‹ Cluny, la ville & l'abbayeChapitre 6 sur 23 · L'ÉGLISE NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE NOTRE-DAME

L'église Notre-Dame est à peu près au centre de la ville. On l'appelait Notre-Dame-des-Panueaux, parce qu'elle renfermait l'étalon de la mesure de ce nom, autrefois employée à Cluny dans le commerce des grains. C'est aussi dans cette église que se réunissaient les assemblées générales de la ville.

Notre-Dame, fondée par saint Hugues^ à la fin du XP siècle, a été rebâtie dans la seconde moitié du XIIP siècle, et de romane est devenue gothique. Son clocher, au moins pour certaines parties, paraît être resté ce qu'il était primitivement. Il est carré, assez lourd en dépit du campanile qui le surmonte, et peu en harmonie avec l'église dont il fait partie. On pourrait d'ailleurs reconnaître, dans l'église elle-même, des traces

* Le presbylère était en face du puits : il a été démoli, et une partie de ses matériaux a servi à bâtir une maison nouvelle sur le même emplacement.

de la première construction. Grâce à une très heureuse restauration, le badigeon, qui déshonorait les murs et les colonnes, a disparu, et l'on distingue aujourd'hui deux appareils différents, c'est- cà-dire des différences assez marquées, par places, dans la disposition et la dimension des pierres du mur d'enceinte. En outre, les colonnes engagées, qui supportent les arcs-doubleaux * des collatéraux, semblent plus anciennes que les piliers de la grande nef. Leurs bases sont, dans le colhitéral du nord, plus élevées que celles de ces piliers ; elles sont carrées et leurs angles saillants présentent des griffes ou pattes telles qu'on les rencontre dans les monuments du XP et du XIP siècle. A partir de la moitié du XIIP siècle, ces angles saillants disparaissent, les plinthes deviennent alors cylindriques ou octogonales, et c'est ce que nous observons pour les piliers du milieu. Ce détail seul nous permettrait de fixer à la seconde moitié du XIIP siècle la reconstruction de Notre-Dame. Enfin, le reste le plus important de l'église primitive, serait cette belle porte romane, aujourd'hui murée, que l'on voit au nord de cette église.

L'intérieur de Notre-Dame est à trois nefs. Les voûtes portent sur quatorze piliers, renforcés de quatre colonnes cantonnées et composées de tambours de pierre en plusieurs pièces. Deux colonnes supportent, de chaque côté, les archivoltes à cinq nervures de la grande nef; la troi-

* L'arc-doiibleau est l'arc (jui, parlant d'une pile à l'anlre, dans les

édifices voùlés, forme comme un nerf saillant sons ^ c f

les berceaux ou sépare deux voûtes d'arétes. Nous donnons ici le plan d'une voûte d'arête, afin de désigner par leur nom les différents arcs qui la composent. Soit E F, G H, les deux murs ; A B, C D, sont les arcsdoubleaux; A U, (i I», les arcs-ogives ou nervures; A C, B 1), les arcs-formerels.

(Viollet-le-Duc, t. p. 5i.)

sièine sert d'appui aux arcs-doubleaux des collatéraux, et la quatrième, tournée vers la grande nef, soutient un faisceau deirois longues colonnettes qui s'élèvent jusqu'à la haute voûte. Entre ces colonnettes et le mur extérieur de la grande nef, circule, tout autour de Téglise, une galerie, à la hauteur de la voûte des bas côtés.

Les chapiteaux de ces piliers sont profondément fouillés et ornés de feuilles entablées, c'est-à-dire disposées les unes à coté des autres, sur deux ou trois rangs, et recourbées en dehors. La flore des chapiteaux romans, qui sont dans les collatéraux, est très différente : ici encore se distingueraient assez nettement les deux églises, pour ainsi dire, celle du XIIF siècle, et celle, ou du moins ce qui resterait de celle du XI"^.

