Chapitre neimième
Le peuple ne vit en lui que l'homme vaillant et droit ; les écrivains ecclésiastiques louèrent sa générosité et son zèle, et l'un d'eux, interprète du sentiment commun, termina par ces strophes l'hymne qui résumait sa vie :
« Le Christ a désormais en lui un serviteur fidèle, plein d'amour, de pureté et de simplicité. Clovis règne avec justice, et sa gloire est à son comble, au moment où sa vie s'achève.
« Il est alors transporté au ciel, où il reçoit sa récompense, par la possession du bonheur éternel. »
Il ne faut pas se faire des mots d'autorité, trône, pouvoir, sujets, quand nous les employons pour ces époques lointaines, l'idée que nous en avons aujourd'hui. Les peuples étaient séparés par la race, l'éducation, la religion et de nombreux préjugés. Ils habitaient le même pays, mais aucun lien ne les rattachait entre eux. Ils se considéraient comme des ennemis, et si Clovis eut la grande et féconde pensée d'établir dans la Gaule l'unité, il n'obtint que d'imparfaits résultats. Il a eu la gloire de comprendre ce qui pouvait préparer l'avenir de son peuple et de faire reposer ses destinées sur la large base de la foi chrétienne.
Cette époque a cela de particulier, et Clovis semble le résumer parfaitement, que la barbarie et l'extrême culture se trouvent en présence et se manifestent dans les mêmes hommes. Il y eut des chocs sous cet accord apparent, et la victoire finit pas rester à ce qui avait en soi les principes de vie et les promesses de l'avenir. Clovis fut le premier instrument de cette victoire du cace, nous a été conservée par Aimoin, dans son livre
Ees nernières années De Cïotîis. 213
sation sur la barbarie. C'est là sa gloire, et c'est ce qui lui a valu le titre de fondateur de la monarchie française.
Pour comprendre son action et mesurer son mérite, il faut imaginer ce qu'aurait été son temps, ce qu'il aurait été lui-même, s'il fût resté païen. S'il avait pu garder la Gaule que les armes lui auraient donnée, qu'en eût-il fait ? N'eût-elle pas été pendant des années, le théâtre de toutes les violences et la victime de tous les excès .'* Quel peuple aurait fini par s'imposer aux autres, et par réunir autour de lui toutes les forces sociales pour constituer cette unité à laquelle tous aspiraient ?
Il fallait, pour cette grande œuvre, un prince chrétien. Mais le prince resta homme.
Il ne fut pas irréprochable, lui-même. Ses fils et ses petits-fils se couvrirent de crimes. A quelles horreurs ne se seraient-ils pas portés et à quelles souffrances les peuples n'auraient-ils pas été condamnés, si la foi chrétienne qu'ils reçurent de lui, n'eût atténué, dans une certaine mesure, ces instincts féroces !
Il est permis de saluer, dès cette époque lointaine, les destinées de la France et de soupçonner sa vocation. Les successeurs de Clovis furent les rois chrétiens, les fils aînés de l'Eglise, et c'est ainsi qu'ils se sont rendus dignes d'être les soldats de Dieu et d'exercer dans le monde une suprématie que nous ne pouvons croire perdue.
L'inscription composée par saint Rémi pour l'église de Saint-Pierre et de Saint- Paul, au jour de sa dédicace, nous a été conservée par Aimoin, dans son livre
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des Actes des Francs. Elle sera le résumé de cette vie de Clovis :
« Riche par ses trésors, puissant par son courage, illustre par sa gloire, le roi Clovis construisit ce monument.
« Créé Patrice, il s'éleva et brilla plein d'honneur.
« Rempli d'amour pour Dieu, il refusa de croire à ces divinités que la main des hommes a follement représentées dans les idoles.
« Bientôt pacifié par l'eau sainte, il retrouva la vie dans les fonts du baptême, et le saint chrême fut répandu comme un parfum sur sa tête.
« A son exemple, une foule nombreuse de païens de sa nation s'avance et renonce comme lui à l'erreur.
« Elle vient ainsi adorer le vrai Dieu, son créateur et son père.
« C'est ainsi qu'il eut le bonheur d'égaler les saints par les mérites de ses œuvres.
« Il fut toujours redouté à cause de sa sagesse, de son habileté dans le maniement des armes et de son courage sur les champs de bataille.
« Il fut grand dans ses paroles et puissant dans ses œuvres.
« C'est lui qui, le premier, rendit invincibles les soldats qu'il conduisit au combat. »
PrÉFACE ,