‹ Clovis [microform]Chapitre 30 sur 41 · II. — VIES DE SAINTS · texte numérisé non relu

II. — VIES DE SAINTS

Nous sommes obligés de faire une classincalion à part pour les nombreuses vies de saints dont les héros ont été en rapports réels ou fictifs avec Clovis. L'intérêt et la valeur de ces doeu- . ments sont fort variables, selon le degré de leur authenticité et aussi selon la nature des relations qui y sont consignées' On trouvera ci-dessous, rangées par ordre alphabétique de sujets, les notices que je leur ai consacrées. L'ordre adopté n'est certes pas le plus scientifique : j'eusse de beaucoup préféré les ranger d après la date des documents, si celle-ci était connue pour tous, ou encore d'après la place que les divers saints prennent dans Thistoire de Clovis, si cette place était vraiment attestée par l'histoire. Je crois n'avoir omis aucun

m7rt^'1 "''' '" P'"' '"™P'^'^ ^"^ '^^"^ «i^ dom Bouquet, III, 369-40O. Je ne me suis d'ailleurs pas contenté des extraits

de dom Bouquet, mais mon itude critique a porté sur les

textes entiers. Le travail ci-dessous, sans être original est

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toujours personnel, et les indications sont tenues au courant de la science.

Saint Arnoul de Tours (18 juillet) (1). — Le texte le plus ancien de la vie de saint Arnoul de Tours est celui que les Bollandistes ont publié dans le Catalogus codicum hagiographicorum... bibliotherœ Parisiensis. t. 1, pp. 415-428, et dont celui des Acta Sanctorum n'est qu'un résumé. Cette histoire de saint Arnoul n'est qu'un roman pieux, qui semble dépourvu de tout fondement historique; elle contient un tissu d'invraisemblances et de fictions manifestes. Le Translatio sancti Arnulfi (Analecta bollandiana, t. VIII, p. 97) augmente encore le caractère légendaire de la vie, en identifiant Févêque Patrice, oncle de sainte Scariberge, qui est la femme d' Arnoul, avec saint Patrick, apôtre de ITrlande. Il est d^ailleurs inutile d^ajouter que les diptyques de l'Église de Tours ignoren t absolument le nom d'Arnoul. (Voir Mgr Duchesne, les Anciens catalogues épiscopaux de la provincr de Tours ; Paris, 1890.)

Saint Césaire d'Arles (-27 août). — Sa vie se trouve dans MabiUon, Acta Sanctorum 0. .S. /?., 1. 1, dans les Bollandistes, Acta Sanctorum, t. VI d août (1743), et dans S. R. M., t. HI. Écrite par ses disciples quelques années après sa mort (pas après 549) et dédiée à sa sœur Tabbesse Césarie, elle est divisée en deux livres, dont le premier, de beaucoup le plus important, est le seul qui intéresse l'histoire de Clovis. Ce livre premier a pour auteurs les évèques Cyprien de Toulon et Firmin d'Uzès, sans compter un inconnu du nom de Viventius. 11 y a peu d'écrits hagiographiques de cette valeur ; il mérite

(1) Les dates marquées entre parenthèses à la suite des noms des saints sont celles de leur fête; on les trouve sous ces dates dans le recueil des Bollandistes ; S. R. M. désigne le recueil des Scriptores Rerum Merovingicarum, éd. B. Krusch, qui contient aux tomes II et III un bon nombre de vies de saints du sixième siècje.

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une entière confiance, et il nous a raconté, dans un tableau plein de vie, l'épisode le plus intéressant de la guerre de Provence, faite par le fils de Clovis aux lieutenants de Théodoric. Saint Césaire a trouvé de nos jours deux biographes de valeur : ce sont C. F. Arnold, Cœsarius von Arelate und die gallische Kirche seiner Zeit, Leipzig, 1894, et l'abbé Malnory, Saint Césaire, éoêque d'Arles, Paris, 1894, (103« fascicule de la Bibliothèque de V Ecole des Hautes Etudes.)

Sainte Clotilde (3 juin). — La vie de sainte Clotilde (MabiUon, Acta Sanctorum 0. S. B.,L I; Acta Sanctorum des Bollandistes, t. Ide juin; S, R. i/., t. II) n'a guère été écrite que vers le dixième siècle, à preuve la légende de la sainte Ampoule, qu'elle emprunte, en l'amplifiant encore, à la vie de vsaint Rémi par Hincmar, et une allusion à la filiation mérovingienne de Charlemagne et de ses descendants. La partie purement biographique de ce texte n'est qu'une reproduction du Liber IJistorise ; mais, ce qui lui donne de l'intérêt, c'est qu'il a conservé un certain nombre de traditions relatives à des fondations d'églises par sainte Clotilde. Bien qu'on ne puisse revendiquer pour toutes ces traditions un caractère de rigoureuse authenticité, leur âge et leur accent de sincérité les rend hautement respectables, et je n'admets pas le jugement sommaire de M. Krusch écrivant au sujet de l'auteur : Omnes quas novit sancti Pétri ecclesias gallicanas a Chrotilde vel constructas vel ampliatas esse finxit. M. Krusch oublie que l'immense majorité des églises du haut moyen âge était dédiée à saint Pierre, tantôt seul, tantôt associé aux autres apôtres, et qu'il n'est pas étonnant que quatre ou cinq fondations connues de Clotilde soient sous son patronage. Il y a quantité de vies modernes de sainte Clotilde, mais, reposant toutes sur des données légendaires, elles n'ont plus aujourd'hui aucune valeur. Celle que j'ai écrite moi-même pour la collection Les Saints (Sainte Clotilde, Paris, 1897), a rencontré deux espèces de contradicteurs : ceux «jui, comme M. Tabbc Poulain, étrangers

-WK-

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à la méthode critique et à la bibliographie du sujet, ont ignoré que les légendes racontées par Grégoire de Tours sont définitivement rayées de Thistoire, et ont cru pouvoir les raconter une fois de plus d'après lui, {Sainte Clotilde, Paris, 1899), et ceux qui refusent à Thistorien le droit de reconstituer une physionomie d'après les quelques traits qui en restent, en s'aidant des indications fournies par ceux-ci et des lois psychologiques.

Saint Dié, solitaire à Blois (24 avril). — La vie de saint Diéi en deux rédactions dont la plus développée est, comme d'ordinaire, la plus récente, veut que Glovis ait recherché ce saint lors de son expédition contre les Visigoths, se soit recommandé à ses prières, et, à son retour victorieux, lui ait fait des libéralités en terres et en argent, sigillo suo largitale coinmunita, dit-elle au sujet de la donation en terres. Le saint aurait fondé un monastère, et sur son tombeau aurait surgi une église qui, détruite par les flammes, aurait été rebâtie sous Charles le Chauve. On avait oublié la date de sa mort; selon l'hagiographe, elle fut révélée en songe à l'abbé Blodesindus. Ce document, en ce qui concerne la partie relative à Clovis, semble s'inspirer de la vie de saint Solein, dont on gardait le corps à Blois ; il mentionne même ce saint et rappelle qu'au moment où Clovis fit la connaissance de Dié, il n'était encore que le catéchumène de l'évèque de Chartres.

