ACTE Iî, SCÈNE III. a
Donnezaux Francs des mœurs plus dignes de leurgloire. Instruits par les Romains dans l’art de la victoire ,
Les Francs, dans les combats, ne trouvent plus d’égaux ; Donnez-leur des vertus que n’ont point leurs rivaux.
CLOVIS
Dès qu'un peuple est soumis , ma colère s’arrête.
A l’égal de mes Francs j’ordonne qu’on le traite;
Mais les chefs sont à craindre, et je tiens de Brennus Que la loi de la Gaule est : Malheur aux vaincus !
EUDOMIRE.
Eh bien ! connaissez donc mon âme toute entière. Celui que va frapper votre main meurtrière Est l’objet adoré de mes plus tendre vœux.
CLOVIS
Vous l’aimez P
EUDOMIRE.
Et sou cœur brûle des mêmes feux.
N’en redoutez jamais d’entreprise funeste.
De ses droits à vos pieds il dépose le reste ;
Et jamais vos sujets, vos plus fermes soutiens,
IS’ont fait pour vous des vœux plus ardensque les siens. Que dis-je ! il n’est plus temps de consommer le crime. On ne peut plus dans l’ombre égorger la victime.
Le fils d'Egidius s’est montré près de moi.
Libre, tranquille, heureux et comptant sur ma foi. Bysauce le protège : elle sait qu’il respire ; #
Aux yeux de l’univers ordonnez qu’il expire.
CLOVIS
Suis-je Clovis , grands dieux ? C’est la première fois Qu’on ose impunément se jouer de mes lois.
L est peu; loin d’abjurer sa désobéissance,
26 CLOVIS
On se fait de ses torts des droits à ma clémence ;
On me brave ; on m’expose ; et j’hésite à punir !
EODOMÏRE.
Je vous sers ; je vous aime 5 et ne puis vous trahir. Ces nœuds à votre gloire ont-ils rien de contraire P Qu’est-il de plus utile à l’état, à mon frère,
Que le chef des vaincus , loin de vous traverser , S’en vienne au second rang près de vous se placer ; Abjure entre vos mains ses droits et sa vengeance , Et serve enfin d’exemple à leur obéissance ?
Plus on l’aime , seigneur , plus sa soumission Doit'ètre un sûr obstacle à la rébellion.
L’amour qu’on a pour lui devient votre partage.
Les -Gaulois sont vaincus ; cet hymen les engage.
Sa mort vous déshonore et les doit irriter.
Acceptez son hommage; ils viendront l’imiter.
Le zèle qu’ilfait voir ne peut être sincère.
Jamais dans son vainqueur il ne verrait un frère. Ce sont-là des affronts qu’on ne peut oublier.
Laissez-moi.
SYAGRIUS, dans la coulisse.
EUDOMIRE.
Pieux ! c’est lui !
cLavis.
Qui donc ?