Le couronnement d'Héraclius est du 7 octobre
incomparables pour sauver Gonstantinople. Quand on envisage les dangers qui de tous côtés menaçaient Byzance, on doit s'étonner de cette lutte si longue qu'une cité soutint contre les nations qui convoitaient sa souveraineté et ses richesses.
Alors que la monarchie s'établissait dans les Gaules, an prince de grande renommée parmi les Sassanides, Ghosroès, venait d'être élu roi des Perses. Justinien, absorbé dans ses luttes d'Italie et du Danube, fut obligé de lui payer tribut. A peine la paix était-elle signée que Chosroês', envahit la Syrie : Bélisaire victorieux le força en toute hâte à rentrer dans ses États. Les Perses furent souvent vaincus et cependant les princes byzantins leur envoyaient toujours des boisseaux de pièces d'or. Ghoroês fut le plus grand roi de la famille des Sassanides, si puissante par elle-même, qui a laissé en Perse les traces de sa grandeur ; les monuments représentent mille figures étranges , gigantesques. Les Sassanides furent pour la Perse , ce que les Ptolémées avaient été pour l'Egypte» une race de grands princes. Dans les périls des empereurs grecs, les Francs furent appelés comme auxiliaires à prix d'argent. De leur côté les Sassanides, pour se maintenir dans la Syrie, eurent recours à l'alliance des Sarrasins et des Arabes du désert sous le kalife Omar. Dans cette guerre, les Sarrasins marchaient avec les Perses, les Francs avec les empereurs grecs.
Ces expéditions d'Orient détournaient les empereurs de la défense générale des frontières et une des plus belles provinces de l'empire, l'Afrique, fut entièrement ravagée par
1 . Cbosroês ou Khosrou s'éleva au trône des Sassanides en 531 .
les Vandales. Là brillaient Garthage, Hippone, qui plus riches encore que toutes les autres cités, disparaissaient dans la tempête. L'Afrique se dépeupla, les cités tombèrent; il y eut de grandes batailles et les victoires de Bélisaire rendirent un moment l'Afrique aux empereurs. La cause active de la rapide décadence des Vandales fut la mollesse de leurs habitudes : ils étaient partis des bords de la Baltique, forts de leurs membres, comme les Francs austrasiens ; à peine avaient-ils touché le sol de TAfrique que l'influence du climat se fit sentir : la chaleur énervait ces natures vigoureuses, leurs membres ruisselaient de sueur. Procope raconte que les Vandales en Afrique passaient leurs journées aux bains publics parfumés, et la nuit dans lesi* festins. Il fut donc facile à Bélisaire de vaincre ces peuples amollis ^ Les batailles, la famine causèrent un tel dépeuplement des côtes d'Afrique que les cités furent désertes, les campagnes sans bras pour la culture, et de là la ruine absolue de cette belle province dont les Arabes du désert, les fils des Numides, devaient achever la destruction *.
Les Huns, plus sauvages encore que les Vandales n'avaient point comme eux disparu du théâtre des invasions quand la monarchie des Francs s*établissait : les races des Hongres, des Bulgares, se montrèrent au huitième siècle et les chroniques mérovingiennes et carlovingiennes racontent leurs ravages sous le nom de Hongres : ces chroniques parlent aussi des Bulgares^ grande tribu placée sur le Danube:
1 . La catastrophe des Vandales arriva sous leur roi Gelimer qui mourut en 534.
2. Aujourd'hui les poètes recherchent les traces d'Hippone, et la piét^ honore les cendres de saint Augustin .
elle avait subi Tinfluence chrétienne et comme les Francs , ils avaient élu des rois et des évéques : ils recevaient des empereurs un tribut d'or pur et prenaient du service dans leurs armées. C'était par les évéques et les prêtres que se suivaient ces négociations difficiles entre les chefs impétueux et les empereurs pleins de ruse et de finesse ; faible on faisait la paix, fort on faisait la guerre : telle était l'aN temative incessante des rapports des Bulgares avec Constantinople*.
