scène vu
SYAGRIUS, CLODÉR1C , SINORIX.
CLODÉRIC.
C’est donc toi qui , brûlant d’une flamme insolente'. Oses à Clodéric disputer une amante. v
SYAGRIUS
Oui , seigneur, et Clovis vient de me l’accorder. CLODÉRIC.
Renonce à ton hymen.
SYAGRIUS
Qui l’ose commander ?
CLODÉRIC.
Tout un peuple indigné d’un choix qui l’humilie.
Un rival qui te hait , dont la voix te défie ;
Et dont le cimeterre , interprète des dieux ,
Te prouvera bientôt qui le méritait mieux.
SYAGRIUS
J'ai de mon sang souvent acheté la victoire ,
J’ai combattu dix ans pour Rome et pour ma gloire; La mort que vous cherchez n’y peut rien ajouter,
Et le prix entre nous n’est plus à disputer.
Mes droits n’ont pas besoin de cette horrible épreuve, Où l’adresse tient lieu de courage et de preuve. Associer les dieux à ces affreux combats,
C’est mêler leur justice à des assassinats.
3a CLOVIS,
Qu’un Vandale insulté , dans sa rage barbare ,
Du sang d’un citoyen et s’abreuve et se pare ;
Qu’il aille à son monarque impunément offrir Les armes d’un sujet qu’il vient de lui ravir ;
Rome que je servais , Rome qui dans la guerre Fut la gloire , l’exemple et l’effroi de la terre ,
D’un triomphe pareil méprisait les honneurs ,
Et laissait de tels jeux à ses gladiateurs.
L’intérêt de l’état , l’amour de la patrie ,
L’horreur de l’injustice et de la tyrannie,
Voilà de ses combats les motifs glorieux ;
L’aiguillon des héros , et la cause des dieux.
CLODÉRIC.
Prenez les mœurs d’un Franc , puisque vous allez l’être. Et pour digne de nous faites-vous reconnaître.
De ces pompeux discours l’imposante fierté Peut aussi d’un cœur vil couvrir la lâcheté.
Tout ce qui me déplaît , ou m’offense , ou me gêne , Tout rival qui me nuit est l’objet de ma haine.
Sa vue est un supplice , et mon cœur outragé Ne connaît de repos qu’après s’être vengé.
Jusqu’au pied des autels , résolu de vous suivre ,
J’y laverai ma honte ou cesserai de vivre.
SYÀGRIUS.
Mon bras sait prévenir un criminel dessein ;
Et qui plaint un rival punit un assassin.
1 CLODÉRIC.
Meurs donc , lâche , ou préviens ce rival qui t’abhorre.
S INOR IX, l'arrêtant.
Dans les mains de Clovis son glaive reste encore.