Gregor. Turon., Vit, P. P., c. xviii
.j. Vita S. Joann. Jona in hist, Reom.
furent les monastères de Fontenelle, appelés Saint-Wandrille, antique et vénérable monument dont j'ai salué tant de fois les ruines en poussière 1 Au milieu de ces colonnes brisées, de ces saints abbés mutilés, vécurent en d'autres siècles des solitaires vénérables. La fondation du monastère de Fontenelle se rattachait au règne de Glovis II ^ A Jumiéges' fut écrite la plus belle chronique de l'époque carlovingienne ! Les ruines de Saint-Bertin , de Jumiéges et de Saint-Wandrille furent l'orgueil du moyen âge. Les solitudes les plus profondes étaient choisies par les moines, là où il y avait un péril : ainsi, depuis les temps antiques, la tempête venait battre furieuse le mont Saint-Michel ; un rocher s'élevait et dans la langue galloise on l'appelait la tombe ou le péril de la mer ; des naufrages étaient incessamment signalés, et la barbarie des habitants achevait ce que la mer n'avait pas englouti. La légende dit que saint Michel était apparu les yeux flamboyants et s'était écrié : c Pourquoi ne fait-on pas d'église dans ce lieu de périls et de pillage ! » Saint Aubert, évéque d'Avranches, qui eut cette vision, la révéla à quelques citoyens, et bientôt le mont Saint-Michel fut peuplé de religieux dévoués à sauver les malheureux naufragés et à adoucir les mœurs de ces sauvages habitants qui couraient au pillage quand Téclair signalait au loin une barque en péril. A ce même temps, saint Boniface partait pour aller convertir l'Allemagne du Rhin
1 . L*année de fondation est marquée en 642. Coiflparez {Chron, Faniani.) dans le Spicileg., t. III, p. 192, avec la Vita WandrigilL Biblioîh^c, Labbe, p. 174.
2. Jumiéges fut fondée par saint Silibert en 643. (Fito Filiberiit apnd Duchesne, t. 1.)
an Danube et lui enseigner les principes du juste 6t de l'injuste. Une autre mission se dirigeait vers la Frise peuplée d'hommes si barbares qu'ils dévoraient les entrailles des prisonniers ^ Les solitaires marchaient au martyre, mais ces hommes de foi n'étaient point arrêtés par le péril : la piété leur imposait un devoir, et ils l'accomplissaient héroïquement. Tous les bons exemples, douceur, mansuétude, charité, liberté venaient du monastère ; il servait d'asile au serf, et celui qui naguère avait fui les chaînes du maître, souvent élu abbé du monastère voisin du leude ou du comte, luttait corps à corps avec son maître d'autrefois. Les rois euxmêmes étaient obligés d'imposer un frein à leur volonté : si dans un accès de colère ils brisaient les portes de l'abbaye pour enlever la châsse ou le trésor, aussitôt une légende faisait intervenir le ciel pour les châtier : elle disait que leurs mains s'étaient desséchées comme celles d'un paralytique. Les trois ordres d'idées sur lesquels la société repose, le respect de la propriété, la hiérarchie et la liberté vinrent de rÉglise. Ces siècles étaient tout barbares. La seule littérature des Francs austrasiens consistait en quelques chants de guerre entonnés â l'instant du combat. Ce fut l'Église qui reçut comme tradition la littérature gallo-romaine : la transition fut même insensible entre les deux écoles. Presque aussitôt tout fut écrit en latin : chartes, diplômes, émanés des rois francs, lois promulguées, poésies, actes des conciles ; on n'emploie jamais dans les actes la langue gutturale de la Germanie ; ile ne nous est parvenu que de très-
1 . Une autre misnon fat destinée à convertir les EscltTons. Le« Bollandistes ont recueilli la vie de saint Boniface:
rares documents des idiomes barbares. Toute la force de l'intelligence restait dans la main des clercs ; les leudes b dédaignaient. Les lois mêmes étaient écrites en latin : le code Théodosien, les compilations visigothes, ripuaires, saliques. La langue grecque était familièrement parlée à Marseille, à Ântibes, et Ton trouve quelques fragments d'hymnes grecs dans les bibliothèques monastiques ^ Il n'y eut qu'un court intervalle d'ignorance absolue dans la vieille Gaule au moment de l'invasion des barbares : la société resta romaine par les études des clercs qui presque tous appartenaient à l'ancienne civilisation. Il y a dans l'esprit persévérant des études une force qui triomphe tôt ou tard et que la barbarie subit même. Le glaive n'a qu'un temps , l'antorité morale de l'intelligence parvient toiyours à le dominer.
Les premières œuvres littéraires dans les Gaules du quatrième au septième siècle se rattachent à plusieurs sujets, et les plus anciens monuments sont les Actes des martjfrs: vivement frappés des scènes douloureuses qui se passaient dans la persécution, les fidèles cherchaient à les reproduire avec émotion et respect. Dans ces œuvres touchantes de la fidélité des disciples, rien ne peut se comparer à la lettre des martyrs de Lyon, drame complet dans lequel s'agitent des personnages sublimes : Blandine, jeune esclave, qui souffre avec une douce résignation les douleurs du cirque et chante un hymne quand ses chairs craquent sous la dent
1 . Il serait facile ici d'étaler une grande érudition à Taide des immenses recherches qifont faites les Bénédictins dans VHistoire littéraire de France ^ discours I et II, t. I, in-V. Il faut aussi consulter dom Vaisselle pour U langue grecque parlée et écrite dans le Midi. (Hùt. du *lx»nguedoc , 1 1, pièces justificatives.)
des fauves. Ces lettres étaient envoyées aux églises : Tépltre des fidèles de Lyon est écrite en grec * ^ce qui suppose que cette langue était en usage encore dans les Gaules au troisième siècle). La vie des saints, écrite souvent avec une certaine élance de style, révélait des études classiques. Dans les monastères, les jeunes moines écrivaient avec attention et sollicitude la vie de leur fondateur ou de leur abbé ; s'ils découvraient en eux une vertu particulière, une conduite digne d'être transmise aux contemporains et à la postérité, ils se hâtaient d'en suivre tous les épisodes. C'est presque toujours un ami, un disciple de l'homme vénéré qui en écrit la vie. Ainsi Fortunat retrace la biographie de saint Hilaire, qui est comme le lien des solitaires de l'Orient et de l'Occident '. Sulpice Sévère se fait l'écrivain de la vie de saint Martin de Tours ; les actes de saint Germain ont pour interprète un de ses disciples bien-aimés du nom de Constant*. Saint Hilaire écrit la vie d'Honorat, son ami et son maître ^ et des plus illustres citoyens des Gaules, imité plus tard par Grégoire de Tours '. Humbles et modestes plus souvent encore^ ces hagiographes gardaient