Saint Éleuthère de Tournai (20 février). — Les documents relatifs à ce saint ont été publiés par les BoUandistes dans les Acta Sanctorum au tome III de février, et reproduits d'après eux par Ghesquière, Acta Sanctorum Belffu, t. I. La plus ancienne rédaction de sa vie serait, d'après Henschenius, antérieure aux invasions des Normands. La seconde, qui contient et qui continue la première, est d'un auteur qui se dit contemporain de Hédilon, évéque de Noyon -Tournai (880-902 V C'est

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dans cette dernière que se trouve le récit de la confession faite par Clovis à saint Éleuthère, avec quantité d'autres épisodes invraisemblables. La valeur historique de cet ouvrage est très faible, quoi qu'en dise Ghesquière, o. c, p. 453. On en jugera par ce seul fait que, dans les deux rédactions, le saint est donné comme contemporain à la fois de Dioclétien et de Clovis!

Saint Eptade (24 août). — Sa vie est dans les Acla Sanclorunt des BoUandistes^ au t. IV d'août (lire le commentaire de Cuperus ) et dans les *S'. H. J/., t. III. Ce document, bien que le texte en soit fort corrompu, présente divers caractères de bonne ancienneté, et le récit parait bien reposer sur une base historique. C'est Topinion de Pétigny, Etudes surVhistoirey les lois et les institutions à V époque mérovingienne^ t. II, p. 647, de Binding, Bas Burgundisch-Rnmanische Kœnigreich, pp. 188 et 196, de Lœning, Geschichte des deutschen Kirchenrechts^ t. Il, p. 176, de Kaufmann, Forschungen zur deutschen Geschichte^ t. X, pp. 391-39.J, d'Arnold, Cfpsarins con Arelate, p. 242, et de Mgr. Duchesne, Bulletin crilique^ 1897, pp. 451-455. Binding, o, c, est le premier qui en ait constaté la valeur historique. A. Jahn, Die Geschichte der Burgundionen und Burgundiens, t. II, pp. 106-112, a essayé vaine^ ment de contester l'authenticité de ce document. M. Krusch, qui fait sienne la démonstration de Jahn en y ajoutant de nouvelles considérations, n'est pas plus heureux dans la préface qu'il a mise en tête de la Vie (S,B.M., t. III) et dans une dissertation du Neues Archio. (t. xxv, pp. 131-257) en réponse à l'article ci-dessus mentionné de Mgr Duchesne. Ses deux raisons sont: 1° que le Vita fait du saint un évêque-abbé, dans l'intention d'arracher son monastère à la juridiction de l'évèque, alors que c'est seulement à la fin du septième siècle que la Gaule a connu ce genre de dignitaires; 2" que le passage du Vita^ c. 6; Erat beatissimus i'ir totius prudentiœ, in sermone verax^in judicio justus^ in consiliis providus, in commissu ftdelis^ in interventu slrenuus, in oeritate cftnspicuuset in unirfrsa nutrain honeslale praecipuus est

At>PENDiCES

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emprunté à Grégoire de Tours, Historia Francorum, II, 32, où il est dit d'Aredius : Erat enimjocundus in fabulis, strenuus in consiliis.justus injudiciiset in roinmisso fidelis. A quoi Ton peut répondre : i*» que nulle part le Vita ne parle de saint Eptade comme d'un abbé, et que l'accusation d avoir voulu étayer rimmunilé du monastère de Gervon sur la double qualité revendiquée pour le fondateur s'évanouit devant cette simple constatation ; qu'au surplus, même dans l'hypothèse que le biograplie aurait considéré le saint comme le premier abbé de Gervon, Tintention qui lui est prêtée est absolument chimérique, attendu que c'est en qualité d'évèque d'Auxerre, élu canoniquement, et non d'évèque-abbé qu'il ligure ici. Quant au second point, l'identité d'une formule probablement très répandue dès le sixième siècle ne prouve rien, d'autant plus que le texte du Vita est fort défiguré et que M. Krusch lui-même \a.ppe\\e€inenuusnelunendverzireifelten Fall von Tr.vtcorruption {o, c, p. 157). Il faudrait d'autres arguments pour démentir Fauteur, qui dit formellement au c. 14 qu'il fut un contemporain du saint et qui insinue au c. 22 qu'il fut son familier {qui erat illi familiarisj quem nominare necesse non est).

II y a quelques années, M. A. Thomas, dans un article intitulé : Sur un passage de la Vita sancti Eptadii {Mélanges Julien Havet, Paris, 1895, pp. 593 et suivantes), a discuté l'interprétation du passage du Vita Eptadii qui est relatif à l'histoire de Clovis. II ne veut pas y lire le nom de la Cure (Quoranda) mais celui du Gousin((>MOA\s'a), son affluent.

Je lui emprunte le texte de ce pas'sage d'après les deux manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de Paris, parce qu'il a été défiguré d'une manière fort arbitraire par les conjectures de M. Krusch dans l'édition des 8. B. M.

Ms. 17002, fonds latin.

Eodem tempore quusse ad lluvium quorundam pacis mediante cuiicnnlia duorum regniii supersticiosa ronqilfx.i jiotouLi.i

Ms. 3809, fonds latin.

Eodem vero tempore ad fluviura quendam pacis raedianle «Minconlin duoriim rpî?iim poliMiria, i(l «si Hurtruiulionniii ot

Francorum, convenit ac regem Gondebadum precellenlissimus rex Francorum Clodoveus suppliciter exoravit ut beatissimum virum Dei Eptadium civitati sue Autissiodorensi concederet antistitem ordinandum.

id est Burgondionum genus et Francorum hec rege Gundobado precellentissimus rex Francorum Glodoveus suppliciter exoravit ut hune beatissimum virum Dei Eptadium civilatis sue autisiodorense prestaret anlestitem ordinandum.

On trouve de bons renseignements sur le culte local de ce saint dans Henry, Vie de saint Eptade^ Avallon, 1863.

Sainte Geneviève de Paris (3 janvier). — Celte vie a été diverses fois rééditée depuis 1613, qu elle a paru dans le l**" volume des Acta iSonc/omm des BoUandistes. Trois éditions critiques en ont paru coup sur coup dans les vingt dernières années: celle de M. Gh. Kohler [Elude critique sur le texte de la vie latine de sainte Geneviècc deParis^ dans le 48*' fascicule de la Bihliothèque de VÉcole des Hautes Études, Paris, 1881), celle de M. l'abbé Narbey {Quel est le texte de la vie authentique de sainte Geneciève? Étude critique suivie de sa vie authentique et de la traduction, dans le Bulletin d'histoire et d'archéologie du diocèse de Paris, 1884), et enfin celle de M. Krusch dans S.R.M., t. III, 1896). Ces savants sont totalement en désaccord sur le point de savoir comment il faut établir le texte de la vie. M. Kohler, qui en a étudié vingt-neuf manuscrits, les classe en quatre familles dont la première représente, selon lui, le texte le plus ancien, diversement interpolé ou altéré dans les trois autres familles. Selon M. Narbey, au contraire, suivi par M. Krusch, le plus ancien se retrouverait dans les manuscrits de la seconde famille de M. Kohler, et c'est d'après ceux-ci, dont le nombre est porté à treize par les recherches de M. Krusch, que ce dernier, comuie M. Narbey lui-même, a établi son texte. Cette discussion n'est pas close d'une manière définitive, car, comme le fait remarquer Mgr. Duchesne, rien n'empêche que les manuscrits de la deuxième famille Kohler, tout en présentant un texte moins altéré au point de vue de la langue et de l'orthographe, ne fût-ce que parce qu'ils sont en général

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plus anciens, aient été d'autre part Tobjet des interpolations dont les manuscrits de la première famille Kohler sont exempts d'après ce dernier éditeur. On ne peut donc pas dire que malgré tous les travaux sur ce document hagiographique, nous soyons aujourd'hui en possession d'une édition définitive. MM. Kohler et Krusch ont d'ailleurs mis parfaitement en lumière, chacun dans un sens opposé, les indices qui plaident en faveur de l'antériorité de l'une et de l'autre des deux familles.

