‹ Clovis, tragedie en cinq actes;Chapitre 4 sur 74 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Et siéger tra Hérule au palais des Césars ,

Je fuis vers l'Orient , que menaçaient encore Ces mêmes étrangers, ces vainqueurs que j’abhorre. Les deux Théodorîcs , unissant leurs exploits ,

Sous les murs byzantins osaient dicter des lois.

Du timide Zénon j’éveille l’indolence ;

De ces rois insolens je romps l’intelligence.

L’un me défait de l’autre, et , trompant le vainqueur Du trône d’Occidcnt je flatte sa valeur.

Le fier Théodoric s'élance en Italie.

Odoacre vaincu perd le trône et la vie ;

Et son rival dans Rome est à peine affermi ,

Que je viens de Clovis lui faire un ennemi.

StNORIX.

Clovis , depuis trois mois , absent de nos rivages , Au fond de la Thuringe a porté ses ravages.

CÉSAIRE

J’ai tout appris, seigneur, en touchant ces états.

J’ai su que dans vos murs ayant peu de soldats , Eudomire , sa sœur, régnait en son absence ;

Que le peuple à regret supportait leur puissance ; Et que Syagrius, dans ce palais captif,

Inspirait aux Gaulois l’intérêt le plus vif.

Ces bruits inattendus changeant ma politique,

C’est à perdre les Francs que ma haine s’applique. J’ai déjà rallié quelques-uns des partis ,

Que soustrait la licence aux armes de Clovis , Vieux Romains déserteurs des légions soumises,

Et fiers de soutenir mes justes entreprises.

Dix milles conjurés, de ces partis accrus ,

Sous vos murs aujourd’hui doivent être rendus. Faites choix à l’instant d’une troupe fidèle ,

4 CLOVIS

Confiez mes desseins , mon espoir à son zèle.

Que, cette nuit, les Francs dans ces lieux demeurés , Soient tous dans leur sommeil surpris et massacrés.

Du feu de la révolte embrasons nos campagnes.

Que le signal en flotte au sommet des montagnes.

Que Romains et Gaulois viennent de toutes parts S’unir aux conjurés maîtres de ces remparts.

Marchons contre Clovis , fermons-lui nos frontières. Les Gaulois, que la peur retient sous ses bannières, Voleront dans nos bras et combattront pour nous. Exterminons les Francs sous nos terribles coups.

Par nos premiers succès entraînons les timides. Tournons vers l’Apennin nos phalanges rapides. Chassons Théodoric ; et sur le Mont Sacré Relevons des Romains l’étendard révéré.

SINORIX.

Je marche aveuglément où Césaire m’appelle;

Mais vous comptez en vain qu’à son devoir fidèle Le fils d’Egidius seconde nos desseins.

Il n’est plus pour son cœur ni Gaulois , ni Romains.

Il ne voit qu’Eudomire , et séduit par ses charmes....

CÉSAIRE

Qu’entends-je ! Pour lui seul la Gaule a pris les armes. S’il ne marche avec nous , j’ai perdu mes efforts.

Voilà , cher Sinorix, le fruit de nos discords.

On s’arme pour un homme et non pour la patrie ! Espérons cependant; et par mon industrie,

'Par son respect pour moi , cherchons à l’attirer....

SINORIX.

Le voici , je vous laisse , et vais tout préparer.

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