GREGOIRE DE TOURS
(Éd. Dom Ruinart, Paris, 1G99; Arndt et Krusch, M. G. H., Scriptores Rertim Merovingicannn. i. 1, Hanovre, 188i ; Omont et Collon, Paris, 1886-4893.)
V Histoire des Francs de Grégoire de Tours est de loin le plus important de tous les documents historiques relatifs à
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Clovis. A elle seule, elle dopasse en importance et en intérêt tous les autres réunis. Si nous ne la possédions pas, c'est à peine si nous saurions de ce roi autre chose que son existence, et çà et là un trait curieux. Sans elle, ce livre n'aurait pu être écrit. Il est donc indispensable de connaître la valeur d'un témoignage si précieux.
•Grégoire de Tours, né à Clermont en Auvergne, vers 538, d'une famille patricienne apparentée aux plus illustres mai* sons de la Gaule, grandit dans un milieu foncièrement romain ; mais l'éducation qu'il reçut dans sa ville natale, chez les évêques Gallus et Avitus, était plus ecclésiastique que mondaine, et le tourna beaucoup plus vers les lettres sacrées que vers les poètes profanes. Sans ignorer l'antiquité classique, il n'en fut pas nourri comme les écrivains l'avaient été avant lui, et, sous ce rapport, l'on peut dire qu'il représente dans la littérature en langue latine le premier des écrivains modernes. Devenu évêque de Tours en 573, il a été mêlé activement aux principaux événements de son temps ; il a parcouru une bonne partie de la Gaule, il s'est fait raconter l'histoire par ceux qui étaient à même de la connaître, il a vu de près les rois et a vécu dans la familiarité de plusieurs, il a du à ses relations, à son esprit de recherche, une connaissance approfondie de la Gaule du sixième siècle, et son Histoire dps Francs a profité de tout cela.
Mais l'histoire de Clovis échappait à son regard. Clovis était mort deux générations avant le moment où Grégoire prit la plume, et c'était un laps de temps considérable h une pareille époque, où les légendes défiguraient si rapidement la physionomie des événements. Grégoire ne trouva nulle part une biographie de Clovis conservée par écrit : il lui fallut rassembler péniblement les rares notices qu'il lui fut donné de trouver dans les chroniqueurs du cinquième et du sixième siècle, dans les vies de saints, et dans un petit nombre de documents officiels. Avec ces (|ébris incohérents, venus de toutes parts, il fit ce qu'il put, et le récit qu'il a élaboré n'a cessé de dominer l'historiographie.
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Grégoire est d'ailleurs bien loin de connaître toute l'histoire de Clovis. Il ne sait rien de la guerre de Provence, il ignore le siège de Verdun, ainsi que le concile d'Orléans. Les événements qu'il raconte ne sont généralement pour lui qu'un point dans l'histoire. De la guerre de la Gaule, il ne mentionne que la bataille de Soissons et la mort de Syagrius, plus une anecdote, celle du vase de Soissons. De la guerre de Thuringe il ne sait que le nom, de la guerre contre les Alamans il ne connaît qu'un épisode. Il est d'autres événements sur lesquels il ne possède que des légendes fabuleuses, comme la mort des vois de Tongres, de Cambrai et de Cologne.
Voici les sources dont Grégoire de Tours s'est servi pour écrire sa vie de Clovis :
I. Annales d'Angers, continuées à Tours. — Grégoire paraît avoir eu à sa disposition un recueil d'annales fort sèches et gardant surtout le souvenir de faits locaux ; c'est manifestement à ce recueil qu'il a emprunté ce qu'il dit, aux chapitres 18 et 19 de son livre ii, des combats de Childéric. C'est là aussi qu'il doit avoir trouvé la rapide mention de la bataille de Soissons (486), de la guerre contre les Thuringiens (491), de la bataille contre les Alamans (190), de la guerre d'Aquitaine (506) et de la mort de Clovis (511). Ces mentions ont dû être sommaires, et telles qu'on les trouve dans les recueils de ce genre. Les détails que Grégoire y ajoute paraissent puisés ailleurs.