La question de la date à laquelle fut composée la vie de sainte Geneviève présente une importance capitale. L'auteur, qui avoue n'avoir pas connu la sainte, nous dit qu'il écrit dix-huit ans après la mort de celle-ci, c'est-à-dire, par conséquent, en 519 ou 520. C'est sur la foi de cette affirmation qu'on a été à peu près unanime à considérer son travail comme ayant la valeur d'une œuvre presque contemporaine. Toutefois, certaines assertions de l'auteur, qui semblaleiit difficiles à concilier avec ce que nous savons de l'histoire des Mérovingiens, et en particulier les épisodes où il est parlé de Childéric et du siège de dix ou cinq ans soutenu par la ville de Paris contre les Francs, avaient déjà inspiré de la défiance à Adrien de Valois {Reriuu Francicarum, libri VIII, Paris, 1646, 1. 1, pp. 317-319), sans que cependant il s'avisât de contester l'authenticité du document. BoUandus, lui, n'avait pu se persuader totalement que la Vie qu'il publiait était le texte primitif (Eademne tanien sit quie est in manibus ingénue fateor mihi non liquere, p. 137), mais ces doutes, exprimés en passant, avaient été peu remarqués. Vers la fin du dix-septième siècle, le génovéfain Claude du Molinet, dans son Histoire de sainte Genrrirce et de son abbaye i^o y aie cl apostolique, conservée en manuscrit à la bibliothèque de Sainte- Geneviève à Paris, et, quelque temps après lui, Claude du Moulinet, abbé des Tuileries, dans une Lettre critique sur les différentes Vies de sainte Geneviève, également en manuscrit à la même bibliothèque, émirent l'opinion que Touvrage était tout au plus du neuvième siècle. Mais ces deux livres, n'ayant jamais vu le jour, restèrent sans influence sur la conviction générale; au surplus, tous les deux partaient d'un faux point de vue en pre-

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nant le texte de la quatrième famille Kohler, rempli d'interpolations et d'anachronismes, pour le texte original. Enfin, un protestant suédois du nom de Wallin porta la question devant le public dans une véhémente dissertation intitulée: De sancta

Genovefa disquisitio historico-critico theologica, Wittenberg,

1723, in 4°. Pour Wallin, qui travaillait selon l'esprit des centuriateurs de Magdebourg et avec une rare absence de sérénité scientifique, l'auteur de la Vie était un faussaire du neuvième siècle qui l'avait inventée de toutes pièces, et il n'était pas même certain que sainte Geneviève eût jamais existé (si qua unquam fuit, p. 55). Wallin alléguait contre l'authenticité divers arguments dont quelques-uns ne laissent pas d'être spécieux, mais il était beaucoup plus faible dans la réfutation de ceux qu'on alléguait en sa faveur; c'est ainsi que, d'après lui, si l'auteur parle une langue manifestement mérovingienne, c'est une ruse de plus pour se donner un vernis d'antiquité. L'opinion de Wallin était d'ailleurs restée sans écho jusqu'à nos jours, et un seul érudit à ma connaissance, M. L. Loening, dans sa Geschichtedes deutsclien Kirchenrerhts, Strasbourg, 1878 (t. II, p. 6, noie) avait cru devoir, mais sans insister, lui contester le caractère de source historique pour l'époque mérovingienne. Le vrai débat ne commença en réalité que lorsqu'en 1893 M. B. Krusch se jeta dans Farène avec sa retentissante dissertation intitulée hardiment: Die Faelscliunr/ der VitaGenovef'ae, Neues Archiv:, i. Wlll. i

Reprenant la thèse de Wallin, que d'ailleurs il ne mentionnait pas (1), mais en s'appuyant sur une connaissance approfondie

(1) Dans la premièFe édition de ce livre, p. 600, j'avais cru pouvoir conclure de ce silence à l'endroit de son prédécesseur que M. Krusch ignorait le travail de Wallin. Depuis lors, M. Krusch a protesté contre cette hypothèse (S. R. M., \. III, p. 686) : il n'a pas ignoré l'écrit en question, dit-il, mais nd rem ea fere nihil facit, cum auctor doctissimus Carpentarii usus edilione recensionem falsam esse demonstraverit. Cette raison me paraît étrange ; quelle qu'ait été l'opinion de Wallin. trompé comme du Molinet et du Moulinet sur le texte original de la Vie. il est certain que ce n'est pas à une recension de celle-ci, mais à la vie ellemême qu'il s'est attaqué, et cela avec des arguments que M. Krusch n'a pas dédaigné de lui emprunter tacitement.

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des manuscrits, il concluait, comme le Suédois, que l'auteur est un audacieux faussaire, moine de sainte Geneviève. Ce moine aurait écrit vers 767, et aurait tiré toute Thistoirede sainte Geneviève de sa cervelle, en vue de créer à son abbaye des titres de possession sur certaines terres disputées par elle à l'église de Reims. Cette thèse si aventureuse, et dont la démonstration laisse tant à désirer, a rallié tout de suite M. Wattenbach, qui s'est empressé de qualifier le Vita Genovefœ d'impudente fiction, freche Faelschung (Voir Deutschlands Gescliichtsquellen im Mittelalter, 6« édition, t. 11, p. 498.) M. Krusch a trouvé un redoutable contradicteur dans Mgr Duchesne, qui réfute point par point l'argumentation du savant archiviste de Bresslau, et qui maintient avec énergie la date traditionnelle donnée par l'hagiographe lui-même (La vie de sainte Genevièoe est-elle authentique ? dans la Bibliothèque de i Ecole des Chartes ^ t. 54, 1893). M. Krusch lui a répondu assez faiblement dans une dissertation intitulée, plus modestement, cette fois : Dus Aller drr l'ila Genovefœ (Neues Archiv, t. XIX, 1894), où il maintient, d'ailleurs, toute ses positions. Deux années plus tard, dans la préface qu'il a mise en tète de son édition du Vita [Scriptores Rerum Mer ovin gicarum, t. III.), il rompait une nouvelle lance en faveur de sa thèse et ajoutait quelques arguments à ceux qu'il avait présentés en 1893, ce qui provoqua une courte réplique de Mgr Duchesne dans le Bulletin critique de 1897. Enfin, en 1898, M. Ch. Kohler à son tour entrait en lice avec une solide dissertation intitulée : La vie de sainte Geneviève est-elle (ipocryphe? [Revue historique, t. 67, 1898), où il battait en brèche la classification des manuscrits faite par M. Krusch et soutenait que le passage relatif à Saint-Denis, qui se trouve dans la recension considérée par M, Krusch comme Toriginal, était une interpolation. A la suite de cette longue discussion, le critique bollandien qui s'est constitué juge des coups, et dont les articles très judicieux ontreflété avec la plus grande sincérité Timpression mêlée que produisait Targumenlation des divers contradicteurs {Annlrctn Bolandiana, t. XII, p. 470 ; XIV, pp. 334-335; t. XVI, p. 87 a linalomenl abandonné

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M. Krusch (t. XVI, p. 368.), malgré la sympathie visible que lui inspirait la vigoureuse polémique du savant allemand (1). Moimême, s'il m'est permis de me citer, après un nouvel et consciencieux examen de la question, j'ai abandonné l'opinion mitoyenne que j'avais formulée dans V Histoire poétique des Mêrovigiens, p. 303, et dans l'appendice de la première édition du présent livre, p. 601. Loin de faire un pas de plus du côté de la thèse de M. Krusch, comme celui-ci Tespérait {S. R. M., III, p. 685), je me suis convaincu que mes raisons pour admettre un certain remaniement du Vitn au neuvième siècle étaient, en grande partie, écartées par la démonstration de Mgr Duchesne et de M. Kohier, et je vois contre la thèse de M. Krusch d'autres raisons que je me propose d'exposer prochainement.

