‹ Clovis et les origines de la France chrétienneChapitre 2 sur 33 · Grcface · texte numérisé non relu

Grcface

Les premiers actes d'un peuple exercent une influence considérable sur ses destinées, et les hommes illustres qui ont présidé à son développement, dès le berceau, sont les véritables auteurs de sa vie. Ils ont eux-mêmes animé ce grand corps qui est, pour ainsi dire, sorti de leurs mains; ils ont déposé en lui des germes de grandeur, et l'ont efficacement préparé aux œuvres utiles et glorieuses que, suivant les temps et les circonstances, il lui a été donné d'accomplir.

A ce titre, l'histoire de Clovis a droit à toute notre attention et à notre intérêt. Elle n'est peut-être pas suffisamment connue. Si on sait le nom de ses victoires, son baptême et les cruautés qui ont, dit-on, marqué ses dernières années, peut-être ne se rend-on pas un compte suffisant de ce qu'était cette Gaule qu'il venait conquérir, et qui fournissait au royaume nouveau des populations nombreuses dont l'esprit allait exercer sur lui une influence si puissante; peut-être n'a-t-on pas suivi avec assez de soin l'action relisfieuse de ce nouveau converti, qui n'a pu tout à fait dépouiller le barbare, et qui cependant, veille avec une active sollicitude sur les intérêts de la religion dont il est devenu le fils. Il vit avec les évêques, écoute leurs exhortations, favorise leur zèle pour la conversion des âmes, bâtit des églises, fonde des monastères, et entoure de sa protection tout ce qui touche aux intérêts de Dieu, de la société chrétienne, de ses vaillants compagnons, du clergé et des fidèles.

Nous voyons en lui comme la promesse de ce que seront nos rois et l'assurance de ce que deviendra le peuple Franc. N'est-ce pas assez pour que son histoire

Préface. 3

mérite d'être étudiée avec une attention particulière, et de recevoir quelques développements?

Nous avons donné une large place à X Histoire de la Gaule, parce qu'il est impossible de comprendre le rôle de la France, si on ne sait ce qu'ont été et ce qu'ont fait ceux qui, dès les premiers temps, ont habité l'espace compris entre la m.er Britannique, l'Océan, les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes et le Rhin. Ces peuples dominés par les Francs, les ont absorbés, grâce au nombre et à la supériorité intellectuelle. Il est donc impossible de les séparer ; ils s'expliquent et se complètent. La France actuelle est un composé de Francs et de Gaulois.

Nous avons donné au récit la plus grande place. Les réflexions accourent en foule en présence de certains faits, et sollicitent leur place. Nous les avons réduites autant que possible, afin que l'histoire ne perde rien de son mouvement et de sa vie. Le lecteur n'aura pas de peine à trouver lui-même ce qu'on aurait pu lui dire ou lui suggérer.

Nous avons fait de larges emprunts aux auteurs contemporains. Ce n'est pas toujours le moyen le plus sûr d'avoir la vérité, mais un peu d'attention la fait découvrir, un peu de critique la dégage, et l'on a l'avantaofe de tarder intacte la couleur locale.

Pour bien comprendre et bien peindre une époque, il faut se faire son contemporain, prendre ses mœurs, et se montrer complaisant pour ses préférences et ses antipathies. La vérité ne perd pourtant rien de ses droits. Elle juge les hommes et les choses, d'après des principes supérieurs aux conventions sociales, et garde

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