SYAGRIUS, CÉSAIRE
S Y AG R IUS.
Est-ce vous que j’embrasse? Et quel dieu tutélaire Remet Syagrius
CÉSAIRE
Es-tu fils de mon frère ? -
Sais-tu par quelles mains Egidius est mort?
SYAGRIUS
Pour être malheureux et trahi par le sort ,
Ai-je perdu , seigneur , mes droits à votre estime ?
Des rigueurs du destin me faites-vous un crime? Qn’un vulgaire frivole en ses opinions Juge en nous les effets et non les actions ;
Et chargeant un grand cœur des torts de la fortune , Préfère un crime heureux à la noble infortune ;
Mais vous , Césaire , vous , insulter à mes fers ! Contemplez mes combats et non pas mes revers.
CÉSAIRE
Oui , mon fils , de ce nom permets que je te nomme. Je connais ta vaillance et ton amour pour Rome.
Mais c’est peu qu’en héros mon fils ait combattu $
Le malheur est souvent l’écueil de la vertu.
Ne sens-tu rien en toi qui répugne à ta gloire? Parle-moi sans détour , je suis prêt à te croire.
SYAGRIUS
Vous nous quittiez , seigneur , quand les Francs révoltés , Des moeurs de Childéric justement irrités ,
6 CLOVIS
Rejetant de leur sein un monarque adultère ,
Sur le pavois royal élevèrent mon père.
Mais vous n’ignorez pas qu’Egidius trompé Descendit en mourant de ce trône usurpé.
Fier et digne du sang qui coule dans mes veines , J’assemblai les débris des légions romaines ,
Et Clovis , dans ces murs me venant insulter , J’acceptai le combat qu’il me fit présenter.
La victoire entre nous fut long-temps suspendue ; Mais enfin dans nos rangs il s’ouvrit une issue ;
Y porta le désordre , et la mort , et l’effroi.
J’y fus percé de coups et sauvé malgré moi.
Je crus chez Alaric trouver une retraite Et forcer ce monarque à venger ma défaite ;
Mais, au seul nom des Francs, Alaric alarmé,
Me vendit à leui roi qui m’avait réclamé.
Le ciel voulut alors, soit faveur, soit disgrâce,
Qu’au moment où mes yeux revirent cette place , Clovis, loin de la Gaule , eût cherché les combats : Eudomire , ea son nom , gouvernait ses états. Pardonnez les aveux qu’il me reste à vous faire.
Un malheureux s’attache à qui plaint sa misère. - J’étais jeune , captif, sans secours, sans espoir, Quitte envers les Romains , quitte envers mon devoir. Je trouvai des égards, des soins , de la clémence j Et cédai , sans rougir à ma reconnaissance.
J’aime , je suis aimé , j’en fais tout mon bonheur ;
Et la sœur de Clovis dispose de mon cœur.
CKSA1RE.
Toi , prendre chez les Francs une épouse et des maîtres ! Le fils d’Egidius, celui dont les ancêtres Deux fois du consulat ont reçu les honneurs !