Gi- tioiic »Io Tours, liv. III
moult plus attentif à sauver sa vie que à requérir son règne. . . , il fu prestre sacré et homme de sainte vie et de sainte conversation. Mort fu et mis en sépulture au territoire de Paris en une ville qui a nom Nogent. La sainte royne Clotilde prist les corps de ses neveus en grans pleurs et en grandes larmes ; embaumier les ûst, puis enterrer en Téglyse Saint-Pierre. » Si Clotilde n'avait pas assez de puissance pour s'opposer à ces meurtres de famille, elle présidait aux sépultures ; les princes n'échappaient à la mort qu'en sacrifiant leur chevelure; idée du scalpe qu'on retrouve chez les nations aborigènes: la tonsure était le scalpe transformé par l'Église en dehors du sang. Les instincts sauvages de Childebert s'adoucirent sous l'influence de saint Germain, citoyen d'Autun, que les Parisiens venaient de nommer leur évëque^ Sa vie active et féconde fut consacrée à Tapaisement des barbares.
Des enfants de Clovis, Théodoric le plus avide de batailles et de conquêtes fit la guerre aux Thuringiens et précipita Manfred, leur chef, du haut des murailles de Metz. Childebert s'empara de l'Auvergne; toujours à cheval il dit à ses compagnons : < Je vous convoque pour aller dans un pays plein d'or et d'argent : vous y aurez en abondance tout ce que vous pouvez désirer. > L'Auvergne était un pays riche et plantureux. La guerre civile entre les trois frères ensanglanta les Gaules. Théodoric ne laissa qu'un fils, roi de Metz, dont on disputa Ihéritage, singulier héritage si mélangé dans ce temps où Ton voit deux rois dans une même ville, selon les idées de partage inhérentes
i. 11 ne laut pas le confoudrc avec Sainl-ljermain d'Auxerre*
ET LES MÉROVlNGltNS. 115
aux nations germaniques : ainsi Paris était comme la cité commune aux trois chefs francs. (Childebert II prit sur Gontran la moitié de la ville de Marseille.) Théodoric dans son expédition d'Auvergne s'empara de Clermont: Childebert conquit la Bourgogne pour la partager ensuite avec Théodoric. Souvent ces expéditions n'avaient pour but que l'enlèvement de quelques belles esclaves comme dans les temps homériques de la Grèce. Théodobert, fils de Théodoric, conquit sur les Visigoths, l'Albigeois qu'ils avaient envahi : il mérita ainsi de succéder à Théodoric son père, succession disputée par Childebert et Clotaire, < comme il n'existait aucun droit écrit, dit la chronique, Childebert le plus fort fut proclamé le légitime héritier. »
Dans ce chaos, nulle trace de mœurs chrétiennes, pas même l'unité de mariage. Clotaire, le plus cruel des iils de Clovis, avait cinq femmes et parmi ces cinq femmes deux sœurs : < Conune il était déjà marié à Ingunde et l'aimait d'unique amour, il reçut d'elle une prière en ces termes : • Le roi a fait de sa servante ce qu'il a plu, et il m'a appelée à son lit, maintenant pour compléter le bienfait, que le roi écoute ce que lui demande sa servante. Je vous prie de daigner procurer un mari riche et puissant à ma sœur, votre servante', de telle sorte que rien ne m'humilie plus et qu'au contraire élevée par une nouvelle faveur je puisse vous servir plus fidèlement. > A ces paroles, le roi qui était adonné à la luxure s'enflamme d'amour pour Aregunde : il alla à
1 . Les érudits qui ont exalté la puissance de la femme chez les nations du Nonl. n'ont jamais bien étudié les chrociques : la femme était esclave, servante du mari; c'est le christianisme, ce sont les légendes de la Vierge Marie qui ont grandi la femme*
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la métairie où elle habitait et se l'unit en mariage. L'ayant
ainsi prise il retourna vers Ingunde et lui dit : « J'ai songé
à t'accorder la grâce que ta douceur m'a demandée et cher-
chant un homme riche et sage que je puisse unir à ta sœur,
je n'ai rien trouvé de mieux que moi-même. Ainsi sache que je l'ai prise pour moi, ce qui j'espère ne te déplaira
pas. > Alors elle lui dit : < Que ce qui parait bon à mon seigneur soit ainsi fait, seulement que la servante vive toujours avec la faveur du roi * ».
Dans ces récits, il faut rechercher les caractères de celte société ! Les principes du christianisme ont disparu ; ils ne retrouvent un peu de puissance et d'ascendant que par les légendes et les miracles. Comme les nations sauvages aiment le merveilleux, il fallait des prodiges, nous l'avons dit déjà, pour arrêter ces bras ensanglantés, ces imaginations brutes. Les légendes racontaient comment un roi avait été frappé de cécité lorsqu'il voulait tuer son frère, voler la propriété d'autrui ; son bras s'était desséché en portant la main suc* un sanctuaire. Ici une pauvre biche poursuivie était entrée dans un monastère pour y chercher protection ; là les prières d'un ermite avaient arrêté une pluie de dards et de flèches ; un feu céleste annonçait la colère de Dieu. Les vies de saints en frappant l'imagination des barbares, sauvèrent la sodélé: les miracles, les prodiges furent les instruments les plus actifs de la justice et de la civilisation au moyen-âge.
En ce temps, les Ostrogoths envahissaient l'Italie qui obéissait encore aux empereurs byzantins Justinien s'adressa aux chefs francs pour demander leur appui ; il leur envoya
1 Gngoire de Touts, h\ IV.
des vases d'or, des colliers, des bijoux artistement façonnés par les ouvriers de Constantinople', modèles qui servirent plus tard aux travailleurs gallo-romains et particulièrement à saint Eloi, tandis que Witigès ^ un chef des Ostrogoths, leur payait comme tribut deux mille livres pesant d'or pour soutenir leur domination en Italie. Les Francs avaient conservé cet amour du butin qui les faisait aller partout en conquête sans s'enquérir du droit et de la juslice. Les belles terres d'Italie frappèrent vivement ces imaginations : les Francs y revinrent quelques années après sous un chef nommé Buccelin ; la traversant dans toute sa longueur, ils s'emparèrent de la Sicile. Une autre bande sous Childebert, roi de Paris, envahit l'Espagne ; ces expéditions accomplies, les Francs revenaient suant sous le poids de l'or, entourés d'esclaves et de troupeaux. Théodebert, roi de Metz, un des chefs les plus remarquables, les plus vigoureux, accepta sans hésiter les titres et les dignités byzantines comme Clovis avait eu les honneurs du patriciat : sur quelques médailles, Théodebert prend même le titre d'Auguste, dignité suprême : les barbares avaient toujours Tesprit émerveillé des souvenirs de Rome. Théodebert allait marcher vers le Bosphore lorscfue dans un jour de fête et de chasse, à la poursuite d'un taureau furieux, il s'élança avec sa framéedans l'arène: l'animal excité se retournant lui fracassa la poitrine d'un coup de corne Ainsi mourut l'intrépide chef des Francs, en digne enfant des forêts germaniques *.
1. 11 se trouvait parmi ces bijoux de beaux étricrs : c'est pour la premi'>re foii^ qu'il en est parlé dans les actes.