SCÈNE VI
SYAGRIUS, SINORIX.
Porte-lui de ces nœuds la nouvelle imprévue.
Je l’avoue à regret , je redoute sa vue.
11 condamne un amour que je ne puis dompter.
Il me trouble , il m’impose , et je dois leviter.
SINORIX.
Il aime votre gloire et voudrait vous la rendre.
SYAGRIUS
Des Gaulois asservis que pouvons-nous attendre î Us m’ont vu dans les fers et faiblement gardé , Traverser le pays où gavais commandé.
Qu ont-ils fait pour ma gloire? Ont-ils repris les armes? Je n’ai rien obtenu que des vœux et des larmes.
SINORIX.
Ils s’armaient aujourd’hui pour briser vos liens.
SYAGRIUS
Leurs vœux sont accomplis ; reporte-leur les miens. SINORIX.
Il n’est plus temps , seigneur.
SYAGRIUS
Que prétend votre zèle?
SINORIX.
Us seraient morts pour vous, mourez pour leur querelle.
CLÔV W, • •
S Y AG R IUS.
Insensés ! . < ,•
SINORIX.
Vos périls n'ont fait que rapprocher Des cœurs , dont les ennuis brûlaient de s’épancher. Tous ont avec la peur dépouillé la contrainte -,
Aux plaintes qu’on leur fait ajoutent quelque plainte ; Racontent leurs malheurs, enflamment leurs amis De leurs ressentimens trop long-temps endormis :
Et la haine de tous croissant de tant de haines ,
Ils demandent vengeance en agitant leurs chaînes.
« Montrons-nous , disent-üs , les fils de ces Gaulois ,
» Dont l’Europe et l'Asie admiraient les exploits.
» Leur nom fleurit encore en Grèce en Ibérie ;
» Des plus riches cités qu’enferme l’Insubrie ,
» Leur fer victorieux creusa les fondemens •,
» Et leur gloire a partout laissé des monumens.
» Rappelons ces héros par qui fut mis en cendre » Le trône redoutable où naquit Alexandre ,
» Qui , sur le mont sacré bravant Rome et ses dieux , » Soutinrent de Brennus le glaive injurieux.
» 11 fallut que César naquît pour les abattre ;
» Il fallut que neuf ans César vint les combattre.
» Us n’ont reçu de fers que de ce grand pouvoir » De qui Rome eîle-mème en devait recevoir. »
Ces mots ont réveillé leur antique vaillance,
L’amour de la patrie et de l'indépendance $
Et Clovis à leurs yeux n’est qu’un usurpateur,
Un barbare étranger qu’a proscrit leur fureur.
SYAGRtUS.
La vôtre les égare et leur ouvre un abîme.
Métis leur crédulité n’en sera point victime \
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