FURENT EN RAPPORT
Home et les papes. — Constantinople. — Italie. — Afrique. — Les Vandales. — Les Huns. — Les Goths. — Les Bulgares. — Les Ostrogoths. — Les Visigoths. — Nouvel aspect des migrations. — Caractère oriental. — Mahomet. — Les Sarrazins. — L'Espagne conquise. — Délivrance de TEurope par les Francs.
(Du cinquième au hoitième liècle. )
Il y a des époques dans Thistoire marquées par de terribles mouvements de peuples : tous remuent, s'agitent, se précipitent les uns sur les autres jusqu'à ce que de ce chaos sorte un ordre régulier et rajeuni. Ainsi furent les cinquième et sixième siècles. LVmpire romain, démesurément agrandi depuis Auguste, Tibère et Dioctétien, s'était dissous sous les barbares. L'Occident voyait des races nouvelles prendre possession de son sol ; Rome, plusieurs fois saccagée, avait vu son patriciat dispersé, le polyttiéisme détruit, ses monuments ravagés ^ Sur toutes ces ruines amoncelées s'était élevé un pouvoir qui, sans armée, sans glaive avait acquis tant de respect qu'il commandait à ces peuples et à ces rois.
1. Les empereurs d'Occident avaient quitté Home pour Ra venue.
Aperçus d'un point de vue très-élevé, les papes étaient appelés à prendre la suprême puissance sur les âmes pour les contenir, les diriger. Nous allons suivre l'histoire de ce pouvoir dans ses rapports avec la nation des Francs. Avant même la conveï*sion de Glovis, des leudes armés , appelés par les empereurs byzantins, avaient traversé l'Italie et Rome pour combattre les Lombards ; ils étaient encore païens. Sous Glovis, les papes s'adressent au roi des Francs et l'appellent cher fils en Jésus-Christ. Écrites sur les autels des basiliques, les bulles des papes étaient scellées de l'anneau de saint Pierre. De Rome partirent les premières missions pour convertir et apaiser les peuples : les hérésies d'Arius et de Pelage, un moment redoutables, n'avaient pu altérer la destinée de la papauté. Les papes avaient eu à lutter, dans Rome même, contre les débris du patridat et des familles qui se disaient issues des sénateurs gardiens des temples païens : saint Jérôme en a conservé la liste. Ces traditions polythéistes étaient tellement enracinées à Rome qu'on les retrouve longtemps encore après le triomphe du christianisme. L'autorité des papes fut disputée par le patriciat^ Rome cherchait à prendre une suprême influence chez les barbares, et parmi ces tribus intrépides, turbulentes, elle avait distingué les Francs.
1. La conversion des familles patriciennes au christianisme fut trèslente à Rome; les Bassus, les Gracchus, les Pauliciens n*embrassërent la foi nouvelle qu'après la prédication de saint Jérôme : alors tous se conrertirent avec enthousiasme Prudence s'écrie :
« Ezultare Patres videas, pulcherima mundi « Lumina ; conciliumque senum gestire Catonum « Candidiora toga nivct pietatis amiétum « Sumere; et exurias deponere pontificales. ■
ET LES MÉROVINGIENS. %%à
Ces rapports continus, réguliers des rois francs et des papes commencent à Grégoire P% une des grandes intelligences du sixième siècle. Grégoire I*', issu d'une famille patricienne, était préteur de la ville et par conséquent magistrat du peuple avant d'être le souverain pontife de l'Eglise. Le pape Pelage II l'avait nonmié un des sept diacres de Rome. Génie actif et prodigieusement fort, Grégoire fut chargé longtemps des difficiles et continuelles négociations avec Constant! nople ; il resta cinq années auprès de l'empereur, puis secrétaire de Pelage, le pape populaire, il fut élu pour son successeur i l'unanimité. Il existe de lui une lettre à l'empereur Maurice, dans laquelle il rejette loin de lai les honneurs de la papauté ' : la vie d'études littéraires lai paraissait préférable, car Grégoire était à la fois philosophe, poète et musicien. Enfin, revêtu malgré lui des insignes pontificaux, Grégoire accepta la papauté dans les jours de péril : il fut le sauveur des habitants assiégés par les Lombards et appela l'aide des Francs au nom des Romains. D envoya des missions dans les Gaules et en Angleterre . ses prières charmaient les peuples. Grégoire avait étudié, à Gonstantinople, la musique des hymnes et il en composait i l'usage des Francs qui aimaient le doux chant de Grégoire : astronome, il réglait le calendrier. A Rome étaient la science, les arts, la sculpture, la musique et surtout la morale, les exemples de chasteté , de douceur et de mansuétude. Cependant la grande alliance entre la nation des Francs austrasiens et neustriens par les papes ne fut accomplie que sous Pépin et Charlemagne.
1 . Grégoire I*' fut élu en 590. Le> BénédictiDs oot publié cette épttre.