La grande raison qui me fait regarder Angers comme la patrie de ces annales, c'est que l'existence d'annales d'Angers est rendue presque manifeste par Hisl. Franc, ii, 18 et 19; c'est aussi parce que plusieurs faits qui ont dû se passer simultanément un peu partout sont signalés seulement pour Angers. Ainsi VI, 21 et vu, 11, il est parlé de tremblements de terre à Angers, alors qu'il est est bien certain que la terre a encore tremblé ailleurs que là, et que même la chute des murs de Soissons, mentionnée dans le premier de ces deux passages, paraît due au même accident. Si je suppose que les annales
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d'Angers auront été continuées à Tours, c'est à cause du grand nombre de dates relatives à l'histoire de Tours ; on ne s'en expliquerait pas Texistence si l'on n'admettait des annotations chronologiques. Ces annotations peuvent avoir constitué un recueil indépendant ; mais en général, au moyen Age, on aimait à continuer ceux qu'on possédait, et l'hypothèse que nous avons admise avec Junghans rend compte, nous semble^t-il, d'une manière assez naturelle de la familiarité de Grégoire avec les .1/*//^(/^.f d'Aufjers. VA\e ne plail pas à M. Lair, qui m'appelle de ce chef « VŒdipc du sphinx nièrocinyien, (Annuaire-hulletiu dt^ la Sorh'té df r/fisloire de France, t. xxxv, 1898, p. 4 du tiré i\ pari), et qui, pour son compte, s'est vainement attaqué à l'énigme.
n. Annales bukccndes. — Grégoire de Tours et son contemporain Marins d'Avenches offrent un récit parallèle des événements qui ont eu la Burgondie pour théiUre, et les nombreuses ressemblances de ces récits ne peuvent s'expliquer que par des rapports entre les deux auteurs. Après avoir tour à tour supposé que Marins avait copié Grégoire, et que Grégoire avait copié Mariusy on a finalement conclu, avec raison, que l'un et l'autre avaient consulté une source commune, à savoir, un recueil d'Annales hur(jondes contenant des notices sèches et sommaires. Tout ce que Grégoire nous dit de la guerre de Clovis en Burgondie semble emprunté à cette source, à l'exception toutefois du récit du siège d'Avignon, qu'on ne retrouve pas dans Marins d'Avenches, et qui est, selon toute probabilité, puisé dans la tradition populaire. V. Monod, Htudea critiques sur les sources de l histoire mérovingienne, 1" partie p. 101, rectifié par Arndt, Historische Zeitsrhrift de Sybel, t. xxviii, p. 421.
III. Vie de saint Rémi. — II existait, du temps de Grégoire de Tours, une précieuse vie de saint Rémi, écrite, à*ce qu'il paraît, par un clerc de Féglise de Reims peu de temps
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après la mort du saint, et qui, ayant disparu d'assez bonne heure, a été remplacée par une biographie sans valeur historique, mise, on ne sait pourquoi, sous le nom de'l'évèque Fortunat. Grégoire de Tours a connu la vieille vie, au sujet de laquelle il écrit : Est enim nunc liber vitae ejus, qui eum narrai mortuum suscitasse. (Nist, Franc, ii, 31.) Il n'est pas douteux qu'il ait lu ce document, et qu'il lui ait emprunté l'histoire de la conversion et du baptême de Clovis. Peut-être même y a^-il trouvé aussi l'épisode du vase de Soissons. La supposition de M. Monod, 0. c. p. 99, qui, pour des raisons d'ailleurs fallacieuses, suppose que sa source aurait pu être un poème latin sur la conversion de Clovis, et celle de Schubert, Dir Unterwerfung der Alamannen unter die Franken, pp. 134-140, qui serait disposé à admettre aussi une vie en vers de sainte Clotilde, n'ont guère de vraisemblance.
IV. Vie de saint Maixent. — Grégoire de Tours a connu aussi la biographie de saint Maixent, abbé d'un monastère dans le Poitou. Il dit au sujet de ce saint : Multasque et alias virtutes operatus est, quas si quis diligenter inquiret, librum vitse illius legens cuncta repperiet. [Hist. Franc, ii, 37.) Le texte primitif de cette vie a disparu, mais il en reste deux recensions, dont la première, qui paraît la plus ancienne, a été publiée par Mabillon {Acta Sanctorum 0. S. B., t. I), et la seconde par les Bollandistes [Acta Sanctorum 26 juin, t. V). Toutes les deux ont amplifié dans un sens légendaire l'épisode emprunté à cette vie par Grégoire de Tours lui-même, et mettent en scène Clovis d'une manière moins vraisemblable que dramatique.