Mais, de ce qu'il reste établi que la Vie a bien été écrite au sixième siècle, il ne s'ensuit nullement qu'elle mérite d'être crue sur parole dans toutes ses parties. Il est certain qu'écrivant, comme il le dit, dix-huit ans après la'mort d'une sainte qui en a vécu plus de quatre-vingts, et, de plus, ne la connaissant que par une tradition qui avait dû, sur plus d'un point, subir l'inlluence de l'enthousiasme populaire pour elle, il a pu introduire dans son récit des amplifications et des légendes, tout spéciaement dansl'histoire de Tenfance et de la jeunesse de son héroïne. Faire le départ de cet élément légendaire et du fond historique de la vie sera toujours un travail difficile, sinon impossible, en l'absence de presque tout moyen de contrôle, et on devra continuer de se servir des données du Vita avec une certaine réserve. C'est avec les mêmes restrictions qu'il faut signaler les principales vies modernes de la sainte, à savoir celle de Saintyves : Vie de sainte Geneviève, patronne de Paris et du royaume de France, Paris, 1846, qui reste la meilleure ; celle de

(1) Je serais reconnaissant à M. Krusch de ne pas me dénoncer outre- Rhin comme un ennemi de la science allemande parce que je lui donne, comme à d'autres de ses compatriotes, le double qualificatif de savant allemand, ainsi qu'il l'a fait dans le Neues Archiv, t. XX, p, 5H. Tous ses amis français lui diront que l'emploi d'une pareille expression n'implique nullement les noires intentions qu'il m'a attribuées.

MMWi

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1 abbé Vidien, Sainte Genecu've, patronne de Pans et son influence êur les destinées de la France, Paris, 1889 ; et celle de M. Tabbé Lesètre, Sainte Geneviève, Paris, 1900 (Collection Zes Saints), qui, toutes les deux, pèchent par Tinsuffisance de la critique.

Saint Fridolin, abbé de Saeckingen (G mars). — La vie de ce saint, écrite au dixième siècle par un moine de Saeckingen nommé Ballher, et dédiée à Notger de Saint-Gall, se trouve au tome I de mars des Bollandistes, au tome l de Mone, Quellensammlung der badisclien Landesgescliic/ite, Karlsiuhe, 1848, et au tome III des Scriptores Rerum Merovingicarum. D'après ceux-là, il s agirait de Notger le Bègue; d'après M. Krusch, de Notger à la Lèvre.

L'auteur raconte, h peu près à la manière de Hincmar dans sa vie de saint Rémi, qu'en rentrant d'un voyage de quatre ans à travers la France jusqu'aux confins de l'Espagne, il a trouvé cet écrit dans le monastère de Hélera, fondé autrefois par le saint sur la Moselle; l'exemplaire qui existait à Saeckingen même avait été, dit-il, détruit par les Normands, mais il était encore dans le souvenir de plus d'un moine de ce lieu : « Adhuc etiam supersunt multi, qui eumdem librum antequam ita, ceu dixi, perderetur, non solum viderunt sed saepius legerunt : sicque verum esse profitentur, veluti jam per me narratur. « o. c, p. i.3t, A. Il ajoute que, comme on ne voulut pas lui laisser emporter le volume, il l'apprit par cœur, en partie textuellement, et, rentré chez lui, le mit par écrit en se servant de sa seule mémoire. Ni ces détails, qui sentent le roman, ni la vie elle-même, ne peuvent nous empêcher do constater que nous sommes en présence d'une fiction.

Saint Germier de Toulouse (16 mai). — La vie de saint Germier est signalée comme ayant existé avant 1245 dans un passionnaire de l'abbaye de Lézat ; mais on ne la possède aujourd'hui que dans le manuscrit 477 de la bibliothèque

appendices

de Toulouse, qui est du commencement du quatorzième siècle. C'est d'après une copie défectueuse de ce texte que Papebroch l'avait publiée dans les Acta Sanctorum, t. lll de mai, p. 592. L'abbé Douais vient de la publier d'après le manuscrit 477 luimême dans le tome L des Mémoires de la Société des Anti- (juaires de France (1890). Les auteurs de Y Histoire générale du jMnqnedoc placent la composition de cette vie à la fin du onzième siècle, ce qui n'est pas de nature à lui faire accorder beaucoup de valeur. 11 est vrai qu'elle semble se référer à un écrit plus ancien ; car on y lit, p. 80, que saint Germier, passant la mer, vint à Toulouse accompagné seulement de deux jeunes clercs : quorum itnus Plncidius alter Preciosus vocabatur... quorum unus Preciosus sanctissimi confessons Germerii vitam vel actus longe post scripsisse peribetur. M. Douais croit même retrouver dans le texte qu'il publie des indices d'une rédaction mérovingienne antérieure, qui aurait été fondue dans Tactuelle ; j'avoue que je n'ai pas été aussi heureux que lui. Selon M. l'abbé Douais, dans VFxamen critique qu'il place en tète de la vie du saint, celui-ci serait devenu évèque de Toulouse en 507 ou au plus tard en 511, et son entrevue avec Glovis aurait eu lieu pendant la guerre d'Aquitaine, soit à l'aller, soit au retour de l'armée franque. M. Douais s'attache aussi à rendre probable la tradition relative à l'amitié de saint Germier et de saint Rémi de Reims. En revanche, Mgr Duchesne ne paraît pas sur que saint Germier ait jamalis existé, et, de fait, il ne l'accueille pas sur sa liste des évêques de Toulouse (Duchesne, les Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, Paris, 1894, p. 296, cf. Analerta Bollandianai t. X, p. 61.)

Saint Gildard ou Godard de Rouen (8 juin). — La vie de ce saint a été publiée dans les Analecta Bollandiana, t. VIÏI, pp. 393-402. Elle n'est pas antérieure au premier quart du dixième siècle, puisqu'il y est parlé de Rouen comme de la capitale des Normands {metropoUs Danorum, p. 397). Saint Gildard y est présenté comme un jumeau de saint Médard, mort

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le même jour el à la même heure ; bon nombre de faits de la vie de saint Médard par le pseudo-Fortunat sont purement et simplement racontés ici de saint Gildard. Cette substitution de personnages paraît devoir son origine à la coïncidence de la fête des deux saints au même jour du calendrier. La partie originale de la vie de Saint Gildard, c est un curieux passage où la conversion de Glovis est présentée comme le résultat de ses efforts et de ceux de son frère Médard : tous deux, étant du palais, auraient fréquemment exhorté le roi à se faire chrétien, et, unis à saint Rémi, ils auraient fini par le décider. Je reproduis ici tout le passage, qui est peu connu :

« His crebro cum rege Clodoveo ratiocinantibus et de futura vita vel ex perceptione regni cœlestis philosophantibus veta quoque assertione qucP sunt supernae patri» declarantibus patienter idem princeps aurem pnebebat divinis persuasionibus. Tandem tactus Spiritu sancto intrinsecus non solum monitis salutaribus consensit, sed etiam tirocinium christiana» militiae suscepit, ac non multo post, defuncto Remorum archiepiscopo, clamore populi et providentia Dei Remedius in cathedra pontificali levatur pra?sul.

