SV A G R I US
Eh ! que puis-je , seigneur , captif et désarmé ,
Au fond de ce palais par Clovis enfermé,
Quand les Gaulois vaincus l’ont reconnu pour maître ?
CÉS AIRE
Ils abhorrent les Francs , et te l’ont fait connaître.
SYAGRIUS
Oui , quelques mçcontens toujours prêts à changer.
Je les cherchais en vain au moment du danger Ces esprits inconstans que tout frein importune;
Qui se font une loi de n’en souffrir aucune.
Ils appelaient Clovis ; il leur pèse aujourd'hui.
Ils se plaignent de Rome , ils se plaignent de lui.
On fait , dès qu’on est roi , des ingrats et des traîtres ; Et le bonheur du peuple est d’accuser ses maîtres.
CÉS AIRE
Non c’est un peuple entier qui, loin d’être abattu, Sous le joug du Sicambre a gardé sa vertu.
Du Sicambre dix fois il se vit la conquête.
Dix fois après l’orage il releva sa tète ,
Et rendit aux forêts un vainqueur abhorré.
Le sceptre de Clovis n’est pas mieux assuré.
J’ai vu tous les Gaulois courir sur mon passage ,
8 CLOVIS
A l’aspect d’un Romain rougir de l’esclavage, S’alarmer pour tes jours, condamner ton repos j Demander à grands cris leur chef et leurs drapeaux. Enfin , de ton aveu ma promesse les flatte ;
Et c’est même eu ton nom que la révolte éclate.
SYAGRIUS
En mon nom ! quoi ! seigneur, et sans me consulter ï
CÉSAIRE
Césaire en le faisant aurait cru t’insulter.
SYAGRIUS
Rome n’est plus , seigneur , et n’a point à Byzance Légué ses faibles droits à mon obéissance.
CÉSAIRE
La Gaule est ton pays , et c’est lui que tu sers.
SYAGRIUS
Respectez son repos.
CÉSAIRE
Je veux briser ses fers.
SYAGRIUS
Eh ! depuis cinq cents ans la Gaule est-elle libre ? Esclaves malheureux des despotes du Tibre ,
Du jour où les Romains ont paru sur ces bords,
Nous prodiguons pour eux du sang et des trésors.
Le vainqueur nous traîna dans les champs de Pharsale. Il affermit par nous sa puissance fatale ;
Et nous légua , pour prix de nos soumissions ,
Et la guerre civile et les proscriptions.
Vingt tyrans sont venus dans nos sanglantes plaines, Se disputer l’empire et nous forger des chaînes j Des soldats sans valeur par l’intrigue élevés