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ne pourra avoir dans sa maison d'autres femmes que sa grand'mère, sa mère ou sa sœur ; ceux qui ont renoncé à leur foi dans les temps de persécution, ne feront qu'une C0Qrl« pénitence , sufiisante pour être réconcilié avec l'Église. Le clerc ne doit pas prêter son argent à usure, ni l'employer à quelque négoce ; les esclaves réfugiés dans les églises ne seront point livrés ; on cherchera à le réconcilier avec leur maître. Sont excommuniés ceux qui épousent des femmes dont les maris existent encore ; nul clerc ne pouri*a voyager sans lettre de recommandation de son supérieur. Les évcques qui excommunient pour des fautes légères seront admonestés. Ce que les particuliers donnent à Févéque pour le salut de leur âme appartient à TËglise et non à levéque. On ne pourra vendre les vases sacrés, ni aliéner les maisons consacrées à une œuvre pieuse, néanmoins rÉglise pourra affranchir les serfs et leur donner des terres en fermage. On n'accordera pas le voile aux religieuses avant quarante ans ; les clercs doivent avoir les cheveux tondus comme les esclaves, car ils le sont de Dieu et des pauvres. L'homme qui abandonne sa femme est excommunié ; l'Église protège le serf légitimement affranchi ; tout le peuple pourra accuser les clercs quand ils auront fait une mauvaise action. L'asile d'une église sera sacré ; défense d'épouser une fille sans le consentement de ses parents; les homicides qui auront obtenu leur grâce de la justice civile seront néanmoins soumis à la pénitence ecclésiastique'. >
1. l-e recueil précieux du père Labbe sur les conciles doit être parcouru avec un grand soin si 1 on veut se faire une idée de 1 état de la société.
Ainsi était le code de l'Église. La société barbare assurément opposait une vive résistance à celte législation, mais la patience est une si grande force, elle était la vertu de l'Église. A cette œuvre de répression durent concourir les légendes précieusement recueillies et récitées aux sanctuaires ; les monuments de cette époque en sont remplis. Toutes les enfances de peuple sont les mêmes ; elles s'impressionnent vivement pour les merveilles. On ne peut dire combien la vie des saints exerça de puissance morale sur la société barbare ; elle faisait intervenir le miracle à chaque incident ; pour le juste contre l'injuste, pour la liberté contre la tyrannie. Ces légendes qui inspirent tant de dédains aux philosophes modernes furent ainsi les grands moyens de civilisation au milieu d'une époque de violence, d'injustice et de pillage. Chaque époque au reste n'a-t-elle pas ses légendes, ses épopées? Qu'est au reste dans les temps modernes par exemple, l'histoire de Napoléon; on n'inspire de grandes actions que par les récits merveilleux ; combien de héros a fait la seule chanson de Rolland à Roncevaux et les enchantements des Quatre fils d'Aymond ^
Déjà la vie monastique avait créé un gouvernement hiérarchique en vertu de la règle. L'institution de saint Cassien dont nous avons parlé s'était développée avec un entraînement invincible, parce qu'elle répondaità un besoin de retraite et de repos au milieu des agitations soudaines de la barbarie. Saint Benoit qui vint après Cassien organisa le travail avec une régularité admirable. Né dans la petite ville de Norcia, au duché de Spolette, Benoit avait étudié à Rome, la cité des fêtes et des iK)mpes, des théâtres et des cin)ues, même dans sa décadence. A dix^sept ans, Benoit
ET LES MÉROVINGIENS. Ii7
déjà dégoûté, désabusé de la vie publique s'était retiré daus un lieu solitaire entre Rome et Naples *. Absorbé-là tout eoUer dans les formules de sa règle, comme Pythagore, il adorait l'écho ; il se fit remarquer par sa vertu austère et son travail assidu. Chaque jour il prêchait les dogmes de la foi et les préceptes de morale. Les disciples vinrent par milliers : il commanda les travaux agricoles comme le complément de la vie ascétique, et tous ses religieux travaillèrent nuit et jour au défrichement des bois, à la culture des champs, au dessèchement des marais. Saint Benoit vint habiter le mont Cassin , sur lequel naguère s'élevait un temple consacré à Apollon. Cette campagne encore païenne, saint Benoit la transforma en champs cultivés ^ en ferme modèle. Du hant du mont Cassin, conduit par des mains laborieuses, le travail se répandit partout. La règle imposait la frugalité incessante, la tempérance, Thumilité. Tout ce qui élevait le principe moral devait être enseigné au peuple; le labeur de tous les jours, la stabilité des habitudes, le droit de propriété. Tordre, la hiérarchie, l'obéissance '. Qu'on se représente ces réunions d'hommes si régulières à côté du mouvement de violence des rois francs, goths, et l'on s'expliquera l'iniluence que les ordres monastiques durent bientôt exercer sur la constitution du pouvoir civil. Le respect pour le monastère devait s'étendre à la cité et protéger les municipes. A la fin du cinquième siècle on voyait encore dans la Gaule quelques débris du culte païen. Les croyances incru-
1. Saint BeDûU, qu'on appela le patriarche des moines d'Occident, naquit en 4H0 et mourut en 023.
2. Le pape saintGréf^oire disait de cette règle : « Discretiunepraecipua, hertnone luculenta. »
stées au cœur des peuples ne disparaissaient pas ainsi ; longtemps elles se défendent par les coutumes et les habitudes. Tours, Autun, Lyon, Vienne gardèrent quelques autels consacrés à Gybèle, à Diane, et à Apollon: aucune de ces cités n'avait absolument abandonné les rites et les solennités païennes, les bourgs surtout. Les évéques engagèrent une lutte violente contre ces sanctuaires. Saint Martin de Tours ' fut rimplacable ennemi des idoles et, au sixième siècle encore, les conciles défendent d'assister aux processions et aux fêtes du soleil et de la lune : dans les villages au milieu des campagnes se perpétuait le culte antique, d'où vient le mot paganisme, de l'expression latine pagus (village) : chaque solennité de Tannée était marquée par la célébration d'un sacrifice. Les principes de Técole d'Alexandrie même s'étaient infiltrés dans les Gaules et le temps ai épargné quelques vestiges des mythriaques : « Sur le taureau à peine dompté, un jeune homme coiffé du bonnet plu7gien fait resplendir le poignard du sacrifice à la lumière du jour ; le scorpion est placé aux sources de la vie du taureau, le char d'Apollon apparaît sur la frise du monument traîné par des chevaux fougueux et l'autel du dieu Mythra rappelle les mystères des antres sacrés longtemps célébrés par l'enthousiaste Porphyre '. »
En fouillant avec quelque persévérance, on peut même trouver au cinquième siècle encore quelques traces du