EUDOMIRE, CLOVIS, CÉSAIRE, HERMAN
Romains, Fiiancs et Gaulois.
CÉSAIRE
Quelque douleur qu’excite en mon âme attendrie L'aspect des conquérans de ma triste patrie ,
Il m’est doux aujourd'hui de reposer les yeux Sur un roi, digne au moins de la faveur des cieux ,
Et qui , sachant unir la clémence au courage.
Du règne des Trajans nous olïre quelque image. Heureux , si la fortune eût remis dans vos mains Les peuples d’Italie et surtout les Romains !
Mais sous un joug de fer l’Italie est courbée ,
Sous d’obscurs conquérans Rome , bêlas ! est tombée; Et celle qui jadis fit le destin des rois ,
Dans ses adversités porte envie aux Gaulois.
Que dis-je ! l’étranger à qui Rome est soumise,
En a pris le génie après l’avoir conquise.
Déjà même , oubliant ce qu’il peut nous devoir ,
Il voudrait à Zenon égaler son pouvoir ;
Et si notre faiblesse eût souffert ce partage ,
Vous l’auriez vu déjà revendiquer l’hommage Des rois de l’Occident , que ce nouveau César
CLOVIS
Voudrait voir à ses pieds et traîner à son char.
Zenon n’a point voulu qu’on vous fît cette offense. Votre gloire , seigneur , vous protège à By zance ;
El tel est à ses yeux l’éclat de vos exploits ,
Que s’alliant à vous , et rangeant sous vos lois Tout ce qui reste ici de milices romaines ,
Zenon vous a placé parmi ses capitaines.
Contre Théodoric marchez donc avec nous-, Confondez sou orgueil et prévenez ses coups.
Devenez des Romains le vengeur et l’idole ,
La pourpre des consuls vous suit au Capitole.
CLOVIS
Ces honneurs , j’en conviens , sont faits pour me tenter $ Mais Clovis à ce prix ne les peut accepter.
Que dans Rome à son gré Théodoric commande ;
Au titre de César que sa fierté prétende;
Qu’au brait de ses projets réveillant les Romains , D’une Rome nouvelle il rêve les destins ;
Que , dégradant le trône où le ciel les fit naître , Vingt rois au Capitole aillent le reconnaître ;
De l’hommage des Francs il pourra se passer ,
Et sait trop qui je suis pour jamais y penser.
Mais je croirais trahir l’honneur du diadème,
Et donner à César quelques droits sur moi-mème,
Si contre mes pareils j’allais vous soutenir ,
Et reconnaître en vous le droit de les punir.
Ce n’est point pour servir que j’ai ceint la couronne. Je me fais rendre hommage et 11’en dois à personne.
Je sais que dans Byzance on tient d’autres discours ,
Et , s’il faut avec vous m’expliquer sans détours ,
Tous ces titres d’honneur que Zenon nous dispense , Tendent à nous marquer du sceau de sa puissance.