Les tribus les plus fréquemment en rapport avec les Francs, étaient les Yisigoths , les Ostrogoths et les Lombards. Les Ostrogoths avaient longtemps menacé l'Italie ; plus d'une fois les empereurs et les papes avaient appelé les Francs pour débarrasser Rome de ces dangereux voisins. Les Yisigoths, de la même famille, avaient pris possession de l'Espagne ; marchant ainsi sur les pas des Vandales, conquérants de l'Afrique. De tous ces peuples, les Lombards avaient révélé les plus grandes aptitudes à la civilisation, parce qu'ils avaient devant eux l'Italie. En fondant une véritable société régulière, comme les Francs dans les Gaules, les Lombards avaient remplacé la domination des Romains, à peu près comme Clovis s'était substitué au pouvoir de Syagrius. L'histoire des migrations lombardes est compliquée d'incidents. Le mot Langohardi ne se trouve point à une date très-ancienne, et saint Prosper, le premier, a parlé de cette tribu sortie des extrémités de la Scandinavie. Les Lombards, après avoir refoulé les Vandales,
1. Le<( Bulgares furent domptés par Béliuire : leur royaume fat entièrement détruit par l'empereur Basile I*'.
vinrent s'établir dans la Pannonie avec leurs tentes et leurs troupeaux. De la Pannonie, ils descendirent en Italie. Avant que le christianisme^ n'eût adouci leurs mœurs /nul des barbares du cinquième siècle n'avait un aspect plus sombre et plus sauvage que les Lombards : ils portaient la tète rasée par derrière ; par devant de longs cheveux qui se mêlaient à leur barbe touffue , ainsi qu'on le voit sur les monuments : des tuniques courtes, rattachées par de grossiers cordons, laissaient libres leurs corps. Les contemporains disent que leurs yeux roulaient dans leur orbite et leur langue ne prononçait que des blasphèmes. La conquête de l'Italie par les Lombards fut rapide sous leur chef, du nom d'Alboin, qui menait avec lui les Gépides et les Bul« gares : Alboin aborda sur les côtes de VéniUe, et tel fut l'effroi qu'il inspira que des masses de peuples se réfugièrent dans les lagunes et les petites îles, dans les marais où depuis s*éleva Venise : maîtres de Vérone, les Lombards s'élancèrent à travers les cités, et Milan même tomba en leur pouvoir. Pavie seule résista pendant trois ans à un siège terrible et devint ensuite la capitale de la dynastie lombarde: la Toscane, l'Ombrie et le duché de Bénévent entrèrent successivement sous la domination des Lombards. Rome et Ra venue restèrent indépendantes , protégées par l'ascendant des papes, vénérables vieillards qui allaient sous la tente implorer la paix et le repos pour les peuples^ Enfin les Lombards eurent à se défendre des Francs appelés
1. Velleius Paterculus dit des Lombards : « Gens germanica, feriute ferocior. » {Aneedot, 19.)
2. Le christianisme des Lombards date de la fin du sixième siècle. (Mim, de V Académie des IntcrijttionSf t. XXXII.)
parles papes et les Grecs ^ Ainsi les Francs étaient partout, en Asie, en Pannonie, à Rome, à Milan. Le sol de la vieille souveraineté romaine semblait se séparer de sa domination ; les empereurs byzantins ne s'inquiétaient guère de l'Italie facilement conquise parce qu'elle s'était la première isolée des empereurs, et lorsque les patriciens romains vinrent à ConstanUnople pour demander des secours à l'empereur grec, Tibère répondit : « Je suis occupé de la guerre des Perses, et m'inquiète peu de l'Italie ; vous avez de l'argent, cherchez à diviser les chefs des Lombards et si vous ne le pouvez avec des pièces d'or, achetez lappui des Francs qui viendront vous prêter aide. » A cette époque le roi Ghildebert commandait à ces Francs '.
Le moment de la chute des Lombards n'était pas arrivé; vainqueurs un moment, vaincus à leur tour, le royaume des Lombards prit des conditions de stabilité et de durée en Italie par le concours de la civilisation. Les Lombards construisirent des monuments, bâtirent des villes en adoptant les coutumes romaines du sacre et de la consécration royale. A la Monza brille encore la couronne qui servit au sacre du roi Agilulphe, toute de fer, autrefois incrustée de pierreries, avec une croix d'or étincelante de grenats, de diamants et de topazes, et sur cette couronne l'inscription indique < qu'Agilulphe, homme glorieux, roi d'Italie par la gr&ce de Dieu, a offert ce présent à saint JeanBaptiste, en l'église de Monza'. »
1 . Les Lombards De craignaient que les Francs ; ils parlaient des Grecs afec le plus grand mépris.
