‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 60 sur 150 · Anonyme, de rita Dagnherti, lib. I · texte numérisé non relu

Anonyme, de rita Dagnherti, lib. I

Il se révèle dans ces récits quelque chose d'homérique : le courage des chefs ou rois francs, les premiers entre tous mpparait par leur hardiesse, leur intrépidité. Cette énergie de bataille et de conquête, Dagobert aspirait à Timiter. A peine le roi Clotaire était-il enseveli dans Tabbaye de Saint- Germain-des-Prés* que Dagobert ordonna à tous les leudes de se tenir prêts à marcher en armes. En Austrasie était la race forte, supérieure aux Bourguignons et aux Neustriens. A peine Dagobert sur le trône, les évéques et les ducs vinrent pour lui prêter hommage selon le droit. Dagobert, avait un frère appelé à partager l'héritage. Le roi Tapaisa, en lui donnant, comme à un simple comte ou leude, le pays situé au delà de la Loire et du côté de la Gascogne, les cantons de Toulouse, de Gahors, d'Agen, de Périgeux et de Sainte jusqu'aux Pyrénées, sous la condition que Jamais Charibert ne lui redemanderait rien du royaume de leur père^ Charibert établit sa résidence à Toulouse et régna dans la province d'Aquitaine : trois ans après, à Taide d'une armée, il soumit à son pouvoir toute la Gascogne et agrandit son royaume.

Dagobert devait trop à Tabbaye de Saint-Denis pour l'oublier jamais dans ses chartes; n'avait il pas trouvé protection sous ses voûtes sacrées'? Le droit d'asile dans les églises accordé aux rois et aux princes était emprunté aux

1. CloUire avait épousé trois femmes : Haldetrude, Bertrade et Sichilde : il avait régné quarante-cinq ans. L'année de sa mort est de G28.

1. L'unité héréditaire n'était pas reconnue encore pir les tribus.

3. Dagobert fut véritablement un roi clerc qui se mêla aux affaires des églises. Je trouve de lui un diplôme qu il adresse aux évèques, aux ducs et à tout le peuple des Gaules pour accorder que Didier soit évèque de Cabors. Vita Desiderii (Biblioth, nova, t. I, p. 705.)

coutumes de Tantiquité, lorsque les pontifes du temple prenaient sous leur aile les enfants orphelins, les fils de princes persécutés comme le Joad de l'Écriture. De là ces dons incessants que Dagobert fit à Tabbaye à titre de souvenir et de reconnaissance ; il avait recherché pieusement dans la campagne les dépouilles des saints martyrs Denis, Uustique et Éleuthère pour leur élever une grande sépulture: on avait trouvé leurs noms inscrits sur un sarcophage romain. Le roi retira pieusement les corps saints et les fit transporter dans une partie du bourg; il orna leur mausolée d'or pur et de pierres précieuses ; et après avoir décoré merveilleusement en dedans Téglise qu'il fit construire, il couvrit aussi d'argent pur l'extérieur de la voûte. Le roi assigna pour les luminaires de cette église cent sous d'or, pris sur les droits que lui payait chaque année la ville de Marseille. Les officiers du roi devaient acheter de Thuile comme pour le service du palais, et la remettre aux envoyés de l'église de Saint-Denis; ordonnant aussi que, soit i Marseille, soit à Valence, à Lyon, les six voitures qui portaient cette huile seraient exemptées de tous droits de tonlieu et de barrière, jusqu'à leur arrivée dans la basilique*. A la face de Tautel Dagobert mit une cassette d'argent pour recevoir les aumônes, ensuite distribuées aux pauvres de la main même des prêtres. Il fit ciseler, pour être placée derrière l'autel, une grande croix d'or pur, ornée de pierres précieuses et merveilleusement travaillée. Le bienheureux

1. Le zèle généreux de Dagobert fut si grand pour la basilique de Stint- Denis qu'il fit enlever les portes d'airain de Saint-Hilaire de Poitiers pour .es transporter à la nouvelle abbaye. {Gesî. Dagoberti, cap. 44.)

Éloi, le plus habile orfèvre du royaume, exécuta, avec un art admirable, cette croix ainsi que les autres ornements de cette basilique. L'auteur de la clironique ajoute cette réflexion : « Les orfèvres d'aujourd'hui ont coutume de dire qu'à peine reste-tril un homme, quelque habile qu'il soit, qui puisse tailler et incruster de la sorte l'or et les pierres précieuses, attendu que, depuis nombre d'années, Iji science de fondre ces rares métaux est tombée en désuétude. Le roi fit suspendre dans toute l'église, aux parois, aux colonnes et aux arceaux, des voiles tissus en or et ornés d'une infinité de perles. Aussi cette basilique décorée de toutes les belles choses de ce monde, et brillant d'un éclat incomparable surpasse- 1- elle en magnificence toutes les autres églises, l^our que les serviteurs de Dieu y pussent chanter sans interruption les louanges divines, le roi lui donna de grandes et nombreuses possessions. »

Ainsi du roi Dagobert viennent les richesses de l'abbaye de Saint-Denis. C'était un éclair que cette réapparition subite de l'art et des travaux dans la nuit profonde : les modèles byzantins étaient parfaitement imités par saint Ëloi, orfèvre et gardien du trésor du roi; il travaillait sous les yeux de Dagobert ; le roi lui confiait volontiers son gouvernement ainsi qu'à Pépin, l'un des grands leudes d'Austrasie, maire du palais, et à Arnould, évéque de Metz, homme sage, à la barbe vénérable. Si les maires exerçaient un suprême pouvoir, le roi gardait toujours son autorité : lui-même parcourait les provinces, rendait la justice, et réprimait les désordres; s'il n'allait plus si fièrement à la guerre, c'est que la puissance des Mérovingiens en se modifiant devenail plus civile : • Le roi Dagobert, dit l'auteur de ses Gestes,

était un prince habile et d'un esprit rusé, doux envers œux qui lui étaient ûdèles, terrible envers les rebelles et les perfides ; tenant avec fermeté son sceptre royal , il se montrait plein de bonté pour les honunes sages, et s'élevait comme un lion contre les factieux ; par la bravoure de son cœur il triomphait souvent de la férocité des nations étrangères. Dagobert prodiguait largement ses dons aux pauvres et aux pèlerins; s'adonnantà la chasse et aux exercices viriles, il était incomparable pour l'agilité et la force du'corps *. Ces qualités, si louées dans ces hommes primitifs, n'empêchaient pas les emportements de la passion. En vain les ^^^ $ évéques luttaient contre la sauvage licence des Francs, tout.^^ ^t chair et sang; quand ils aimaient une, deux, trois femmes^ ^,

rien ne les arrêtait pour en obtenir la possession. En pas ^

sant dans les champs de Bourgogne , Dagobert aperçut unc^»» e jeune fille et la fit entrer dans son lit; en Neustrie, il pri^ ^ât une autre femme ; il en eut ainsi jusqu*à cinq ^ Aux passions s chamelles, le roi joignant la cruauté : le sensualisme eo traîne au sang et la concubine aux excès. Les Esclavoi avaient exercé des violences contre les marchands de race franque trafiquant sur leur terre. Le roi fit la tribue dans une seule expédition courageusement ai compile. A cette époque les Huns et les Bulgares se haïs* saient si violemment que neuf mille familles bulgares vinrent demander asile au roi. Dagobert leur concéda des

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