Les clefs de voûte dans les trois nefs sont sculptées, et on a eu rheurense idée de les repeindre, avec une partie des nervures, comme elles l'étaient à l'origine. Les clefs des deux premières travées, près de la porte d'entrée, sont les plus reraarqual)les : elles représentent la première un ange pourvu de quatre ailes, sans doute saint Michel; l'autre le Pèr(^ Eternel, soutenu sur des nuages, par quatre anges, qui semblent à peine suffire à leur tâche. Les autres clefs sont ornées de fleurs et de feuilles.

Le transsept off're aussi, au point d'appui des nervures, à gauche de l'autel, une singulière figure, dont les traits s'épanouissent en feuillage, (^'était, peut-être^ ainsi que la tète à trois visages, qui se voit, en avant du transsept, à la base d'un arc-ogive, le symbole de quelque vice.

De petites fenêtres ogivales éclairent faiblement les

* .\os suppositions sur la consoi'vatiou de quelques parties de l'ancienne église peuvent être contestées : nous les maintenons cependant, en faisant remarquer que ce sont de simples conjectures fondées sur des observations toutes personnelles.

collatéraux^ tandis que de larges fenêtres, composées d'une colonnette centrale, de deux arcs et d'un œil indépendant, répandent une grande clarté, sous la voûte la plus élevée. Les vitraux sont modernes. L'abside est éclairée par trois grandes fenêtres gothiques. L'étage de soubassement du clocher forme lanterne au-dessus du transsept, comme ceux des tours centrales des églises normandes, des églises du Rhin, et celui de la cathédrale de Laon. Enfin la façade principale de l'église et les deux extrémités du transsept sont ornées de belles roses, formées, les dernières, de colonnettes, disposées comme les rayons d'une roue, qui supportent de petites arcades cintrées en dedans et autour de la circonférence.

Il y avait autrefois, à Notre-Dame, un jubé d'une grande légèreté et d'un travail achevé, qui devait ajouter beaucoup à la beauté de cette église. On l'a supprimé depuis la révolution, et aujourd'hui le maitreautel placé tout-à-fait au fond du chœur, trop loin du transsept, fait paraître la grande nef trop longue et trop étroite.

Notre-Dame, avant la révolution, était une collégiale, à laquelle étaient attachés huit prêtres sociétaires ; il y avait des autels particuliers, adossés de cliaque côté aux quatre piliers qui précèdent le chœur. 11 ne reste aujourd'hui que le maître-autel et les deux chapelles qui terminent les collatéraux.

Le transsept est revêtu de belles boiseries, qui ont pu être préservées en 1793, avec une partie des stalles"^, et qui portent la date de 1644. La chaire paraît être de la même époque. La tribune de l'orgue, prise à l'église abbatiale, s'appuie de chaque côté sur la galerie, dont

* Une autre partie de ces slalles se trouve à l'église de Saint- Maurice, à Vienne, en Dauphiné.

nous avons parlé, et communique avec deux escaliers à vis. enfermés dans l'épaisseur de la façade principale.

Cette église était précédée d'un beau porche, dont l'étendue se mesure encore au dallage qu'il recouvrait ; il a été démoli en 1786, au grand détriment de la façade qui a été mutilée elle-même, pendant la Révolution : ses niches sont restées vides ; les sculptures et les statuettes de l'archivolte ont été brisées ; leurs débris, les délicieux détails qui ont survécu^ font regretter ce qui a disparu. Les deux petites figures, placées sous le tympan, qui représentent deux docteurs, dont Tun, à droite, reçoit l'inspiration d'en haut, et dont l'autre se confie aux lumières naturelles, sont assez expressives : ce sont malheureusement les seules qui soient restées intactes.

Une autre porte, au midi, dont l'arceau intérieur est roman et qui est gothique à l'extérieur, était orné d'une statue de la Vierge, au dessous de l'arc trilobé qui décore le tympan. On y voit encore quelques traces de peinture, et sur l'arc trilobé on peut encore lire une inscription, une sorte de pieux logogriplie, comme c'était assez l'usage au moyen-àge :

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