V. Traditions orales. — Les souvenirs conservés par la bouche des contemporains ont été transmis de différentes manières à Grégoire de Tours. Quelques-uns ont été trouvés par lui dans sa famille ou dans son entourage clermontois ; de
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ce nombre est, sans contredit, la mention de la part prise par les Glermontois à la bataille de Vouillé, et du nom de leur chef Apollinaire {Maximus Un tune Arvernorum populus, qui cum Apollinare oenerat.etpnm'i qui ernnl exsenatonbus corruerunl {Hist, Franc, ii, 37). Il en a emprunté d'autres aux souvenirs du clergé de Tours, comme les preuves de respect données par Clovis à saint Martin dans la guerre d'Aquitaine {Hisl. Franc. ^ II, 37), ou les détails de l'inauguration consulaire de Clovis à Tours {Ibid,, ii, 38) ; à ceux du clergé de Poitiers, comme l'épisode du signe de feu donné par saint Hilaire à Clovis,. raconté aussi par son ami Fortunat, évéque de cette ville [Lilh'r dr Virtutibus mncti Hilarii, vu, 20, dans M. G. ïi. Auct. antiquiss., ivj ; à ceux du clergé d'Angoulème [Hisl, Franc, ii, 37 : chute des murs de cette ville).
Parmi ces traditions orales, il en est plusieurs qui portent les traces de l'élaboration considérable que leur a fait subir Fimagination populaire. L'histoire du siège d'Avignon est de ce nombre : c'est de la légende et non de l'histoire. Plus d'une fois, la légende a été l'objet de chants populaires, et est devenue l'occasion d'un petit poème épique : de ce nombre semble avoir été l'histoire du mariage de Clovis {Hist. Franc, II, 28), y compris celle des malljeurs de Clotilde et de la vengeance qu'elle en tira par la suite {Ibid., m, 6), et celle de la manière dont Clovis se débarrassa des autres rois francs {Ibid., Il, 40-42.)
Pour les preuves de ce travail de dépouillement des sources de Grégoire de Tours, je renvoie à mon étude intitulée : les Sources de ^histoire de Clovis dans Grégoire dv Tours, parue à la fois dans la Revue des questions historiques, t. \L1V (1888 , et dans le tome II du Congri's scientifique international des catholiques, tenu à Paris du 8 au 13 avril 1888 (^Paris, 1889), ainsi qu'à mon Histoire poétique des Mérovingiens (Paris- Bruxelles, 1893).
Pour la connaissance plus «ipprofondie de Grégoire de Tours, lire : G. Monod, Etudes critiques sur les sources de l'histoire nicrovingienne^ 1" partie. Paris 1872 (8^ fascicule de la
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Bibliothèque de V école des hautes études), et Arndt-Krusch, M. G. H., Scriptores Reruni Merovingicarum, t. I ; Hanovre» 1884, préface de la l''^ et de la 2*^ partie de ce tome).
CnRONIOUE DITE DE FREDEGAIRE
(Éd. Ruinart. à la suite de son Grégoire de Tours, Paris, 1609 ; Monod, dans la Bihlioltièque de l'école des hautes éludes, fascicule 63, Pari;*. 1885; Krusch, M. G. H., Scriptores Reruni Merovingicarum, t. H, Hanovre, 1888 )
La compilation historique que depuis Scaliger (1598) il est convenu, on ne sait pourquoi, de mettre sous le nom de Frédégaire, est l'œuvre de trois auteurs différents. La magistrale démonstration de cette vérité est due à Krusch, dans Die Chronicœ des sogenannten Fredegar [Nettes Archiv der Gesellschaft fur aeltere deutsche Geschichiskunde, t. VII, 1882), dont la substance a passé dans la préface de l'édition de Frédégaire par le même savant. Selon Krusch, le premier de ces trois auteurs est un Burgonde qui, vers 613, a fait un résumé du Liber generationis de saint Hippolyte, de la chronique de saint Jérôme et de celle d'Idacius ; il y a ajouté la légende sur l'origine troyenne des Francs, et quelques menus faits empruntés à des Annales burgondes.