» Eadem tempestate accidit etiam Veromandensium pontificem obisse et Rotomagensium metropolis Danorum archiprîesulem hominem exuisse. in quorum patriarchio et favore vulgi ac auctoritate régis divinique testimonio oraculi, du» ecclesiae statuuntur columnaB : Medardus Veromandensium, Gildardus vero Rotomagensium sedis consecranlur episcopi. Beatus itaque Remedius qui et Remigius non destitit cum beatissimo Medardo cœptum christianae fidei iter régi propalare, donec quirent sœpe dictum principem sacri fonte baptismatis perfundere. Quod et factum est. Nam in civitatem Remorum venientes in basilicasancti Pétri, quse nunc dicitur ad palatium, missas celebraverunt et ea quîe Dei sunt agentes, beatus. Remedius regem baptizavit, et de sacro fonte illum beatus Medardus suscepit. Persuasu denique patris, benevoleritia ac devotione regia nobilissimus filius vocabulo Clotha-

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rius ejusdem fidei suscepit sacramentum, et suae acceptionis sanctissimum patrem habere promeruit Medardum. » (0, c, p. 397.)

La grosse erreur qui consiste à mentionner dans la dernière phrase Clotaire, fils catholique de Clotilde, et qui peutêtre n'était pas encore né à l'époque du baptême de son père, donne la mesure qu'il convient d'attribuer à la Vie de saint Gildard.

Saint Hilaire de Poitiers (14 janvier). — La vie de ce saint, mort en 378, fut écrite au sixième siècle, à la demande de Tévêque Pascentius de Poitiers, par le célèbre Fortunat ; on la trouve dans l'édition des œuvres de cet auteur par Léo et Krusch, M. G. H., Aiictor. Antiquiss., t. IV. Elle est composée de deux parties : la biographie proprement dite, dont la paternité a été souvent contestée à Fortunat pour des raisons d'ailleurs insuffisantes, et les miracles du saint, que tout le monde s'accorde à reconnaître comme l'œuvre de cet auteur. C'est dans cette dernière partie que se trouve l'épisode du signal de feu qui, de la tour de Saint-Hilaire, vint briller sur la tente de Glovis. Écrit entre 565 et 575, d'après les traditions poitevines recueillies sur place, il a fort probablement été puisé à la même source que le récit de Grégoire de Tours, et cependant il s'en écarte considérablement. On connaît la version de Grégoire. Il est à remarquer que, d après Fortunat, le signal de feu fut donné au milieu de la nuit {média nocte meruit de basilica heali viri lumen super se venientem asjncere), et que Clovis fut averti de ne pas aller au combat avant d'avoir été prier sur le tombeau de ce saint [admonilus ut festinanter sed non sine venerabilis loci oratione adversum hostes confîictalurus desccnderet), enfin, que le saint fit entendre sa voix au roi franc {parum illi fuit pro solatio régis signum ostendere luminis, nisi aperte monitus addidisset et vocis). D'après cela, il faudrait admettre que Glovis était déjà maître de Poitiers II. 17

lorsqu il reçut le signe lumineux et quMl entendit la voix du saint : il ne pouvait pas aller prier dans la basilique si Poitiers n^était à lui, et le mot dcsa-nderet indique bien qu'il occupait la ville, il faudrait admettre encore que la bataille ne s'est pas livire a Vouillr, mais au sud de Poitiers ; car comment supposer que le roi franc eût pu s'emparer de la ville sans couj) férir, si Marie avait été campé dans le voisinage pour la protéger? 11 faudrait donc modifier singulièrement notre récit de la bataille de Vouillé, si Ton pouvait croire que Fortunat est Técho fidèle de la tradition poitevine. Mais (irégoire de Tours lui-même, par la manière dont il la rapi)orte, semble n'avoir pas cru aux détails donnés par Forlunat. Et, de fait, ces derniers sont contradictoires : le signe lumineux devient absolument inutile, si la ville do Poitiers et la basilique de Saint-llilaire sont aux mains de Clovis ; à plus forte raison la voix surnaturelle. Aperçu de loin, et venant d'un poste encore aux mains de l'ennemi, le signe lumineux a toute sa valeur. Nous sommes donc obligé de croire que la version de Grégoire est la seule admissible, et tout ce qui se trouve en plus dans Fortunat est une superfélalion oiseuse.

Saint Jean de Héomé (28 janvier). — La vie de saint Jean de Réomé fut écrite vers 051) par l'abbé Jonas de Bobbio, pendant le court séjour qu il fit au monastère de Moutier-Saint- Jean fondé par ce saint dans les environs de Semur (Coted^Or). Nous n'en avons possédé longtemps qu'un remaniement du neuvième siècle, publié par Mabillon {Actn Sanriornm 0. S. fi. 1. 1), et un second remaniement plus développé ([ui a été publié d'abord par Uoverius (/^'omaMs seu historia monnsleri't sanctiJoannis /{lunnaensis, Paris, 1037), et ensuite par les Bollandistes (Acta Sanctorum, t. 11 de février). Le texte original a été retrouvé de nos jours par Krusch et publié par lui dans Mittheilungen des fnslituts fur œsterreichischc Geschirhlsforschung, t. XIV). Les principales questions relatives à cet écrit ont été savamment élucidées par Stoeber dans Sitzunffsberichte

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der phiL hist. Classe der K, Akademie der Wissenschaften^ Vienne, 1885, et par Krusch en tète du texte publié par lui.

Saint Léonard, solitaire en Limousin. — La vie de saint Léonard a été publiée pour la première fois par M. le chanome Arbellot ( F/r' (/e saini Liumard, solitaire en Limousin, Paris, 180;j, pp. 277-28Î)); elle vient d'être rééditée dans .S. It. J/., t. 111. Cet ouvrage, que l'éditeur voudrait faire remonter jusqu'au huitième siècle tout au moins, ne semble pas antérieur au onzième [Ilisioirc lilicraire de France^ t. VIll). A cette date, l'évéque Jourdain de Limoges ne la connaisssait pas encore,. puis([u'il demandait à Fulbert de Chartres de lui procurer une biographie de son saint : « Jordanus etiam, Lemovicensis episcopus, cui olim sufl'ragium praîstiti apud archiepiscopum Bituricensem, piurima te sainte impertiens, rogat suppliciter ut mittas ei vitam sancli Leonardi, in episcopatu suo quiescentis ut aiunt; sicubi reperire poteris, pulchre dicas hoc foneratum esse [Palrol, lai., t. CXLI, col. 275, cité par M. le chanoine Arbellot, o. c, p., 2 il). Ce passage n'est susceptible que d'une seule interprétation, celle que lui ont donnée les auteurs de ÏUlslolre iUUraire de France., en concluant qu'il n existait pas de vie de saint Léonard à la connaissance de Jourdain, et qu'il désirait ardemment qu'on en découvrît une. Comment le vénérable éditeur de la vie a-t-il pu traiter iVrlrant/e méprise cette interprétation et écrire : « Sans doute,, elle (la vie de saint Léonard) ne se trouvait pas dans la bibliothèque de l'évéque de Limoges, mais si elle n'eût existé nulle autre part, Jourdain l'eût- il fait demander à Tévêque de Chartres? » L'erreur est manifeste. Au surplus, Touvrage, conservé dans plusieurs manuscrits du onzième et du douzième siècle, est à peu près entièrement fabuleux, et on ne doit rien croire des prétendues relations du saint avec Clovis. M. le chanoine Arbellot montre lui-même (o. c, pp 259 et suivantes) qu'il ne peut pas être question de ce roi, bien qu'il se refuse à reconnaître le caractère légendaire de l'épisode.

