‹ Clovis et les MérovingiensChapitre 62 sur 150 · lle est Dommée daus les diplômes, Clipiacum ou CUpiacum · texte numérisé non relu

lle est Dommée daus les diplômes, Clipiacum ou CUpiacum

vingt, presque toutes en faveur de Tabbaye; tantôt le roi donnait une ferme, tantôt un domaine à Orléans, ù Puteaux, à Meaux et plus loin encore jusqu'à Autun etdans le Forez'. Dagobert concéda enfin à Tabbaye le tribut annuel de cent vaches que lui payait la contrée du Mans, tous les droits et reliefs qui lui revenaient dans les environs de Paris. Par une grande charte, il confirma la célèbre foire de Saint- Denis désignée sous le nom de Landit où se pressaient les marchands de toutes les nations, Juifs, Syriaques, Grecs sous le porche et les tours de Tabbaye. A cette date. atteint d'une maladie grave, Dagobert fit son testament, en présence des leudes, coîiites, ducs, évèques de son royaume selon la formule du droit romain : « Je me suis décidé à écrire, à la connaissance de vous tous et dans le même temps, quatre testaments. J'envoie un de ces testaments à Lyon, cité de la Gaule ; un autre à Paris, dans les archives de la cathédrale; un troisième à Metz, où il sera confié à la garde du seigneur Abbon ; le quatrième que je tiens ici dans mes mains, sera déposé dans notre trésor. Telle est notre volonté. Quiconque a pitié des pauvres, prête au Seigneur, et le souverain de TOlympeMe lui rendra amplement. Ainsi, comme nous Tavonsdit, notre volonté estqu'aprèsnotremort, les prêtres qui se trouveront alors chargés des offices sacrés dans les lieux ci-dessus désignés, soient mis immédiatement en possession de toutes les concession.s par nous faites. Et lorsque chacune des dites églises aura reçu les biens que nous lui donnons, nous souhaitons que les prêtres inscri-

i. Voyez aussi la collection des diplômes de Bréquigny, tome 1". 2. 11 est curieux de voir l*Olympe mêlé aux texles de rEcriture. L^^s clercs commençaient ;i étudier Virgile.

vent Dotre nom dans le livre de vie, et que tous les dimanches, ainsi qu'aux principales fêtes des saints ils prient pour nous et célèbrent des messes, chaque jour, pendart trois ans, pour obtenir la rémission de nos péchés. Au nom du Seigneur souverain, témoin et juge, et avec le consentement de vous tous ici présents, nous confions notre dit testament a nos chers fils, Sigebert et Clovis, que la bonlé du Christ nous a donnés pour postérité, ainsi qu'aux autres fils qu'il pourra plaire au Seigneur de nous donner, et qui devront nous succéder, afin qu'eux et vous, vous fassiez observer en toute chose notre dernière volonté, et que nul ne tente d'enlever aux églises nos concessions*. »

Ces testaments étaient écrits dans la plus stricte formule du droit romain par des clercs. Liagobert, dans la dernière partie de .sa vie, régna sous Tinfluence de saint Ëloi et de saint Ouen, deux grandes figures de ce temps. Saint Ëloi, né près de Limoges, de race romaine, avait été placé chez le préfet de la monnaie de l'Auvergne*. Clotaire II l'avait nommé son monétaire' et Dagobertle lit son trésorier. Éloi avait étudié les arls dans les bas-reliefs romains en y ajoutant ce fini de Byzance qui se révélait dans les ornements du tombeau de saint Germain. Les deux sièges d'or du roi Clotaire enrichis de pierreries, de topazes, d'émeraudes furent ses chefsd œuvre. Dégoûté du monde, il adopta la vie monastique, puis élevé à l'évêché de Noyon, il devint un des conseillers

I. C«- f'stamf rit est rapporlè e;i eiilif r «luns la cliii)iii«j'je de Cestn Vatji.btrti.

ti. Vita Kiùjii ab Audoewt^ lib. I, Spiciletj. t. V.