Le deuxième est un Burgonde d'outre-Jura qui, vers 642, a ajouté à cette compilation un résumé des six premiers livres de VHisloria Francorum de. Grégoire de Tours, sous le nom d'Epitome, et l'a fait suivre d'une continuation originale allant jusqu'à 642. C'est lui qui nous intéresse, tant à cause du résumé en question que des additions qu'il y a faites.
Le troisième enfin est un Austrasien dévoué à la famille carolingienne, qui, vers 658, a ajouté quelques chapitres, en particulier 84-88, destinés à glorifier ses héros.
Ces résultats viennent d'être en partie confirmés, en partie complétés ou rectifiés par M. G. Schniirer dans son ingénieuse
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dissertation intitulée : Die Verfasser der sogenannlen Fredegar- Chronikj Fribourg en Suisse 1900, (fascicule 9 des Collectanea Friburgensia).
VFpitome de Frédégaire qui forme le livre m de la chronique dans rédition de Krusch, est un résumé consciencieux, mais non toujours exact, des six premiers livres de Grégoire de Tours. Il s'y est glissé plus d'une bévue, et Fauteur a inséré des légendes puisées à la source populaire, qui amplifient le côté épique de certains récits. Dans Fensemble, F'rédégaire ajoute très peu de chose à Fhistoire authentique de Glovis ; mais il ne manque pas d'intérêt par rapport à son histoire poétique, pour laquelle il nous a conservé de précieux éléments.
Ranke a essayé de prouver, dans l'appendice du tome IV de sa Wellgeschichte^ que VEpitome n'est pas un résumé de Grégoire, mais un texte original reposant sur la base d'un récit historique antérieur à la rédaction de ÏHistoria Francorum de ce dernier. Dans cette hypothèse, Frédégaire, là où il s'écarte de Grégoire, mériterait plus de confiance que ce dernier. Je crois avoir réfuté d'une manière péremptoire cette bizarre et insoutenable opinion, dans mon étude intitulée : l Histoire de Clovis d'après Frêdcgairç ( Revue des questions historiques y t. XL VII, 1890).
UBEh niSTOBIM
(Éd. Dom Bouquet, Revueit des Itiatoiiens de Gaule et de France, t. III: Krusch, M. G. H., Scriptores Het'um Merovinuicaruuiy t. II, Hanovre,
Cet ouvrage, connu jusque dans ces derniers temps sous le titre de Gesta regum Francorum^ que M. Krusch eût peut-être bien fait de lui laisser dans Fintérêt de la clarté, est Fœuvre d'un moine de Saint-Denis qui paraît originaire du pays de Laon ou de Soissons, et qui Facheva en l'année 7:i7. Un Aus-
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trasien, chaud partisan de la maison carolingienne, l'a remanié quelques années plus tard, et Fa en partie abrégé, en partie complété. L'ouvrage est, comme YFpitome de Frédégaire, un résumé des six premiers livres de Grégoire de Tours, continué par le récit des événements qui s'écoulèrent de 584 à 727. Le résumé, qui seul nous intéresse, n'est pas toujours exact, car Fauteur n'a pas toujours compris Grégoire; lui aussi est retourné puiser à la source populaire indiquée par l'évêque de Tours, et a ajouté à sa narration divers ornements légendaires. Il a visé encore à augmenter la précision géographique d'un bon nombre de renseignements donnés par ce dernier, et il les a complétés le plus souvent par conjecture. Comme Frédégaire, il n'ajoute rien à Fhistoire réelle de Clovis ; mais il nous sert à constater une nouvelle phase de son histoire poétique. Voir sur l'auteur et sur son ouvrage Krusch, dans la préface de son édition, et mon mémoire intitulé : Étude critique sur le Gesta regum Francorum {Bulletin de V Académie royale de Belgique, 3« série, t. XIII, 1889).
Le Liber Historiœ Francorum, confondu de bonne heure avec la chronique de Grégoire de Tours, est devenu, au moyen âge, et déjà chez Hincmar, la source de presque tous les auteurs qui se sont occupés des origines franques.
