Viia S. AdalbcUdi; Acta SS., 2 ^«br.,l. I, p
puissance de ces grands citoyens (les évêques] était déjà reconnue, et Ton peut s'en convaincre par la Vie de saint Martin de Tours, dont le tombeau était comme le palladium des Gallo-Romains. Au moment des invasions dans les Gaules, on trouve aussi saint Germain, une des grandes figures de cette époque : il était né à Auxerre, d'une de ces races gauloises répandues dans les cités et qui dirigeaient l'administration. Rustique, son père, et Germanille, sa mère, possesseurs de grandes terres, lui donnèrent une forte éducation ; déjà distingué dans les plus célèbres écoles des Gaules, il vint se perfectionner à Rome pour l'éloquence. Germain acquit une haute célébrité par ses plaidoyers à la manière de Cicéron, au tribunal du préfet; il épousa ensuite la Romaine Eustechia. L'empereur Honorius le fit duc de l'Auxerrois, c'est-à-dire lui donna le commandement des légions de la province ; charge importante dans ce temps où la Gaule était foulée par les Barbares.
Avec les études sérieuses, Germain aimait la chasse de passion ; fier de ses succès, entouré de dépouilles de cerfs et de sangliers, il se plaisait à suspendre en trophée à un poirier, au milieu d' Auxerre, les tètes de bêtes fauves, selon les coutumes païennes*. Comme la Gaule était chrétienne, le pieux évoque d'Auxerre, du nom d'Amateur, souvent avait repris Germain, qui l'écoutait à peine ; l'évêque ne se découragea pas, car il avait le pressentiment d'un grand retour à la foi. Il annonçait même tout haut que Germain était destiné à le remplacer comme évoque; il fallait lui imposer la tonsure cléricale par ruse ou par force. Germain, revêtu d'une charge importante, ne pouvait l'abdiquer sans le consentement de l'empereur ; saint Amateur alla donc trouver Jules, préfet des Gaules, à Autun. C'était un immense personnage que l'évêque ! Dès que le préfet apprit que saint Amateur arrivait, il vint au-devant de lui avec ses officiers* pour lui demander sa bénédiction. Au milieu des flots d'encens et de l'éclat de mille lumières, l'évêque dit de sa voii inspirée : « Ma fin est proche, le duc Germain gouvernera mon
Eglise, et je viens vous demander l'agrément de l'empereur pour
1. La vie de saint Germain a été écrite par un auteur contemporain, Constant. Vita Germani, apud Surium, 31 julii.
2. On voit souvent ces marques de respect des premiers magistrats poar les évêques.
imposer la tonsure de clerc à Germain. » Le préfet répondit : c Bien que le duc Germain soit très-utile et même nécessaire à la chose publique [Res publica), cependant je ne m'opposerai pas aux desseins de Dieu sur lui. i
De retour à Auxerre, l'évoque assembla les principaux d'entre le peuple ; il leur déclara que, n'ayant que peu de temps à vivre, il lui fallait choisir un successeur. L'évêque sortit pour se rendre à la basilique ; tout le peuple le suivit. Germain et ses amis étaient armés et se disposaient à entrer ainsi dans l'ép^lisc, selon la coutume des Gaulois qui portaient partout leurs armes ; révoque les arrêta à la porte et leur dit : € Mes chers enfants, quittez ces javelots et ces boucliers, car c'est ici une maison de prières et non un champ de Mars. » Ils obéirent; et l'évêque, voyant Germain sans armes, fit fermer les portes ; puis, le pressant avec son clergé et les principaux citoyens, il lui coupa les cheveux et l'avertit que Dieu l'avait choisi pour son successeur'. Le duc n'opposa aucune résistance, car la dignité d'évêque était la première dans l'Etat, et la voix du peuple était celle de tous. On ne vit jamais un changement plus prompt dans les habitudes d'un grand citoyen. Pour se créer une solitude au milieu du monde même, Germain fît bâtir un monastère près d'Auxerre ; il s'y retira pour vivre en moine. Bientôt il fut envoyé, avec saint Loup de Troyes, pour combattre les Pélagiens, une des hérésies les plus redoutables. Les deux évêques s'embarquèrent pour l'Angleterre, île alors presque sauvage. Une furieuse tempête éclata avec les éclairs et la foudre, tandis que Germain dormait tranquillement. Ici commence la légende : les passagers, à la prière de saint Loup, éveillèrent Germain, le conjurèrent de calmer l'orage. II prit de l'huile bénite, il en répandit quelques gouttes sur les flots, et aussiUM la mer devint calme.
Les Pietés et les Saxons faisaient alors une guerre cruelle aux Bretons; ceux-ci appelèrent les deux évêques à leur aide : ils y accoururent, et leur arrivée au camp rassura plus les Bretons que n*aurait pu faire une armée d'auxiliaires. Ils en profitèrent pour disposer les soldats au baptême. On dressa au milieu du camp un oratoire de branchages et de feuillages, où l'on célébra la fête de
1. Constant : Vita Germon., lib. ], cap. vu, xix et xxn. Nous donnons ces détails pour peindre Télcction d'un évêque.
Pâques. Durant la cérémonie, les Pietés tâchèrent de surprendre les Bretons. Germain, qui n'avait pas oublié son ancienne charge de duc et de tribun militaire, rangea lui-même Tannée en bataille, avec un détachement en embuscade dans un vallon. A la tète de ce corps de réserve, il ordonna pour signal à tous les légionnaires de crier trois fois cUleluia ! et ce chant jeta une telle épouvante dans l'armée ennemie, que les Bretons remportèrent une victoire complète.
A son retour à Auxerre, Germain apprit qu'on avait surchargé son peuple de nouveaux impôts. II prtt aussitôt la résolution d'aller à Arles demander au préfet suprême des Gaules une diminution des taxes; partout il fut reçu avec enthousiasme : à Lyon, à Arles. U obtint ce qu'il avait demandé. Au devant de lui, il trouva des députés de l'Armorique qui venaient implorer sa protection •. La faiblesse de l'empire avait donné plusieurs fois aux Armoricains l'occasion de secouer le gouvernement des Romains. Aëtius, le chef des légions impériales, se mit en devoir de punir leur révolte. Il envoya Eocharich, roi des Allemands ou Alains, avec une armée de Barbares pour châtier la province en révolte. Les peuples de l'Armorique s'adressèrent à Germain pour détourner la foudre qui les menaçait. L'évêque se mit en chemin à pied, revêtu de ses habits pontificaux, pour aller fléchir le roi barbare, qu'il trouva au milieu de son armée ; l'évêque le supplia humblement d'épargner le sang et les terres de ce peuple malheureux. Le roi fut inflexible ; le saint le menaça, il se moqua de ses menaces et ne daigna pas même Técouter. Alors Germain se jette à la bride du cheval du roi et l'arrête ; tout à coup un changement s'opère dans le cœur du barbare, qui consentiraux propositions de l'évêque, pourvu qu'on fît accepter les conditions par l'empereur ou par Aëtius, qui commandait dans les Gaules en son nom •.
Rien n'est plus vivant, plus animé que cette histoire ; les sociétés barbare et gallo-romaine y sont toutes vivantes.
Germain, suivi d'une multitude de peuple, prit aussitôt la route d'Italie pour aller trouver l'empereur Valentinien à Ravenne; d'espace en espace on érigeait des croix ou des oratoires. L'évêque