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Saint Maixent (26 juin). — La rédaction primitive de la vie de ce saint, connue et utilisée par Grégoire de Tours (v. ci-dessus p. 237), a été remplacée de bonne heure par deux recensions plus modernes. La première se trouve dans Mabillon {ActaSajictorumO.S. B., t I), la seconde dans les Bollandistes {Acta Sanctorum, t. V de juin). Cette dernière contient des indices de postériorité qui ne permettent pas de la faire remonter au delà du commencement du septième siècle. L'autre n'est guère plus ancienne, car elle a en commun avec la précédente l'amplification légendaire qui introduit Clovis lui-même dans l'épisode du soldat pillard, et le fait tomber aux genoux du saint. Sur la modernité de ces recensions, voir mon étude sur les Sources de l'histoire de Chois dans Grégoire de Tours,

Saint Melaine (6 janvier). —Nous possédons actuellement la viedesaint Melaine en trois recensions. L'une se trouve dans les Acta Sanctorum des Bollandistes, t. I de janvier; une autre a été publiée par les Bollandistes dans le t. 1 du Cataloguscodicum hagiographicorum bibliothecœ nationalis Pari^j'e/?sis, p. 71, et en partie dans les Scriptores Rerum Merovingicartiw, t. III, la troisième entin dans le t. II dxiCalalogus, p. 531.

C'est cette dernière qui parait aux Bollandistes modernes la plus ancienne, tandis que M. Lippert {Zur Vita Melanii dans Neues Archiv, t. XIV, 1889) et M. Krusch, S. IL M., t. III, p. 370) ont prouvé, d'une manière selon moi irréfutable, que c'est la première qui est la plus ancienne. Contrairement à BoUandus, qui regarde la vie comme contemporaine, et qui est suivi par dom Rivet (Histoire littéraire de la France t. III) et par dom Plaine {Étude comparative des trois anciennes Vies de saint Melaine dans Mevue historique de l'Ouest, t. V et VIII ; cf. Analecta Bollandiana, t. XIII, p. 179) les deux érudits allemands Fendent vraisemblable qu elle est du neuvième siècle, et antérieure à la translation desreliques du saint à Bourges en 853, mais postérieureà rAûîno/a<io (fe %no«^/s, qui est elle-même

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du huitième ou du neuvième siècle et qui a servi de source à la Vie.

Saint Mesmin, abbé de Micy (15 décembre). — Nous possédons deux Vies de saint Mesmin de Micy. La première existe dans des manuscrits du dixième siècle, et a été copiée au onzième par Hugues de Flavigny. Mabillon, qui Ta publiée dans les Acta Sanctorum 0, S. B., t. I, la croit du septième siècle. Nous en possédons une rédaction assez différente, dont la partie substantielle a été publiée par les Bollandistes, dans le Catalogus codicum hagiographicorum hibl. nat. Paris., t. I, pp. 300-303, d après un manuscrit du onzième siècle. Bien que cette Vie ait déjà un caractère assez légendaire, elle paraît cependant reposer sur un fond historique solide, et avoir connu un diplôme de fondation de Fabbaye, émis par Clovis. La seconde a pour auteur Bertold, moine de Micy, et est dédiée à l'évèque Jonas d Orléans ( 1843). Il y aurait lieu d'examiner les rapports qu il y a entre ces deux documents, jusqu'à présent fort peu étudiés, et dont le premier mérite une sérieuse attention.

Saint Paterne, évoque de Vannes (15 avril). — Sa vie se trouve dans les Acta Sanctorum des Bollandistes, tome II d'avril. C'est un écrit du quatorzième siècle, dû au moine Jean de Tynemouth, rempli de fables, et qui identifie de la manière la plus bizarre ce saint d'Armorique avec un saint gallois du même nom, vénéré dans le Cardiganshire. Le saint Paterne historique fut ordonné évêque de Vannes vers 465 ; on ne sait pas la date de sa mort, mais au concile d'Orléans, en 511, son successeur était Modestus. Au reste, le premier document qui le mette en rapport avec Clovis est un sermon prêché au douzième siècle à Vannes et contenant une description des reliques de l'église de cette ville; un fragment de ce document a été publié par M. A. de la Borderie dans Saint Paterne, premier évêque de Vannes, Vannes 1893, et dans l'Histoire de Bretagne,

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t. I, p. 331. Contre ce rapprochement, voyez Mgr Duchesne, Saint Paterne (Revue Celtique, (1893) et Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule t. II (1900), p. 371.

Saint Rémi, évoque de Reims (1«' octobre). — Nous savons qu'il existait du temps de saint Grégoire de Tours une Vie de saint Rémi, dans laquelle, selon toute apparence, le chroniqueur franc avait puisé une bonne partie de ses renseignements sur Clovis. (V. ci-dessus p. 236.) Cette Vie, malheureusement, disparut de bonne heure, et tut remplacée vers le commencement du huitième siècle, si je ne me trompe, par un écrit qui laissaitde côté le rôle public du saint pour ne le faire connaître que comme thaumaturge [Acta Sanctorum des Bollandistes, t.'l d'octobre; Ghesquière, Acta Sanctorum Belgii, 1. 1 ; M. G, H., Auctores Antiquissimi, t. IV, édition de Krusch dans les œuvres de Fortunat). Cette Vie, que Hincmar attribue par erreur à Fortunat, trahit sa basse époque par sa destination exclusivement liturgique et par son ignorance de la biographie du saint, et elle est presque entièrement dépourvue de valeur historique ; aussi est-on étonné de voir un critique du mérite de M. Krusch s'obstiner à Tidentifier avec le Vita Remigii lu par Grégoire de Tours. Revenant sur la question pour répondre aux objections que je lui ai présentées en 1888, M. Krusch ne trouve à m'opposer que de gros mots au lieu de bonnes raisons, et se voit finalement obligé, par la logique de son erreur et par Timpossibilité où il s'est mis d'expliquer Torigine du récit de Grégoire sur la conversion de Clovis, dUmaginer que le tout est une invention de Grégoire lui-même. (\. Nettes Arcliiv, t. XX, 1895, et mon élude SUT Les Sources de V histoire de Clovis dans Grégoire de' Tours, avec les auteurs qui y sont cités). Cette conclusion s'impose, étant donné le point de vue défendu par M. Krusch, mais elle en démontre aussi la foncière défectuosité. Aucun critique au courant des choses mérovingiennes n'admettra que Grégoire ait tiré de sa seule imaginatioti des tableaux comme celui du

baptême de Clovis. Et j'imagine que l'identification de l'œuvre dupseudo-FortunataveclaVie primitive de saint Rémi rencontrera peu de partisans. Hincmar nous dit d'ailleurs qu'elles étaient distinctes, et ce n'est pas écarter son témoignage que dédire qu'il est un faussaire, et d'alléguer qu'il nous raconte sur ce vieil écrit un vrai roman. Même en accordant ces deux points à M. Kruscti, il n'en restera pas moins établi que Hincmar était convaincu de la non-identité des deux textes. Nous le voyons qui cherche à se procurer l'ancienne Vie et qui écrit au roi Louis pour s'en informer (V. Flodoard dans M. G. H. XIII, pp. 511, 512); sa sincérité sous ce rapport ne fait donc pas de doute, et, s'il en est ainsi, il devient bien difficile de contester la valeur de son témoignage. Et' sur quoi se fonderait-on aujourd'hui pour se croire autorisé à prétendre que Hincmar se trompait et que la Vie qui était l'objet de ses recherches n'avait jamais existé ?