2. Comparez le grand Ml-ratori. Annal. Ital. t. IV. Bia.nxhwi, Noî. in Paul diae. Zaneti. Delregnodi Long. t. I.
3. Cette inscription, la foici telle que ie l'ai copiée: AGILUL-GRAT-DI-
C'était par un instinct de conservation que les empereurs grecs portaient leurs yeux sur TOrient. De nouveaux ennemis, les Sarrasins, envahissaient la Mésopotamie et la Syrie pour de là se porter sur l'Afrique et même l'Espagne. L'an de rhégire 881 et de Jésus-Christ 770, au mois de novem- • bre, un jour de lundi, était né à la Mecque, dans l'Arabie Heureuse, un enfant qui à sa naissance fut appelé du nom de Mahomet ou de Mohammed (loué, comblé de gloire *). Issu d'une des tribus de l'Arabie, alors idolâtre, Mohammed adolescent fit la guerre et à l'âge de vingt ans, haut de corps, magnifique de tête, il plut à une riche veuve du nom de Khadidjah qui l'épousa. Profondément enthousiaste, Mohammed se retira dans une grotte pour méditer, et ce fut dans le désert qu'il conçut la pensée d'une grande réforme religieuse et avec cette réforme la conquête du monde pour proclamer le Coran ^
La Haute-Syrie fut bientôt au pouvoir des Sarrasins avec Jérusalem, la ville Sainte et le tombeau de Jésus-Christ. Toute la Palestine fut conquise avec la rapidité d'un trait. Amrou, lieutenant d'Omar, envahit l'Egypte, et après des victoires éclatantes, maître d'Alexandrie, en se conformant à l'esprit du Coran, il fit enlever les manuscrits du Sérapium : pendant six mois les papyrus antiques servirent à chauffer les bains publics.
Ainsi était le caractère de ces nouveaux conquérants : il
VIR-GLOR-REX-TOTlUS-lTAL-OFFER.-SCO-lOAANRi BAPTiSTiE IN ecla mo- DiciA. La couronne de fer est restée longtemps à Vienne.
1. M. de Sacy dit qu'il fut aussi nommé Ahmed, nom qui a la même signification.
2. Al Corariy lecture par excellence. M. de Sacy fait observer qu'on nomme aussi le livre Kitah AUah (livre de Dieu); Kelam Schreyf (It parole sacrée).
n'y avait rien à en attendre que la mort ou l'esclavage. Ces peuples du désert, le cimeterre au poing, allaient imposer leur domination et leurs lois au monde. Les conquérants venus du nord de TEurope s'étaient presque tous adoucis et la force du christianisme avait été assez puissante pour les dompter: les Goths, les Vandales avaient leurs évêques, et les Bulgares même, ces voisins dangereux du Bosphore, acceptaient aussi la civilisation latine. Il n'en étai pas ainsi des fanatiques enfants du prophète, sectat«?urs d'une religion qui s'annonçait comme devant effacer toutes les autres. Avec eux il n'y avait pas de pacte possible : ils devaient conquérir le monde ou succomber. La civilisation leur était importune : venus de l'Arabie, ils préféraient les tentes tissues en poil de chameaux aux murailles de pierres. De l'Egypte, les Sarrasins passèrent en Afrique ; la trahison leur livra l'Espagne. A travers les Pyrénées ils vinrent jusque dans le royaume d'Aquitaine où le duc, vaillant féodal, leur résista. L'empire d Occident, dont la capitale était Arles, était impuissant; les Goths, les Vandales, les Lombards étaient tombés en décadence. Il ne restait plus d'énergiques que les Francs Austrasiens : sous Charles Martel, ils purent rallier les Neustriens de l'Aquitaine et repousser l'invasion des Sarrazins qui déjà s'avançaient entre Poitiers et Tours. La victoire de Charles Martel rentre dans le cycle carlovingien célébré par les chroniques et les Chansons de Gestes, La première race ainsi tombée, maintenant se développent les annales carlovingienncs, objet de notre seconde étude. Charlemagne est une si grande ligure historique !