Les écrivains que nous avons à citer encore ne peuvent plus être regardés comme des sources de Fhistoire de Clovis ; tout au plus méritent-ils de nous intéresser en ce qu'ils nous montrent la manière dont cette histoire a été conçue au cours des temps, et les efforts consciencieux d'une érudition dépourvue de critique pour arriver à la reconstituer au moyen des matériaux dont on disposait. Sous ce rapport, la tentative la plus remarquable est celle d'Aimoin, moine de l'abbaye de Fleurysur-Loire, qui vivait encore en Fan 1008, et duquel nous possédons plusieurs ouvrages, tels que les livres ii et m (en partie) des Miracles de Saint Benoît (éd. de Certain, Paris, 1857), ouvrage écrit en 1005, et la Vie d'Abbon de Fleury, fragment d'une histoire inachevée de l'abbaye de ce nom (Mabillon, Acta Sanctorum 0. S, B,, t. VI). Avant ces deux ouvrages, Aimoin
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avait écrit son De Gestifi rrgnm Franrnrunt lihri /T, à la demaDde de son abbé Abbon (1004), auquel il l'a dédié. L*ou- VTfige, qui devait aller jusqu'à Pépin le Bref, est interrompu à la seizième année du règne de Clovis II (♦i53). Cest un travail de compilation, dans lequel il a fondu tout ce qu'il a pris dans les meilleures sources, à savoir, Grégoire de Tours, Frédégaire, le Liber Historiœ et autres. On n'y trouve naturellement rien de nouveau, mais on devra y constater une mise en œuvre qui ne manque pas d'intérêt, et le premier essai sérieux d'une histoire de France. L'ouvrage d'Aimoin nous est conservé en deux versions : l'une, qui représente son travail original, se trouve éditée par A. Duchesne, t. lll, et par Dom Bouquet, t. III. L'autre, interpolée et continuée jusqu'en 1105, contient, au livre i, Tépitaphede Clovis attribuée à saint Rémi. La meilleure notice que nous possédions sur cet intéressant écrivain est toujours celle de V Histoire Unéraire, au tome VII.
Roricon est beaucoup moins connu qu'Aimoin, et mérite moins de l'être. Il paraît avoir été prieur de Saint-Denis, à Amiens, vers l'an IKM), et il est auteur d'un Gcsla Frauronmi en quatre livres allant depuis les origines de la nation jusqu'à la mort de Clovis, en 511. Il ne fait guère qu'amplifier le Liber Historiée et certains épisodes légendaires de Frédégaire. Il ne faut pas prendre ses préfaces idylliques pour autre chose que des fictions littéraires. La seule chose qui lui appartient en propre, c'est d'avoir placé à Amiens la capitale de Clodion et deChildéric; mais cette hypothèse, que nous avons rencontrée ci-dessus, t. 1, p. 183, note, et p. ^20, ne sert qu'à nous faire connaître le séjour de Roricon lui-même. Son œuvre a été publiée par A. Duchesne, t. I, et par dom Bouquet, t. III. La meilleure notice sur cet auteur est toujours celle de l'abbé Lebeuf dans les Mémoires de VAcndrmip des Inscriptions, t. XVII ^1751).
Il est inutile de continuer cette énumération. L'histoire des Mérovingiens gardera à travers tout le moyen âge la forme que lui ont donnée le Liber Historiœ et Aimoin, et tous les auteurs qui l'étudieront la raconteront d'après eux. Les Chro-
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niques de Saint-Denis ne sont, pour la période qui nous occupe, que la traduction d'Aimoin. Sigebert de Gembloux, Hermannus Contractus, Otton de Frisingue et tous les autres chroniqueurs ayant quelques vues générales se bornent à copier ces sources de seconde main, fidèlement mais servilement. Le premier progrès de la science historique, ce fut de percer la couche sous laquelle a été enterrée la vraie source, qui est Grégoire de Tours, et de faire de nouveau jaillir ses informations originales dans l'historiographie. Le second, auquel je crois avoir contribué, consiste en ce qu'au lieu de reproduire simplement Grégoire de Tours, on s'est informé de ses sources à lui, et qu'on a tâché de se rendre un compte exact de la valeur respective de ses divers renseignements. Une histoire scientifique de Clovis ne pouvait pas être écrite avant que ce travail fût terminé.