‹ ClovisChapitre 22 sur 32 · I.1BEI1 HISTORIE · texte numérisé non relu

I.1BEI1 HISTORIE

Re\ ergo prior petit sanetum Remedium ut se baptizaret. Venit aovus Constantinus ad baptismum ,

Hincmar

Viso autem rex tanto miraculo, abnegatis diaboli pompis et operibus ejus , petiit se a sancto pontifiee baptizari. Procedit novus Constantinus ad lavaa mu salutiferum, in quo delendi erant leprse veteris rnorbi, sordentesque aniiqux peccatorum maculx diluendx.

Au surplus, Hincmar ne doit pas avoir tiré du texte beaucoup plus que

Grégoire lui-même, car ce qu'il sait de plus sur la vie de saint Rémi est essentiellement emprunté a des traditions orales et à des légendes les unes ecclésiastiques, les autres populaires, qui présentent d'ailleurs un réel intérêt pour la connaissance du milieu où elles se racontaient. Dubos a donc tort d'écrire qu' « on doit regarder la Vie de saint Rémi, compilée par Hincmar, plutôt comme un monument du vie siècle que comme une production du ixe, puisque son auteur s'est servi pour le composer d'un ouvrage écrit dès le vie siècle », etc. (Histoire critique de l'établissement de la monarchie française dans les Gaules, liv. m, ch. 19.) Hincmar n'a d'ailleurs pas résisté à l'envie de mettre en avant son saint dans toutes les occasions, et a exagéré son rôle auprès de Glovis. On n'a pas encore, fait la lumière sur ce qui, dans ces assertions, revient à des traditions antérieures et sur ce qui lui appartient en propre, soit qu'il ait combiné et interprété à sa manière certaines données, soit que, dans son désir de glorifier son saint, il se soit permis de s'écarter de la vérité. Le traiter tout bonnement de faussaire, et placer sa Vie de saint Rémi dans les documents apocryphes, comme font M. Krusch et à sa suite Wattenbach , Deutscklands Geschichtsquellen im Mittelalter, fie édition, Berlin, 4894, t. II, p. 494, c'est une injustice, qui ne peut s'expliquer que par la plus étrange prévention.

Saint Rieul de Senlis (30 mars). — Les Bollandistes publient sa vie dans leur tome III de mars, et en deux textes. Le plus court, qui est aussi le plus ancien, ne contient pas l'épisode où il est question de Glovis. Les Bollandistes les regardent l'un et l'autre comme étant du xc ou du xi° siècle. Le livre de Jaulnay, le Parfait prélat, contient un troisième texte, qui se retrouve aussi dans le manuscrit 5295 de la Bibliothèque nationale de Paris, du xie siècle, et qui n'est qu'une paraphrase du deuxième des Bollandistes. On y lit ce passage :

« Venerabilis Deoqtir ainabilis Coolcstiiius f\ nobili Hibernorum provincia exortus , divinâ inspiratione spiritaliter dictare conatus esse eam vilain dicitur] ob gloriosissimi régis jussionem Chlodovei, qui sanctorum confes'sorum Clirisli Remigii et Vedasti exhortatione piaque prœdicatione baptizatus et ad Dei fidèle servitium est conversus. Ille cnini cum desiderio fuisset excitatus, aliquid particulatim de prœfati sanctissimi confessons reliquiis aecipere, Deo révélante, super sarcophaguin ejus duabus tabulis tapideis vitam ejus inscriptam invenit, et ad agnitionem omnium infamari prœcepit. »

Il est inutile de dire que cet Irlandais Coelestinus ne se trouve nulle part.

Saint Sacerdos de Limoges (5 mai). — Sa Vie a été publiée par les Bollandistes dans le tome II de mai. Elle fut écrite au xne siècle par Hugues

de Fleury, qui dit s'être servi d'une biographie antérieure du même saint. On voit par l'épisode même où il est mis en relation avec Clovis, comme

aussi par le recueil des notes prises par Hugues de Fleury pour la composition de son travail, que le saint, dans la pensée de l'hagiographe , appartient bien au vie siècle. Sur celte question de la date, il faut lire l'article de M. Couderc, dans la Bibliothèque de C École des Chartes, t. LIV (1893), pp. 468 et suivantes.

Saint Séverin, abbé de Saint-Maurice-en-Valais (11 février). — Le tombeau de saint Séverin était, dès le vne siècle, l'objet d'un culte religieux à Château -Landon, et l'on voit par la Vie de saint Eloi u, 32) que celui-ci fabriqua la châsse de ce saint. Déjà le martyrologe d'Usuard et une recension de celui de Bède lui attribuent la guérison de Clovis : Eodem die Castro nanlonensi sancti Severini abbatis monasterii agaunensis : cujus precibus cultor Dei rex Flodovxus a diutinâ infirmitale sud liberatus est.

