, elle acoepte certains résultais constatés par les documents contemporains. Ainsi, il nous parait évident que la société gauloise, un moment troublée par la conquête des Francs, se releva après le premier effroi de la conquête et parvint bientôt à dominer les vainqueurs. On n'efface pas une civilisation antérieure; elle garde sa puissance ; Pesprit de la vieille société, en possession des faits, pénètre partout ; elle force les conquérants à la respecter : ceux-ci ne créent quelque chose de stable qu'à la condition de vivre avec les habitudes et les lois de la civilisation antérieure.
Ce fait est constaté par les chroniques et les chartes. Clovis, à peine roi, s'entoura de tous les hommes considérables de la société gallo-romaine, et les employa dans toutes les négociations. Les
1. Extrait des Bollandistes, collection supérieure aux « Acta Sanct. ord. S. Benedict. >
hommes de force et des forêts de la Germanie accomplissaient la conquôte matérielle, rien au delà. « Les Francs, dit Agathias', ont adopté la plus grande partie du gouvernement romain; ils sont régis par les mêmes lois ; ils contractent et se marient à la manière des Romains, dont ils ont aussi adopté la religion, car tous les Francs sont chrétiens et catholiques ; ils ont dans leurs villes des magistrats, des évêques.... Ils ne diffèrent en rien des Romains que par leurs habits et par le langage. >
M. Ra^nouard, dans son exacte Histoire du droit municipaly fait la remarque que, sous Clovis et sous ses successeurs, les anciens habitants des Gaules furent élevés aux premiers emplois, aux plus hautes dignités. Clovis, avec son instinct très-remarquable, jugea aisément combien les Romains pouvaient lui devenir utiles : < Aucun ne le trahit, tous le servirent avec zèle et avec dévouement. Il nomme Aurélien au duché de Melun, pour le récompenser de son ambassade à l'occasion du mariage avec Clotilde. Le Romain Segundinus, très-instruit dans les arts libéraux, fut envoyé par Clovis à Tempereur comme ambassadeur. Clovis veut-il adresser à Alaric un homme adroit et respectable pour lui demander son amitié, c'est le Romain Paterne à qui il se conGe. Il choisit pour médecin un Romain nommé Tranquilinus. Les anciens habitants des Gaules s'estimaient beaucoup plus que les Francs ; en voici la preuve : le duc d'Aquitaine demande en mariage Rictrude, née d'une illustre famille de Gascogne et de la plus haute race des sénateurs ; le duc était lui-même de la race royale des Francs. La famille de Rictrude s'indignait qu'elle devint l'épouse d'un Franc : toutefois Adalbaud épousa Rictrude, mais les parents, regardant cette alliance comme une honte pour leur famille, assassinèrent le duc*. »
Le gouvernement des Gaules fut donc établi sur les bases de l'administration romaine; la loi civile domine les désordres et la violence, et à la tête de cette administration civile se trouvent les évêques, que Clovis combla de dignités parce qu'ils étaient les représentants de la civilisation des Gaules, et presque tous de familles gallo-romaines, supérieurs par leurs lumières, leur habileté et leur tradition. Bien avant que les Francs n'eussent envahi les Gaules, la