‹ Clovis et les origines de la France chrétienneChapitre 32 sur 33 · II. — LA MORT de CLOVIS · texte numérisé non relu

II. — LA MORT de CLOVIS

'NE première et violente maladie avait fait craindre pour la vie de Clovis. Ses deux médecins, Tranquillus et Archiatre, se reconnaissant impuissants, rengagèrent à recourir à Dieu de qui dépendent la santé et la maladie, la vie et la mort.

Il y avait dans un monastère d'Helvétie, à Agaune, un moine, nommé Séverin, dont la vertu était admirée de tous et dont l'autorité miraculeuse semblait irrésistible. Sa réputation s'était étendue au loin, et tous ceux qui souffraient avaient fréquemment recours à une intervention que l'on croyait toute-puissante auprès de Dieu.

Il fut appelé à Paris et signala son passage en divers lieux par des guérisons éclatantes.

Arrivé auprès de Clovis, il pria longuement, puis prit son vêtement, le déposa sur le corps du roi, et en recouvrit tous ses membres. Un changement soudain s'opéra dans l'état du roi et il fut complètement guéri.

Clovis, pour lui témoigner sa reconnaissance, mit en liberté, sur sa demande, tous les prisonniers de la ville; et comme le saint cénobite mourut peu de temps après,

Hes tjccnîcreg années ne CloDis. 209

(508), un des fils de Clovis, Childebert, fit élever une église à l'endroit même où il avait rendu le dernier soupir. C'était un témoignage de reconnaissance pour le saint solitaire et un hommage aux vertus dont il avait donné l'exemple.

Clovis avait montré pendant sa maladie une foi très vive et une résignation que les historiens de sainte Clotilde attribuent à sa pieuee influence. C'est entre cette maladie et sa mort, que se placent les actes qui jettent sur sa mémoire une ombre si douloureuse, et qu'aurait empêchés Clotilde, si elle avait pu être plus puissante que l'intérêt politique et le caractère.

Il mourut le 27 novembre 511, et fut enseveli dans la basilique de Saint-Pierre et Saint- Paul, qu'il avait fait construire. Comme Clotilde lui suggérait un jour la pensée de faire une promesse à Dieu, s'il revenait vainqueur de la guerre contre les Wisigoths, il s'écria en jetant au loin sa hache d'armes : « Que l'église des bienheureux apôtres se construise ici, pourvu qu'avec le secours de Dieu je revienne sain et sauf de cette expédition. » La distance où fut jetée la hache d'armes marqua la longueur de l'édifice. Mais l'église ne fut dédiée qu'après sa mort par sainte Clotilde Saint Rémi y assista avec un grand nombre d'autres évêques.

Clovis n'était pas de grande taille, mais il avait toutes les apparences de la force. Il portait la chevelure longue, signe de la puissance chez les Francs. Ses yeux vifs et pénétrants, jetaient un grand éclat, et gardaient quelque chose de la fierté barbare du Germain. En sa présence, on reconnaissait un maître.

Clovis. 14

2ÏÔ Gtjapitre neuvième.

Il avait le courage de sa nation, et il n'aurait permis à aucun des siens de prétendre l'emporter sur lui par son audace et son intrépidité. Il joignait à ces qualités, qui étaient de sa race, la connaissance de la tactique militaire que les Romains avaient enseignéeauxpeuples soumis. Il en donna la preuve dans la lutte victorieuse contre les Gallo- Romains, les Alamans, les Burgondes et les Wisigoths.

Il sut joindre la politique à l'action militaire, ce qu'exigeaient l'étendue de ses Etats et ses relations avec les voisins. La politique est l'art de conduire les peuples selon les règles de la justice, pour leur sécurité et leur bonheur. Elle n'est devenue que par un abus déplorable, synonyme de duplicité et de tromperie. Que Clovis ait eu recours à ces moyens qui ne sont pas toujours dignes, et qui deviennent souvent coupables, il n'est pas permis d'en douter, mais la loyauté de son esprit, la hauteur de ses vues et l'influence chrétienne à laquelle il ne résista pas, même dans ses fautes, permettent de croire qu'il comprit et sut appliquer les grands principes de cette science difficile.

Il eut à lutter contre plusieurs tribus franques qui ne lui pardonnèrent pas d'avoir sacrifié le culte de ses pères pour embrasser une foi nouvelle. Ce fut peut-être la cause de ces trahisons qui se préparèrent, ou auxquelles il crut, et qui furent la raison ou le prétexte de ses cruautés. Mais il montra toujours un vif désir de voir s'étendre le christianisme, et s'il a secondé les missions envoyées au delà du Rhin, il est permis de croire qu'il favorisa celles qui avaient pour but de

1res Dernières! années ne Clotîis. 211

convertir les Francs, et de contribuer ainsi à l'unité de la nation et à l'extension de son pouvoir.

Il fut toujours l'ami du clergé, s'inspira de ses conseils, lui donna son appui, et s'associa à ses efforts pour la régénération de la Gaule. On ne peut pas voir en lui un chrétien de nos jours, mais il fut, sous le rapport religieux, ce que l'on pouvait être de son temps et quand on était sorti de la Germanie. « Le christianisme, dit Ozanam, dans ses Études Germmiiqties, n'exigea point de ces populations encore toutes frémissantes de fureur et de volupté, tout ce qu'il devait demander à des temps meilleurs. Sans faire fléchir ses règles, il mesura ses iuQfements. Quand l'Égalise recevait au baptême ces turbulents catéchumènes, quand elle rangeait au nombre des saints Clotilde, le roi Sigismond, le roi Gontran, elle savait mieux que nous ce qu'ils avaient étouffé d'instincts pervers, pour devenir tels qu'elle les voyait. »

Ses mœurs eurent une pureté qu'aucune donnée historique n'a démentie, et ce n'est pas à ce mérite moins qu'aux services rendus à l'Église, que l'on doit attribuer le culte dont il aurait été l'objet. Si saint Avitus, évêque de Vienne, lui disait à lui-même que « sa sainteté n'était pas moins éclatante que sa puissance », le sentiment populaire honorait en lui des vertus dont ses sujets avaient ressenti les effets.

Saint Rémi disait à ceux qui accusaient sa violence : « Il faut pardonner beaucoup à celui qui s'est fait le propagateur de la foi et le sauveur des provinces. » C'était un aveu de ses faiblesses, en même temps que l'exaltation des services qu'il avait rendus.

Page 1