LES ENFANTS DE CLOVIS
Théodoric, roi de Metz. — Clodomir, roi d'Orléans. — Cliildel)ert, roi de Paris. — Clotaire, roi de SoissoDS. — Division du territoire des Gaules Jusqu'à Clotaire I".
A sa mort, Clovis était roi chrétien des Francs, patrice de Rome, consul dans les fastes byzantins ; mais ces dignités n'avaient que faiblement modifié les coutumes invétérées des ancêtres. Après Clovis, il n'y a aucun droit d'hérédité, ni d'unité monarchique avec le privilège d'aînesse, mais un partage de terre comme dans la succession salique. Clovis laissait quatre fils, et tous séparément devenaient chefs de tribus : Théodoric, roi de Metz; Clodomir,roi d'Orléans; Childebert, roi de Paris; Clotaire, roi de Soissons. La géographie de la succession de Clovis si difficile à préciser*, offrait ainsi un dépècement complet de la Gaule, « comme la peau d'un taureau qu'on aurait déchiré >, dit Grégoire de Tours.
1. Toute cette partie de l'histoire est si constamment brouillée, que leb auteurs de VÀrt de vérifier les dates ont eux-mêmes hésité daus leui clasiilicalion. î. Il (in-4).
Le royaume de Metz avait pour frontière les Frisons, les Saxons, les Thuringiens, et les Allem^inds au delà de Cologne jusqu'à Ratisbonne, puis par une pointe qu'on aurait pu comparer à une lanière de cuir, ce même royaume s'étendait jusqu'à Toulouse par Nevers, Clermont etRhodez*; le territoire n'était rien et la tribu était tout. Le royaume d'Orléans qui formait le second fragment de la succession de Clovis embrassait les villes de la Loire jusqu'à Saintes et au midi, depuis Bordeaux jusqu'aux Pyrénées : il avait pour limite Carcassonne. Le royaume de Paris, non-moins bizarrement composé, formait une longue fraction de terre jusqu'à Nantes avec la Normandie et la Bretagne, puis il descendait sur les bords de la mer jusqu'à la Dordogne et la Garonne. Enfin le royaume de Soissons, origine de la monarchie, s'étendait jusqu'à Compiègne,ËtampesetMeluDi puis tout à coup frangé par les royaumes de Paris et d'Orléans, il allait à Bourges jusqu'à Périgueux par une petite langue de terre'.
Cette étrange géographie résultait plutôt de l'arrangement par groupes de peuple, que des circonscriptions territoriales. Les tribus errantes sur le territoire des Gaules s'y posaient, s'y établissaient selon leur aise, leur caprice : ainsi les tribus, campées en Aquitaine eï dans le Soissonnais, étaient d'une race et d'une origine identique, tandis que les tribus campées autour de Paris et de Compiègne appartenaient
1. Les cartes de d'Anvillo seules peuvent nous éclairer sur cette configuration des royaumes francs.
2. M. de FoDcemagne a écrit une ti^s-savante dissertation sur l'étendue du royaume des Francs {Mémoires de l'Académie des Inscriptions ^ t. VIII) : il faut la comparer avec les PP. Lecointe et Pagi.
à des races diflërentes, souvent hostiles les unes aux autres. Il faut dresser pour ce temps la carte des nationalités plutôt que celle des territoires ; les fraternités entre tribus faisaient leurs rapprochements, et la haine leurs séparations. Frisons, Saxons, Thuringiens, Suèves, Bourguignons, Ostrogoths, Visigoths, Alains avec leurs qualités distinctes élisaient des chefs séparés pour les gouverner et les conduire dans les expéditions lointaines.
Les quatre enfants, successeurs de Clovis, n'étaient pas tous issus d'une même mère : Théodoric, roi de Metz, fils d'une concubine*, fut un homme fort et intrépide que les Francs saluèrent comme chef. Dans sa première expédition il repoussa les Danois qui avaient remonté la Meuse. Sa vie fut une longue suite de guerres contre ses frères ; il pilla les villes, ravagea les campagnes en véritable Sicambre ; le sang des concubines avait quelque chose de plus âpre que celui des épouses selon la loi chrétienne.
Clodomir, roi d'Orléans, fils de Clovis et de Clotilde, n'hérita pas du caractère chrétien de la reine; victorieux en Bourgogne, il s'empara du roi Sigismond, le fit jeter dans un puits avec sa fenmie et ses enfants; il mourut dans une expédition, laissant trois enfants en bas âge.
Childebert, qui régnait à Paris, le fils aîné de Clotilde, plus pieux que Clodomir et plus dévoué à TÉglise, fit bâtir partout des basiliques et s'apaisa dans la piété. A la suite d'une expédition en Espagne où il avait invoqué le nom de saint Vincent martyr, Childebert rapporta la cotte d'armes et la chape du saint. En son honneur il fit bâtir à