On comprend que, la vie primitive ayant disparu et l'œuvre du pseudo-Fortunat n'ayant aucune valeur, Hincmar se soit préoccupé de fournir au public une biographie plus sérieuse de l'apôtre des Francs. H composa donc, vers 878, l'écrit que nous possédons sous son nom. ( V. Acta Sanctorum des Bollandistes, t. I. d'octobre et S. R. M., t. HI (édition de Krusch, qui donne un texte plus complet.)

C'est un ouvrage composé selon les procédés compilaloires de l'érudition d'alors, et prenant pour principe cette parole de Beda que « la vraie loi de Vhistoire, c'est de mettre simplement par écrit, j^our l'instruction de la postérité, ce que Von a recueilli sous la dictée de la voix publique. ( Vita S, Remigii prœf. p. 253, d'après Beda le Vénérable, Hist. eccl. Angl.,prse.f.) Les sources principales sont le Vita du pseudo-Fortunat et le Liber Historiœ, qu'il cite sous le nom de Historiœ (c. 11) et auquel il renvoie ailleurs par ces mots : Sicut lector in suo locopluries légère potest, (Vita. 8. Remigii dans A A. SS. IV, 53, et dans Krusch S.R.M. m, p. 293.) Il dit également avoir possédé quelques feuillets, en fort mauvais état, de la vie du sixième siècle, et il raconte au sujet de cet ouvrage une historiette qui a tout l'air,

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à première vue, d'un de ces lieux communs, chers aux romanciers et aux poètes du moyen âge. Par contre, il ne parait pas avoir connu Grégoire de Tours ni Frédégaire, puisqu'il ne leur emprunte rien de ce qu'ils ont en plus que le Liber Historiœ^ et qu'il suit pas à pas ce dernier (1). Outre les renseignements puisés dans ces sources écrites, Hincmar a mis en œuvre bon nombre de traditions orales, les unes ecclésiastiques, les autres populaires, qui présentent un vif intérêt pour la connaissance du milieu où elles se racontaient. Enfin, ne résistant pas à Tenvie d'exagérer Fimportance de Rémi et aussi celle du siège de Reims, Hincmar a introduit son héros dans tous les épisodes de la vie de Clovis et lui a fait honneur de toutes ses œuvres. Il serait très intéressant de faire le départ de ces trois catégories de renseignements, et d'établir, par une étude critique sur les sources du Vita Remigiij comment procédait Térudition du neuvième siècle pour reconstituer Thistoire d'un passé lointain. Dès maintenant, toutefois, on est fixé sur le degré d'historicité de l'ouvrage, et l'on ne souscrira plus au jugement de Dubos, disant qu' « on doit regarder la vie de saint Rémi, compilée par Hincmar, plutôt comme un monument du sixième siècle que comme une production du neuvième, puisque son

(1) M. Krusch S. R. M., ni, p. 240, croit que Hincmar a connu Grégoire de Tours et Frédégaire, mais reconnaît qu'il les a peu utilisés : Neque vero ex ipsis deprompsit nisi pauca verba. Et il cite Grégoire H. F. ii, 27 et 31, et Frédégaire, II, 58, III, 16, 21 dont on retrouverait trace dans le Vita Remigii, ce. 11, 15, 14. Je ne puis me le persuader. En ce qui concerne Grégoire, les deux passages où la coïncidence verbale du Vita Remigii est un peu plus grande avec Grégoire qu avec sa source ordinaire, qui est le Liber Historise, ils prouvent peut-être que Hincmar avait sous les yeux une meilleure recension de ce dernier ouvrage que celle que nous avons conservée. Quant à Frédégaire, que Hincmar suit pour le nom de l'évêque qui est le héros du vase de Soissons, et aussi pour la date du baptême de Clovis, qu'il place à Pâques et non à Noël comme Grégoire, le doute serait plus plausible ; cependant il n'est pas prouvé que Hincmar n'ait pas trouvé ce double renseignement ailleurs, et que le premier, notamment, ne lui avait pu être fourni par des écrits de sa propre église. Par contre, si Hincmar avait connu Grégoire, ne lui aurait-il pas emprunté sa comparaison de saint Rémi avec saint Silvestre, si flatteuse pour son héros, et n'aurait-il pas reproduit, d'après lui, la lettre du saint à Clovis, pour le consoler de la mort de sa sœur ?

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auteur s'est servi pour le composer d'un ouvrage écrit dès le sixième siècle, etc. » (Histoire critique de Vélahlissement de la monarchie française dans la Gaule, livre HI, ch. i9j. D autre part, traiter tout bonnement Hincmar de faussaire, et placer la Vie de saint Rémi dans les documents apocryphes, comme ^ font M. Krusch et à sa suite Wattenbach [Deutschlands Ge- > schichtsquellen, 6« édition, Berlin 1894, t. II, p. 494), c'est une injustice manifeste, et qui ne peut s'expliquer que par la plus étrange prévention.

Les vies modernes de saint Rémi, parmi lesquelles nous ne signalerons que celle de M. l'abbé Haudecœur : Saint Remy évêque de Reims, apôtre des Francs, Reims, 1896, pèchent toutes par la même répugnance que montrent leurs auteurs à débarrasser une bonne fois sa biographie de la végétation légendaire et fabuleuse qui en défigure le caractère. On trouvera l'énumération de tous ces écrits, jusqua 1890, dans l'excellent opuscule de M. H. Jadart : Bibliographie des ouvrages concernant la vie et le culte de saint Rémi {Travaux deVAcademie nationale de Reims, t. LXXXVII, 1891), et on lira aussi avec fruit, du même auteur, La Vie de saint Rémi dans la poésie populaire. (Même recueil, t. XGVII, 1895.)

Saint Rieul de Senlis (30 mars). — Les Bollandistes publient sa vie dans leur tome III de mars, et en deux textes. Le plus court, qui est aussi le plus ancien, ne contient pas l'épisode où il est question de Clovis. Les Bollandistes les regardent l'un et l'autre comme étant du dixième ou du onzième siècle. Le livre de Jaulnay, le Parfait prélat, contient un troisième texte, qui se retrouve aussi dans le manuscrit 5295 de la Bibliothèque nationale de Paris, du onzième siècle, et qui n'est qu'une paraphrase du deuxième des Bollandistes. On y lit ce passage :

« Venerabilis Deoque amabilis Coelestinus ex nobili Hibernorum provincia exortus, divinâ inspiratione spiritaliter die-

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tare conatus esse [eam vitam dicitur] ob gloriosissimi régis jussionem Chlodovei, qui sanctorum confessorum Christi Remjgii et Vedasti exhortatione piaque prsedicatione baptizalus et ad Dei fidèle servitium est conversus. Ille enim cum desiderio fuisset excitatus, aliquid particulatim de prîefati sanctissimi confessons reliquiis accipere, Deo révélante, super sarcophagum ejus duabus tabulis lapideis vitam ej us inscriptam invenit, et ad agnitionem omnium infamari prsecepit. »

Il est inutile de dire que cet Irlandais Goelestinus ne se trouve nulle part.

