‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 47 sur 150 · LES TROIS SOCIÉTÉS : ROMAINE, GAULOISE ET BARBARE · texte numérisé non relu

LES TROIS SOCIÉTÉS : ROMAINE, GAULOISE ET BARBARE

Ce qui serait résulté du triomphe de Tarianisme. — Civilisation par les conciles. — Action des évdques . — Légendes et vies des saints. — Développement des ordres monastiques. — Règles de saint Benoit. — Exemples et leçons. — Le jeûne, la charité, le travail. — Respect de la propriété.

— La société gauloise. — Débris du paganisme et du druidisme. — Les Mithriaques dans les Gaules. — Les lois. — Saliques. — Bourguignonnes.

— Visigothes. — Lombardes. ~~ Codes. — Principes de la copiposition.

— Ksprit et tendance générale de la société. — Le droit judiciaire. — Municipal.

(v et VI» siècle \

Dans cette nuit qui environne le règne de Clovis, il serait difficile de suivre les traces de la civilisation. L'Église seule avait quelque pouvoir sur ces âmes indomptées; et dans cette église même, les doctrines d'Arius venaient briser Tunité et la tradition. L'Arianisme était adoptée par la majorité des races barbares. Ici se présente une question sérieuse et déjà plusieurs fois indiquée dans ce livre : si TArianisme avait triomphé , la civilisation gallo-franque aurait-elle marché aussi rapidement? L'Arianisme était plutôt une secte rationnelle dans le christianisme qu'une croyance: il se résumait dans le Déisme pur sans la Trinité et TEuciiaristie : T Arianisme rejetait la plupart des symboles pour

s'en tenir à un culte sans pompe dans des temples vides d'ornements et d'images: ainsi négation de la divinité de Jésus-Christ, de la pureté de la Vierge, du mystère de la Trinité, tels étaient les dogmes des Ariens qui se bornaient à la froide explication de la mission du Christ considérée comme un simple fait historique^.

Or, si pour un peuple avancé, la philosophie peut être une loi communément acceptée, il n'en est pas ainsi pour des peuplades qui entrent à peine dans les voies de la vie cultivée. A cette foule avide d'émotions il faut des l^endes, des histoires dorées, qui épurent les cœurs, contiennent les mauvais instincts. L'Arianisme n'aurait donc point corrigé les barbares ; il les aurait laissés froids en présence de la vie et de la mort ; pour les civiliser, il fallait les merveilles qui seules conviennent à l'enfance des peuples et ce fut un grand bien pour la vie des Francs que la conversion de Clovis au catholicisme sans mélange d'Arianisme. A l'aide de l'Église orthodoxe, la monarchie des Francs survécut à tous les périls, tandis que les Visigoths, les Lombards, les Bourguignons disparurent comme peuple et monarchie par la conquête et la décadence morale plus fatale que la conquête.

Les premières lois de l'Église des Gaules se formulèrent par les conciles, réunion des évèques et souvent des comtes, ducs et leudes. Dans la chronologie le premier de ces conciles fut celui d'Arles ' qui régla la discipline et la réforme des

1. Camparoz sur les doctrines des Ariens, des Donatistes et des Manichéens les critiques Beausobre, Bayle et Tillemont, le savant janséniste. Il existe très-peu de monuments ariens.

2. Le concile d'Arles porte la date de 314. Le père Labbe a publié UM

mœurs ; il s*agissait de diriger la conduite des clercs et de flétrir les Manichéens et les Donatistes dont les doctrines pénétraient dans les Gaules. Les actes du concile, adressés au pape Sylvestre", imposent à chaque clerc la résidence dans le lieu où il a été ordonné : « L'Église ne veut pas que les chrétiens jettent leurs armes, lorsque soldats ils servent sous des chefs ; ceux-là sont excommuniés qui mimes et histrions conduisent les chars dans les cirques, car ils manquent à la dignité de l'homme; on ne pourra refuser le baptême aux malades qui le demandent. Les chrétiens élevés aux dignités doivent garder entre eux le principe de la communion afin de ne jamais oublier la fraternité. L'adultère de la femme ne rend pas l'époux libre de se remarier; les filles chrétiennes ne peuvent épouser des païens. Les saintes Écritures seront déposées dans les églises; les faux accusateurs contre leurs frères ne recevront la conununion qu'à la mort : ce sacrement solennel ne peut être administré à un apostat. »

Un demi siècle plus tard un autre concile, réuni à Valence, résume ainsi ses prescriptions : « On n'accordera plus désormais la pénitence aux filles qui, après avoir voué leur pureté à Dieu, se donnent librement à un homme. Les chrétiens qui auront reçu le saint baptême et se souillent par les sacrifices au démon, seront soumis à la pénitence ;

précieuse collection des conciles. Celui d'Arles est dans le tome I**, p. 425. Dans leurs épitres au pape, les évêques reconnaissaient sa supériorité : «* qui diocoeses majores tenes. »

1 . On lit dans quelques éditions : « qui projiciunt arma in bello aut in prœlio, » disposition contre la lâcheté de ceui qui jettent leurs armes dans la bataille.

ceux qui à la veille d'être ordonnés diacres ont commis un crime mortel seront rejetés de toute espèce de communauté avec les fidèles ^ . • Dans les deux conciles d'Orange * et de Vaisons il est ordonné « que les hérétiques pourront librement se convertir à Dieu, mais la communion et le viatique ne seront donnés qu'au pénitent réconcilié. On ne doit jamais livrer ceux qui cherchent asile dans les églises, lieu sacré : on appliquera sévèrement les censures ecclésiastiques à ceux qui poursuivent les esclaves jusqu'au pied de l'autel ; le muet peut demander le baptême, et le fou a droit aux prières de l'Église ; on doit lire l'Évangile à tous les catéchumènes. Nul diacre marié ne pourra être admis aux ordres sans se vouer à la chasteté. Les veuves qui voudront garder leur viduité en feront profession dans le sanctuaire; elles seront soumises à la pénitence '. G^ux qui retiennent les legs faits aux pauvres seront excommuniés. On doit recueillir les enfants abandonnés, toutefois lorsqu'une de ces pauvres petites créatures sera recueillie, le prêtre devra l'annoncer dans la chaire, afin que ceux qui voudraient la reconnaître soient prévenus et ils pourront le demander dans l'espace de dix jours \ »

A mesure que la société gallo-franque progresse dans les principes d'unité et d'ordre, les conciles deviennent plus impératifs dans la sévère application des lois : < Le Clerc

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