‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 128 sur 150 · Vita S. Anianiy apud Duchesne, 1. 1, p. 52t · texte numérisé non relu

Vita S. Anianiy apud Duchesne, 1. 1, p. 52t

que se fit conduire en son petit ermitage de la Montagne, et lui rendit des honneurs qui la justifièrent aux yeux des habitants*.

Geneviève, à dix-huit ans à peine, se révéla bientôt tout entière avec son courage et son dévouement. Le bruit de la marche et des cruautés d'Attila avait jeté Talarme dans Paris. .Les habitants désespérant de se défendre, étaient résolus de se retirer dans les cités fortes avec leurs femmes et leurs enfants. Geneviève essaya de leur inspirer plus de patriotisme ; elle assembla un grand nombre de femmes dans le baptistère de l'église , afin de fortifier leur âme. Les hommes montrèrent moins de courage : ils virent dans Geneviève un obstacle à leurs timides conseils et résolurent sa mort. Elle fut sauvée par un diacre de l'église d'Auxerre venu à Paris : « Gardez-vous bien, dit-il, de rien entreprendre contre cette douce fille. J'ai souvent ouï l'évèque Germain faire l'éloge de ses vertus. » Quelques récits disent que sainte Geneviève alla au camp d'Attila, le supplier d'épargner Paris* : les paroles des femmes inspirées avaient une grande puissance sur les Barbares : les peuples du nord écoutaient leurs prophétesses sous les vieux chênes.

A ce temps, Paris était menacé d'une grande famine : Geneviève entreprit un long voyage pour ramener des vivres aux Parisiens. Elle acheta du blé, loua de grandes barques pour le transporter. Comme sa famille se composait de colons cultivateurs, les ressources ne manquèrent pas. Touché de ce dévouement, Childéric, encore païen , lui rendit de grands honneurs , et Clovis eut pour elle un vrai culte. Sa réputation ne fut pas môme renfermée dans la Gaule : Siméon, le stylite, en Orient, demandait de ses nouvelles aux marchands gaulois qui venaient le visiter, et les chargeait de le recommander à sa prière. Sa vie a été écrite dix-huit ans après sa mort et mérite ainsi une grande attention. On érigea d'abord sur son tombeau un petit oratoire de bois que Clovis choisit pour ériger la basilique de Saint-Pierre et de Saint-Paul, achevée par sainte Clotilde. Il y avait trois portiques à l'entrée, et les murailles étaient peintes des histoires de l'ancien et du nouveau Testament*. La lecture de la vie de sainte Geneviève nous initie à l'état du commerce, de Pa-

1. Constant : Vita German.y lib. I, cap. xx et xi; lib. Il, cap. n. 3. Vita Genovef.y apud Boll. 3 jan., cap. m, p. 144. 3. Vila Gtnovef. , cap. iv, n. 13.

griculture à Paris ; la basilique qui lui fut consacrée était un mélange de Fart gaulois et byzantin : la vénération du peuple de Paris pour sainte Geneviève fut une tradition de reconnaissance développée par la marche des siècles et colorée par les légendes.

Clovis qui passait par Toul après la victoire de Tolbiac, accueillit un prêtre du nom de Waast, et le pria de Tinstruire, lui paTen et barbare, dans la religion chrétienne. Comme le roi et Tévôque passaient tous deux dans le pays de Vouzi, sur le pont de la rivière d'Aisne, un aveugle s'écria : « Homme de Dieu, ayez pitié de moi : je ne demande ni or, ni argent, rendez-moi la vue*. > Waast, dit la légende, prévoyant combien un miracle opéré dans ces circonstances serait efflcace sur l'esprit des Francs, fit le signe de la croix sur l'aveugle en disant quelques mots, et l'aveugle recouvra la vue. Après le baptême de Clovis, Waast demeura dans la ville de Reims : l'éclat de ses vertus s'était répandu dans toute la Gaule , et saint Rémi l'ordonna évêque d'Arras. Le christianisme y avait disparu depuis l'invasion d'Attila qui partout avait détruit les églises. Clotaire eut en grande estime Tévêque d'Arras. Un chef franc l'invita un jour à dîner chez lui, avec le roi. Saint Waast trouva plusieurs coupes remplies de bière et d'hydromel, boisson des peuples du nord offerte aux idolâtres invités à ce repas, car il y en avait encore beaucoup parmi les Francs établis du côté de Cambrai. Waast fit le signe de la croix et tous les vases se brisèrent en présence du roi et des seigneurs. L'évêque en prit occasion pour prêcher contre le paganisme et il convertit à la foi plusieurs assistants. Ainsi parle un témoin presque oculaire , mais enthousiaste *. On bâtit dans la suite , sur le tombeau de l'évêque , la célèbre abbaye qui porta le nom de Saint-Waast.

C'était un beau vieillard qu'Euspice ! Il habitait la ville de Verdun, forte cité qui venait de s'insurger contre Clovis ; le roi marchait avec le dessein de la châtier. Euspice vint le trouver, embrassa ses genoux pour implorer sa pitié; il parla de Jésus-Christ dont il venait d'adopter la foi. Clovis clément pour la cité rébelle, fit son entrée dans la ville, précédé de l'évêque et des clercs ^ U le garda

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