;>. Siir les moriiiai»'s «if (llol.iiic 11 el <!♦' Daj^oUorl, on voit eiicoi»' Vi nom a'Eioi, exprime par ce moi al)ivg«' KI.I«jI.

et des amis de Dagobert; rien ne se faisait sans saint Ëloi. Saint Ouen, aussi un des hommes influents, était de la province de Soissons; admis fort jeune à la cour de Clotaire II, il fut référendaire de Dagobert, puis élevé à l'évêché de Rouen la même année que saint Éloi reçut le siège de Noyon. Ces deux évéques, habiles négociateurs sous Dagobert, furent même envoyés en ambassade à Constantino . pie vers Héraclius, car la souveraineté des empereurs grecs était encore reconnue et solennellement saluée par les rois francs. Ce voyage ne fut pas étranger à ce goût d'artiste qui domina la vie de saint Ëloi * .

Ce règne de Dagobert a donc une empreinte particulière ; il est plus rapproché de la civilisation. Le roi se fait presque romain par le conmierce, l'industrie, les arts et surtout par l'influence des évéques qui se manifsste d'une nianière efficace. Cette empreinte d'une piété extrême paraît jusque dans les derniers actes de la vie de Dagobert. Voici comment sa fin est racontée : « Le roi commença à être malade d'un flux de ventre dans sa maison d'Épinay aux bords ({e la Seine et non loin de Paris; 11 fut transporté de là dans la basilique de Saint-Denis. Au bout de peu de jours se sentant dans un péril imminent, il ordonna qu'on fît venir en toute hâte son conseiller Aga. Il lui recommanda la reine Nanthechilde et son fils Glovis U, ajoutant que, sur le point de mourir, il tenait sa sagesse en grande estime, et souhaitait qu'avec son aide, son fils pût gouverner heureusement le royaume. Ayant ensuite convoqué les priiTcipaux du palais, il leur recommanda pareillement sa fenmie et son fils, en

1» Saint Kloi resta deux ans à CoDstautinoplc et un an à Kome*

l^ir fusant prêter serment de fidélité selon la coutume, et ût dresser au profit de la basilique des Saints-Martyrs une donation des domaines d'Aguisi, de Coudun, de Grandvillé, de Moinsvillé, de Celles, et y fit insérer également celle du domaine de Sarcelle qu'il leur avait déjà donnée Tous les grands étant consternés de douleur, il les consola avec bonté et du mieux qu'il put. Le roi ayant cessé de parler, d'après son ordre, son fils, le roi Glovis, signa la dite charte qui lui fut présentée par le référendaire Dbdon, et tous les grands qui se trouvaient présents firent comme lui. Les choses ainsi arrangées, peu de jours après^ le 19 janvier, le roi très-chrétien Dagobert partit de ce monde. Une douleur inexprimable remplit soudain le palais et tout le monde déplora amèrement sa mort. Embaumé avec des aromates, il fut transporté, au milieu du concours et des gémissements des peuples, dans la basilique des Saints-Martyrs qu'il avait, comme nous l'avons dit, magnifiquement ornée d'or et de pierreries, de meubles précieux, et dont il avait fait construire l'enceinte ; il fut très-justement enseveli à la droite de leur tombeau (des martyrs). Il avait donné à leur église et en divers lieux tant et de si grandes richesses, terres et possessions, que sa piété est encore aujourd'hui admirée de beaucoup de gens '. »

Cette expression d'enthousiasme pour les actes de Dagobert ne suffit point encore au pieux chroniqueur de Saint- Denis. Ce roi a été si bon, si magnifique pour le monas-

1. Les Chroniques de Saint-Denis parlent de ces chartes de donation qui (aisaient sa richesse, mais le document le plus détaillé sur la mort du roi, c'est la Gesta Dagoherti dans Dom Bouquet. {Colleet, Francor. Hitt.),

Page 1