Saint Sacerdos de Limoges (5 mai). — Sa Vie a été publiée par les Bollandistes dans le tome II de mai. Elle fut écrite au douzième siècle par Hugues de Fleury, qui dit s'être servi d'une biographie antérieure du même saint. On voit par l'épisode même où il est mis en relation avec Clovis, comme aussi pjir le recueil des notes prises par Hugues de Fleury pour la composition de son travail, que le saint, dans la pensée de l'hagiographe, appartient bien au sixième siècle. Sur cette question de la date, il faut lire l'article de M. Couderc, dans Bibliothèque de V École des Chartes, t. LIV (1893), pp. 468 et suivantes.

Saint Séverin, abbé de Saint-Maurice-en- Valais (11 février). Sa vie a été publiée dans les Acta Sanctorum des Bollandistes au tome III de février et dans les S. R. M., t. III. — Le tombeau de saint Séverin était, dès le septième siècle, l'objet d'un culte religieux à Ghàteau-Landon, et l'on voit par la Vie de saint Éloi (i, 32) que celui-ci fabriqua la châsse de ce saint. Déjà le martyrologe d' Usuard et une recension de celui de Bède lui attribuent la guérison de Clovis : Eodem die Castro nantonensi sancti Severini abbatis monasterii agaunensis : cujus precibus cullor Dei rex Flodovœus a diutinâ infirmitate sud liberatus est.

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La Vie de saint Séverin fut composée, au dire du prologue, sur l'ordre de l'archevêque Magnus de Sens (801-818), d'après un écrit antérieur qu'elle attribue à un prêtre Faustus. « Sacram sane libelli seriem, quam Faustus presbiter discipulus sancti Severini abbatis de ejus vita vel actibus post ipsius ediderat obitum transcribentes, jubente etiam venerabili viro Magno merito in nomine urbis senonicai antistite, vitia scriptoris corrigere curantes, commodum duximus secundum ingenioli nostri capacitatem ejusdem historia3 textum aliquanto clariore propagare sermone. » (0. c, p. 547 E.) Cette Vie toutefois ne contient pas autre chose que le récit du voyage de saint Séverin pour aller guérir Clovis, et de sa mort àChâteau-Landon, avec l'épisode de la guérison miraculeuse de l'évêque deNevers. n n'entre pas dans ma pensée d'accepter ce document sans contrôle, mais les motifs allégués contre son authenticité par M. Krusch ne suffisent pas pour lui permettre de traiter l'auteur de faussaire. {La falsification des Vies de saints burg ondes, dans les Mélanges Julien Havet, p. 41-56, et S. It. M., t. UI, p. 166. (Cf. Giry, La Vie de saint Maur du Pseudo-Faustus. — Biblioth. de V École des Chartes, 57, 1896.)

Saint Solein de Chartres (25 septembre). — Un résumé substantiel de la légende de saint Solein, contenant l'histoire de ses relations avec Clovis et de la part prépondérante qu'il prit à sa conversion et à son baptême, se trouve déjà, au neuvième siècle, dans le martyrologe de Raban-Maur.

D'autre part nous possédons une vie de ce saint que les Bollandistes tiennent pour fort ancienne, et dont le style rappelle à M. Krusch celui de Fortunat. Cette vie, que dans la première édition de ce livre je prenais à tort pour une amplification du douzième ou du treizième siècle, et que l'on trouve déjà dans un manuscrit du dixième (Bibliothèque royale de Bruxelles, n« 7984), vient d'être l'objet d'une édition critique par M. W. Levison [Zur Geschichte des Frankenkœnigs Chlodowech, dans Bonner Jahrbûcher, t. CHI) ; il faudrait en reculer la composi-

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lion jusqu'au delà du neuvième siècle s'il était prouvé, comme Fadmet cet éditeur, que la notice de ce saint qui se trouve dans le martyrologe de Raban-Maur est le résumé de la Vie. Dans tous les cas,rhistoricitédes renseignements fournis par la Vie est très sujette à caution ; la personnalité du saint, toutefois, est acquise àThistoire, car Grégoire de Tours a vu sa tombe miraculeuse à Maillé. {Gloria confess., c. 21.) Je ne sais ce qu'il faut penser de la notice donnée par un manuscrit du quatorzième siècle, d'après lequel, en faisant Télévation de ses reliques, on aurait trouvé une inscription avec ces mots : Hic requiescit Sollempnim cpiscopus, Clodovei régis tempore cum eo hue veniens hic sepuUus.

Saint Vaast, évéque d'Arras (G février). — M. Krusch arendu un grand service aux études mérovingiennes en fournissant la preuve {Mittheilungen des Instituts fur œsterreichische Geschichtsforschung, t. XIV) que la vie de ce saint qu'on trouve dans les Acta Sanctorum des Bolkuidistes au t. I de février et dans les S. li. M. t. lll, a pour auteur Tabbé Jonas de Bobbio, qui la composa pendant son séjour à Tabbayede Saint- Amand, vers le milieu du septième siècle. Aux nombreux arguments internes invoqués par M. Krusch à l'appui de sa thèse, je crois en devoir ajouter un. L'une des particularités caractéristiques du style de Jonas, c'est l'expression inter incendia suivie d'un déterminatif et prise dans un sens ligure : ainsi intrr flngrantis ignis incendia i^Vita Columbani, c. 58; ; inter pœnw incendia (V.Eustasii, c. 18); inter pœnas incendiifV, Attalx, c. 2, 6); inter pœnas incendii {V. nertulfi, c. 15). Or cette expression reparaît aussi dans le Vita Vedastis, c. 1 : inter incendia hellorum. Je n'ai pas souvenance d'avoir jamais trouvé cette expression ailleurs que dans les passages cités.

M.Kruschaprouvéaussique la source de Jonas, dansl'histoire de la bataille contre les Alamans, a été soitGrégoire de Tours luimême, soit sa source. Il aurait dû marquer cependantd'une manière plus nette que l'épisode de la guér ison de l'aveugle de Rilly-

aux-Oies par saintVaastrepose apparemment sur une antique tradition locale, comme l'a démontré récemment, d'une manière à mon sens concluante, le R. P. Jubaru dans son article intitulé : Clovis a-t-il été baptisé à Reims ? {Études religieuses, etc., t. LXVll, 199G.) Il eût dû aussi convenir qu'il en est de même de la mention de Reims comme lieu du baptême, au lieu de prétendre, sur la foi d'une lettre de saint Nizier de Trêves mal interprétée (cf. ci-dessus, p. 324, note 2), qu'il faut absolument renoncer au baptême à Reims, qui serait dans la Vie de saint Vaast et dans Frédôgaire, m, 21, le résultat d'une interprétation vicieuse du texte de Grégoire. Tout en accordant à M. Krusch que la Vie de saint Vaast cesse de pouvoir être mise en balance avec Grégoire de Tours pour l'épisode principal qu'elle raconte, nous continuerons de lui attribuer la valeur d'une tradition très ancienne sur un saint dont l'histoire est étroitement unie à celle de Clovis, et nous repoussons avec la plus grande énergie les étranges conclusions par lesquelles M. Krusch compromet la valeur de sa propre découverte.

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