CLOVIS
Alors que dans mes fers la victoire les livre.
Ouvrez les yeux, ma sœur, et voyez mes dangers.
Je ne vous parle point de ces rois étrangers ,
Dont la Gaule s’indigne , et de qui ma prudence Doit pour ma sûreté prévenir l’alliance;
Mais ces rois de mon sang, qui , sourdement ingrats, M’auraient déjà trahi s’ils ne me craignaient pas ;
Ces Gaulois, dont l’orgueil , le culte opiniâtre Ne voit encore en moi qu’un barbare idolâtre,
Que la victoire à peine attache à mes destins ,
Que cinq cents ans de gloire attachaient aux Romains, Qu’enhardit la bonté, qu’aigrit la tyrannie,
Et qui des factions conservent le génie ;
Ces Francs mêmes si fiers , si jaloux de leurs droits , Qu’irrite à chaque instant l’autonté des rois,
Je n’ai point oublié qu’ils ont chassé mon père ;
Qu’en un riche pillage un soldat téméraire ,
Arrachant de mes mains un vase précieux,
D uu coup de hache osa le briser à mes yeux.
Princesse, croyez-moi, ma tâche est difficile;
Le temps est encor loin , où , vainqueur et tranquille , Clovis pourra goûter le fruit de ses travaux;
Et je ne puis régner qu’en perdant mes rivaux.
EUDOMIRE.
Non , cette politique est injuste et barbare;
Laissez au roi des Huns , au Vandale, au Bulgare, Leur féroce vengeance et leurs sanglans lauriers.
C’est la loi des brigands et non pas des guerriers.
Si des peuples contr’eux elle excite la haine,
Présentez aux vaincus une loi plus humaine.
Faites-leur espérer un conquérant plus doux;
Que du sein de leurs fers ils soupirent pour vous.