‹ Clovis Gosselin (volume 2)Chapitre 17 sur 22 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

A ce moment la voix d'Astérie Gosselin se fait entendre sur le mode le plus aigre en appelant son fils.

— Mais viens donc, Clovis — c'est Anthime qui arrive.

Clovis se réveille — son front est baigné de sueur — son visage inondé de larmes, il voit devant lui Hérambert assis à la table sur laquelle il s'était endormi, après leur dîner normand Hérambert fume encore sa pipe.

Clovis se jette dans ses bras.

— Hérambert! mon ami, mon maître, et des sanglots lui coupent la parole.

A ce moment la cloche de Féglise tinte, c'est la fin des vêpres. Isoline revient avec la veuve Séminel, elle est suffoquée de joie et se jette dans ses bras en disant:

— Vous voyez bien, ma mère, qu*il est revenu, que je ne m'étais pas trompée !

La veuve Gosselin arrive avec Anthime.

Clovis — tenant la main d'Isoline : — Ma mère, dit-il — le front haut, le regard calme, la voix impérieuse et brève — je ne vends pas la maison. J'y suis né, j'y mourrai, vous serez heureuse ici, je saurai travailler pour vous, j'entourerai votre vieillesse de soins et de tendresse. Mais Dieu a eu la bonté de me faire naître laboureur, je serai laboureur.

Je vous rends mille grâces, ma bonne, ma chère mère, de l'éducation que vous m'avez donnée au prix de tant de fatigues et de privations; ce que je sais ne sera pas perdu pour mon avenir et pour mon nouvel état. M. Hérambert

me l'avait appris, et je l'ai vu par moi-même,

je n*ai vu personne trop savant pour être laboureur ; plus de la moitié des gens qui exercent cette profession ne le sont pas assez.

Ma mère, dit-il, en l'interrompant et en Tembrassant, J*ai de vous au besoin une volonté ferme — celle-ci est immuable — je ne sortirai plus de notre masure, et si le cheval pie du docteur Lemonnier — ajouta-t-il en souriant — se montrait dans ma cour, je l'attellerais à ma herse ou à ma charrue. — Heureux rêve qui m'a sauvé ! ajouta-t-il tout bas.

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