La Vie de saint Séverin, que les Bollandistes donnent au tome III de février, fut composée, au dire du prologue, sur l'ordre de l'archevêque Magnus de Sens (801-818), d'après un écrit antérieur qu'elle attribue à un prêtre Faustus. « Sacram sane libelli seriem, quam Faustus presbiter discipulus sancti Severini abbatis de ejus vita vel actibus post ipsius ediderat obituin transcribentes , jubente etiani venerabili viro Magno merito et nomine urbis senoniese antistile, vitia scriptoris corrigere curantes, commodum duximus secundum ingenioli nostri capacitatem ejusdem historiie textum aliquanto clariore propagare sermone. » (O. c, p. 5i7 E.) Cette Vie toutefois ne contient pas autre chose que le récit du voyage de saint Séverin pour aller guérir Clovis, et de sa mort à Chàteau-Landon, avec l'épisode de la guérison miraculeuse de l'évèque de Nevers. M. Krusch pense que cela suffit pour lui permettre de conclure, conformément à son habitude, que l'auteur était un faussaire. (La falsification des Vies de saints burgondes, dans les Mélanges Julien Havet, p. il -5(5.)

Saint Soleine de Chartres (25 septembre). — Un résumé substantiel de la légende de saint Soleine, contenant l'histoire de ses relations avec Clovis et de la part prépondérante qu'il prit à sa conversion et à son baptême, se trouve déjà, au i\e siècle, dans le martyrologe de Raban-Maur. La Vie de ce saint, que les Bollandistes tiennent pour fort ancienne, et dont le style rappelle à M. Krusch celui de Fortunat, n'est, selon moi, qu'une amplification faite au xnc ou au xme siècle sur le texte de Raban-Maur. Elle a été, par la suite, remaniée et mise d'accord, autant que possible, avec le récit de Crégoire de Tours. L'historicité des renseignements de Raban-Maur est bien

sujette à caution; la personnalité du saint, toutefois, est acquise à l'histoire, car Grégoire de Tours a vu sa tombe miraculeuse à Maillé. (Gloria confess., c. 21 .) Je ne sais ce qu'il faut penser de la notice donnée par un manuscrit du xive siècle, d'après lequel, en faisant l'élévation de ses reliques, on aurait trouvé une inscription avec ces mots : Hic requiescit Sollempnius episcopus, Clodovei régis tempore cum eo hue ve?iiens hic sepiiltus.

Saint Vaast, évêque d'Arras (6 février). ■ — Il existe une ancienne Vie de saint Vaast qui a été considérée généralement comme étant du vi° siècle, et qui, au ixe, a été remaniée au point de vue du style par Alcuin. M. Krusch a rendu un grand service aux études mérovingiennes en fournissant la preuve, selon moi péremptoire, que cet écrit a pour auteur l'abbé Jonas de Bobbio, qui le composa pendant son séjour à l'abbaye de Saint- Amand, vers le milieu du vu0 siècle. Aux nombreux arguments internes invoqués par M. Krusch à l'appui de sa thèse, je crois en devoir ajouter un. L'une des particularités caractéristiques du style de Jonas, c'est l'expression inter incendia, suivie d'un déterminatif et prise dans un sens figuré : ainsi inter flagrantis ignis incendia ( Vita sancti Columbani , c. 58); inter pœnœ incendia (V. Eitstasii, c. 18); inter pœnas incendii (V . Attalse, c. 2, 6); inter pœnas incendii (V. Bertulfi, c. 15). Or cette expression reparaît aussi dans le Vita Vedastis, c. 1 : inter incendia bellorum. Je n'ai pas souvenance d'avoir jamais trouvé cette expression ailleurs que dans les passages cités.

M. Krusch a prouvé aussi que la source de Jonas, dans l'histoire de la bataille contre les Alamans, a été soit Grégoire de Tours lui-même, soit sa source. Il aurait dû marquer cependant d'une manière plus netle que l'épisode de la guérison de l'aveugle de Uilly-aux-Oies par saint Vaast repose apparemment sur une antique tradition locale, et convenir qu'il en est de même de la mention de Reims comme lieu du baptême, au lieu de prétendre, sur la foi d'une lettre de saint Nicet de Trêves mal interprétée (cf. ci -dessus, p. 330, note), qu'il faut absolument renoncer au baptême à Reims, qui serait, dans la Vie de saint Vaast et dans Frédégaire, ni, 21, le résultat d'une interprétation vicieuse du texte de Grégoire. Tout en accordant à M. Krusch que la Vie de saint Vaast cesse de pouvoir être mise en balance avec Grégoire de Tours pour l'épisode principal qu'elle raconte, nous continuerons de lui attribuer la valeur d'une tradition très ancienne sur un saint dont l'histoire est étroitement unie à celle de Clovis, et nous repoussons avec la plus grande énergie les étranges conclusions par lesquelles M. Krusch compromet la valeur de sa propre découverte.

APPENDICE Cil

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