‹ Clovis, tragedie en cinq actes;Chapitre 31 sur 74 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

CLODÉRIC , CLOVIS,

CLOVIS

Et vous , dont les fureurs ont causé ces débats , Pensez- vous commander au sein de mes états?

Dois- je céder moi - même à votre violence ?

CLODÉRIC.

J'ai droit de châtier un captif qui m'offense, D’exécuter l’arrêt que les Francs ont porté.

CLOVIS

Un arrêt plus certain lui rend sa liberté.

CLODÉRIC.

A tous les rois des Francs sa mort fut annoncée. CLOVIS.

Leur haine pour le vaincre était moins empressée. CI.ODÉR IC.

Vos soldats alarmés demandent son trépas.

CLOV is.

Clovis ne reçoit point la loi de ses soldats.

CLODÉRIC.

Leur ôtez-vous les droits qu’honoraient vos ancêtres ? CLOVIS.

Je les respecte aussi •, mais ne veux point de maîtres. Que dans le champ de Mars, par les Francs assemblés, Nos communs intérêts soient connus et réglés :

Sur ma part du butin, la valeur d’un subside,

36 CLOVIS

Sur la guerre on la paix , que le peuple y décide.

Mais quand mon prisonnier trouve grâce à mes yeux , C’est mon droit , j’en dispose , et n’en réponds qu’aux dieux*

- CLODÉRIC.

Sa mort hier encor vous semblait nécessaire.

CLOVIS

Je crois sa vie utile et l’adopte pour frère.

Si par un tel hymen votre espoir est détruit,

Savais- je votre amour? m’en aviez - vous instruit?

Et qu’à vos vœux ma sœur se refuse ou se rende ,

A tous ces vils débats faut-il que je descende?

CLODÉRIC.

Non , seigneur, et mon brasn’allait point vous chercher Pour punir ce rival qu’on vient de m’arracher.

Quand j’appelle la mort sur sa tête proscrite,

Est-ce au nom de l’amour que ma voix vous excite? C’est au nom de l’état , des Francs et de leur rois ;

C'est l’ennemi des Francs , c’est le chef des Gaulois , C’est le ehet des Romains, leur comte , leur patrice r El non pas mon rival qu’on dévoue au supplice.

S’il est dans nos désirs quelque férocité ,

Rome en donna l’exemple ; il doit être imité.

Rome , qui dans ses jeux outrageait la nature f Jetait à ses lions nos princes pour pâture,

Pans ses cirques sanglans allait avec transport Applaudir de nos Francs l’agonie et la mort;

Et d’un chef de Romains que la guerre nous livre r Nous demandons en vain que Clovis nous délivre f Que dis - je ! à ses guerriers les vôtres sont soumis.

Pans vos conseils secrets ses pareils sont admis.

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