‹ Clovis, tragedie en cinq actes;Chapitre 32 sur 74 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Dans cette cour enfin où ce captif me brave,

On ne distingue plus le maître de l’esclave.

CLOVIS

Je m’en fais gloire , prince ; et , loin de m'insulter ,

Vos reproches enfin viennent de me flatter.

Clodion , Mérovée et Childéric mon père ,

S’ils avaient des Gaulois respecté la misère, Les-auraient tous comptés au rang de leurs sujet».

Je ne veux point comme eux rentrer dans les forêts.

Je veux d’antres destins que ces hordes sauvages Dont le Nord à grands flots infeste ces rivages.

Du sang des nations voyez-les s’abreuver;

Tout détruire en courant et ne rien élever ;

Venger Rome à son tour par leurs tristes querelles, S’envicr, se trahir, s’exterminer entr’elles ;

Et ne laisser enfin au monde épouvanté Que l’affreux souvenir de leur férocité.

Ces indignes lauriers sont -ils faits pour nos têtes ? Vaul^ il mieux dévaster que garder ses conquêtes ? Est-ce tout que d’aller au milieu des hasards Rompre des bataillons ou forcer des remparts?

Je n’ai pas un soldat qui n’ait cet avantage ;

Et du trône à ce prix je lui dois le partage.

Le glaive fait les rois , agrandit les états ;

Mais , s’il foude un empire , il ne l’afl'ermit pas.

CLODÉRIC.

Tous ces peuples courbés sous des chaînes nouvelles , Sont toujours mécontens et près d’être rebelles.

J1 faut s’en faire craindre.

CLOVIS

Il faut s’en faire aimer ,

3a CLOVIS,

Et leur cacher le fer qui les peut opprimer:

* Qu’à peine terrassés notre main les caresse;

* Où la force échoûrait, substituons l’adresse.

* Quelquefois à l’injure opposons des bienfaits.

* Plaignons surtout les maux que nous leur avons faits. * D’un air de liberté voilons leur dépendance ;

Pour les Francs , les Gaulois , n'ayons qu’une balance , Et qu’un même intérêt les unissant tous deux ,

, De deux peuples rivaux me. fasse un peuple heureux. Mais comment arriver à ce but où j’aspire,

Quand les premiers soutiens de ce nouvel empire , Ceux qu’a mis la naissance entre le peuple et moi , Semblent fiers d’inspirer et la haine et l’effroi ?

Ce qu’élèvent mes mains , les vôtres le détruisent.

De vos propres fureurs mes soldats s’autorisent ;

Votre indocile orgueil les instruit à briser Le frein sacré des lois qu’il faut leur imposer ,

Et la Gaule, ignorant le bien que je veux faire ,

Rejette sur leur roi les maux que je tolère.

CLODÉIUC.

Lorsque dans le tombeau mon père descendu M’aura transmis , seigneur, le sceptre qui m’est dû , J’en croirai les conseils de votre expérience,

Et prendrai de Clovis des leçons de prudence.

Mais jusqu’à ce moment , je veux en liberté IN’en croire que mon cœur et que ma volonté ,

-De ma gloire offensée écouter les murmures,

Et toujours par le glaive effacer mes injures.

« CLOVIS

Cédez partout ailleurs à vos eraportemens ;

Mais snr mes lois ici réglez vos senlimcns.

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