‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 40 sur 150 · Gregor. Turon., lib. II · texte numérisé non relu

Gregor. Turon., lib. II

t. Les Grandes Chroniques de France, liv. I, chap. xxv. La vie dit mort de saint Martin étaient alors la grande époque historique.

divisée en cantons {Pagi)^ ayant à leur tête un centenier gouverné par un comte ; et un nombre de cités formaient un duché, ce qui n'était cependant pas uniforme; car il y avait des duchés qui n'étaient composés que d'une cité, et des comtés qui n'étaient compris dans aucun duché*. Quelquefois aussi le duc était inférieur au comte, et de là vient qu'on ne faisait pas de difficulté de quitter le premier titre pour prendre le second: le duc de Toulouse devenu comte en est une preuve. Clovis, par un mélange de la coutume des Francs et des lois romaines, réunit la puissance des lois et celle des armes dans la personne des ducs et des comtes. A l'égard des impôts, il les laissa subsister sur le pied qu'ils avaient été établis par les Romains. Les Francs néanmoins firent quelques modifications à leur profit. Ainsi les terres saliques étaient exemptes de toutes redevances et leurs possesseurs ne furent tenus qu'au service militaire. Les Francs ne furent point dispensés des dons que la nation faisait annuellement aux rois dans les assemblées solennelles et que l'usage avait convertis en redevances. >

Les bénédictins continuent : « La justice fut sommaire chez les Francs; Mallum était le nom qu'on donnait au tribunal où elle se rendait ; ceux qui le composaient avec le comte ou le vicomte s'appelaient Rachimburges sous la première race de nos rois*. Dans l'origine de la monarchie, y

1. An de vérifier les dates, édition in-4, l. H, par les religieux de la congrégation de Saint-Haur. Je crois que les Bénédictins ont confondu les époques : sous Clovis, il n'y avait pas do titre aussi expressément formulé ni de division si précise.

2. On a l«aucoup disserté sur la condition des personnes sous la pre*

avait-il une noblesse héréditaire? les emplois et les titres ne Tétaient pas. On ne devenait pas duc, vicaire, scabin, centenier par héritage; mais il y avait une classe où Ton naissait avec le pouvoir de parvenir à tous ces offices, et cette classe était celle des ingénus. £n dehors tout était serf. Il y avait trois différentes sortes de servitude : 1* les serfs proprement dits, dans une dépendance absolue de leurs maîtres qui pouvaient disposer de leur fortune et même de leur vie : serfs de corps ; 2** les serfs à la glèbe, servi adscripti glebœ^ c'est-à-dire attachés à un fond de terre pour la cultiver, espèces de fermiers perpétuels qui cultivaient pour leur compte moyennant une rétribution payée au propriétaire. Us faisaient partie de la terre confiée à leurs soins, de manière qu'ils ne pouvaient la quitter et qu'ils étaient vendus avec le fond comme les bestiaux employés à le mettre en valeur ; 3* enfin il y avait les Fiscalins, de deux espèces, les uns serfs proprement dits du fisc royal ; ils avaient la propriété de certains fonds dont ils pouvaient disposer sous le bon plaisir du roi*. Glovis et les Mérovingiens dataient communément leurs diplômes des années de leur règne, du jour, du mois où ils les expédiaient; à quoi ils ajoutaient quelquefois, mais très-rarement, l'indiction. Souvent aussi leurs diplômes n'avaient aucune date. Ces diplômes sont écrits pour la plupart sur

mière race; les systèmes s'appuyant plutôt sur des conjectures que sur des faits invariables, je préfère aux études de Mabli, Dubos, Montesquieu, les simples mémoires d'érudition qui se trouvent dans les huit premiers volumes de l'ancienne Académie des Inscriptions,

I. Glossaire de Du Cange : Fiscus. Du Cange fut le plus grand érodit du dix-septième siècle ; son Glossaire est une merveille.

papier d'Egypte*. Glovis à la tête des siens se qualifiait de Vir inluster. »

De ces savantes recherches, complétées par la lecture des chroniques y il résulte quelques faits généraux : < La société gallo-romaine s'était reconstituée et consolidée après la victohre d'Aëtius sur Attila; la puissance des évèques avait grandi, les municipes s'étaient réorganisés lorsque Glovis parut à la tète des Francs. L'établissement de devis avait besoin de Tappui des évèques pour se consolider, et les évèques à leur tour avaient besoin de Glovis pour lutter contre Tarianisme presque dominant dans les Gaules. De là ce contrat d'alliance, scellé par le baptême de Glovis. La guerre contre Alaric, l'invasion des provinces du midi des Gaules par les Francs furent favorisées par les évèques ; Glovis leur dut Taflermissement et la grandeur de sa domination. Il ne faut pas s'étonner de son respect pour la tombe de saint Martin de Tours, le plus grand d'entre les Gallo-Romains, et de sa déférence pour saint Remy, le citoyen le plus capable, le plus vénéré des municipes. Mais, en dehors de cette alliance, Glovis reste Sicambre; il frappe de sa framée et de sa hache d'armes tout ce qui s'oppose à ses desseins; il est encore l'inexorable chef du vase de Soissons. Les écrivains qui ont vu dans Glovis le fondateur d'une monarchie régulière se trompent ; les vrais organisateurs du pouvoir ce furent les évèques. Ils firent la civilisation en France'. Nous ne trouvons que des témoi-

1. Le papyrus d'£gypte venait dans les Gaules par Byzance et ritalic.

2. Un savant érudit calviniste, M. Guizot, a parfaitpment reconnu ces ser-

gnagnes incertains sur les costumes, les vêtements des Francs; il n'existe que des statues informes sur quelques tombeaux; les basiliques ne vont pas au delà du huitième siècle, et ces longues robes pendantes serrées à la taille ne peuvent être que le costume civil ; les cheveux sont longs, la barbe rasée, le sceptre mince comme un bâton de commandement; les pieds sont serrés dans des sandales. Quelques Rois portent des couronnes comme on le voit aux ba* siliques de Reims, de Laon et d'Amiens. Sur les médailles et les scels, les vêtements diffèrent un peu ; les armes sont grossièrement travaillées ; l'art byzantin ne s'est pas encore empreint sur les monuments.

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