Depuis un siècle, la race des Francs connaissait l'empire byzantin et lui rendait une sorte d*hommage, comme à un soleil d'or qui jetait ses derniers rayons, selon l'expression de saint Grégoire. Sans doute il se révélait quelque chose de désordonné, de faible dans cette suite d'empereurs d'Orient découronnés du sixième au huitième siècle, mais la civilisation ne s'était pas tout entière effacée. L'empire au dehors, gardait la solennité de ses formules : quand on lit le livre des Dignités de V Empire^ écrit en lettre de pourpre par Constantin Porphyrogénète , on prend une haute idée de la puissance de l'empire d'Orient, même dans sa décadence '. Le luxe y rayonnait, les arts étaient cultivés, l'industrie florissante; les monuments somptueux, la hiérarchie respectée. Éblouis par ce spectacle, les barbares victorieux sollicitaient, comme une faveur, le manteau du patriciat, ou la robe consulaire, tant il est vrai que même dans ses mauvais jours, un pouvoir antique garde longtemps son prestige !
Remarquons que lors de l'établissement des Francs sous Glovis, les empereurs qui s'étaient succédé à Ryzance ne manquaient pas d'une certaine grandeur. Justinien, le premier, était le protecteur d'une haute école de jurisprudence, tandis que Bélisaire et l'eunuque Narsès chassaient les Vandales de l'Afrique et les Goths de l'Italie. Justinien éleva des villes, décora les basiliques et fit la dédicace de Sainte-Sophie. Constantinople eut pour amuser ses loisirs
1 . On peut bien étudier les dignités du palais de Constantinople dans le beau manuscrit des Ceremoniis aulx et ecdesûe Bygantinœ de Constantin Porphyrogénète ; il a été publié par Reisko, 1751 .
[es luttes des cirques et des hippodromes, goût qui vient à tootes les civilisations épuisées ; quand l'esprit n'est plus lans rtiomme, il se réfugie dans les choses matérielles. On ro]^t à Byzance des chevaux nourris dans des vases d'arl^nt, des hippodromes grands comme des villes (avec des 9bélisques,des palais, des temples, des casernes et des jardins suspendus) ; le peuple était enivré à ce point de ce spectacle qo'il se faisait tuer pour disputer le prix aux vainqueurs. Les Byzantins portaient des vêtements de soie et des manteaux de pourpre traînant sur les mosaïques. Tel était l'aspect de l'empire d'Orient sous Justinien, un des esprits les plus élevés et dont on a fait un ingrat envers Bélisaire , légende du moyen âge. Bélisaire n'eut point les yeux crevés par la tyrannie de Justinien ; il put être disgracié pour grandir le pouvoir de Narsès l'eunuque, mais il ne demanda jamais l'obole i la charité et ne porta pas le bâton blanc*. Justinien eut pour successeur Justin, prince faible, sans grande capacité, qui adopta pour son successeur Tibère ', actif et énergique patricien qui sauva l'empire de l'invasion des Perses. Tibère, né en Thrace. dont la vie militaire et laborieuse ne fut qu'une lutte contre toutes ces irruptions de barbares I Ce n'est donc pas la faiblesse des empereurs qu'il faut accuser de la chute de Byzance, mais ces irruptions soudaines et répétées qui ravageaient les frontières et
1. Loin d'aToir été mutile par les ordres de l'Empereur, Bélisaire fut rendu à tous les honneurs; seulement le fisc s'empura de tout ce qu'il avait pillé. Comparez Théopham 194-804, Adren, Compend. 387-388. Quant à la fdrfe de raveuglement, sa source primitive est une légende du douzième siècle (la Chiliade de Jean Tzetzes, publié à Bàle 1546). Plusieurs éditions de ce livre ont donné lieu à cette (Me qu'a enluminée liarmontel.
auxquelles nul pouvoir ne pouvait résister. Gonstantinople était comme une belle femme parée que tous les barbares convoitaient: ils la savaient riche d'objets précieux et de bijoux artistement travaillés : elle avait des bourses pleines de pièces d'or, si larges, si pesantes qu'il fallait un ou plusieurs hommes pour les tenir aux mains. Dans cette lutte les Grecs ne furent pas sans gloire, sans énergie: la discipline des légions romaines n'était pas perdue. Si cet empire périt, il faut en accuser ces myriades d'hommes qui se jetaient sur son territoire : qui aurait pu résister à tant d'invasions ? au nord, au midi, en orient et en occident L'empereur Maurice, successeur de Tibère, vieux consulaire, avait aussi repoussé les invasions des Perses, les terribles ennemis des Grecs. On trouve la preuve, sous Maurice, que la puissance de l'empire d'Orient était reconnue même dans les Gaules : des médailles frappées à Vienne, en Dauphiné, à Arles, à Nîmes, à Marseille portent l'image de Maurice avec les attributs impériaux*. Phocas s'illusbu dans la guerre d'Orient et Héraclius fut le contemporain de Dagobert ', avec lequel il eut beaucoup de rapports. On s'en aperçoit dans Tœuvre artistique de saint Éloi qui avait visité Gonstantinople comme ambassadeur. Héraclius conduisit ses légions jusque dans l'Arménie : à chaque victoire, à chaque effort de l'empire, de nouveaux ennemis se dressaient sur les frontières. On a donc été injuste envers les patriciens et les empereurs byzantins. Ils firent des efforts
1. Pour conoattre le caractère de l'empereur Maurice il laul lire Evtgrius; c'est un éloge a'autant plus désintéressé que d'après son aveu, récrit n'était pas destiné à être lu par l'Empereur.