‹ Cluny, la ville & l'abbayeChapitre 5 sur 23 · LES ÉGLISES PAROISSIALES · texte numérisé non relu

LES ÉGLISES PAROISSIALES

SAINT-MAYEUL

es remparts renfermaient trois paroisses. Celle de Saint-Majeul était la plus ancienne . L'église Saint-Mayeiil^ appelée d'abord église Saint-Jean-Baptiste^ dédiée plus tard au IV abbé de Clunj, est aujourd'hui presque entièrement démolie; mais ses ruines placées sur la colline où s'élevèrent les premières maisons de la ville, offrent encore un certain intérêt. Cette église n'avait d'abord qu'une seule nef lambrissée et surmontée d'un clocher roman. Il ne reste de cette première construction que le mur latéral qui la bornait au midi. L'appareil de ce mur^ qui date du XP et peut-être du siècle, mérite d'être remarqué : les pierres qui le composent sont en effet disposées en épi ou en arête de hareng, c'est-à-dire qu'elles sont inclinées alternativement à chaque rangée en sens contraire. C'est un exemple devenu aujourd'hui fort rare de Vopiis spicatum des anciens.

Ce vieux mur, sur lequel on voit encore quelques traces de peinture, est percé d'une fenêtre romane^ dont Tem-

brasure s'élargit du dehors au dedans afin de faciliter rintroduction de la lumière.

On avait depuis ajouté à cette église deux chapelles latérales, toutes les deux au midi. La première, qui a disparu, était consacrée au patron de la paroisse ; Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui avait été baptisé à Saint- Mayeul, avait fait construire la seconde au XV^ siècle. Elle était plus près du chœur et placée sous le vocable de Notre-l)ame-du-Scapulaire. Les voûtes de deux travées sont encore visibles : elles sont en style gothique, et portent au point d'intersection des arcs-ogives, sur un écusson en relief, les armes attribuées à saint Mayeul. Cette chapelle communiquait avec l'église proprement dite par une i)orte ogivale aujourd'hui murée. Vu de ses vitraux, conservé jusqu'en 171)7, représentait Jean Germain à genoux devant sa mère qui gardait les pourceaux, et à laquelle il offrait un chaperon rouge. Ce .lean Germain, évèque de Ne vers, et plus tard de Chalonsur-Saône, chevalier de la Toison-d'Or et ambassadeur de Philippe le Bon au concile de Bàle, était le fils d'un })auvre artisan de la paroisse de Saint-Mayeul : c'est, aprè^s Prud'hon, le plus illustre des enfants de Cluny.

Kii KKi'i, l'évèque de Màcon, Drogon, « homme sim])lp et cruement bon », suivant l'expi'ession de Saint-Julien-de- Baleure, avait vainement tenté d'entrer dans cette église à la tète d'iiommes armés. La résistance qu'il rencontra l'empèclia vie créer un précédent, (ju'il aurait plus tai'd invoqué pour mettre sous sa juridiction spirituelle le territoinMle Cluny. Cluny ne relevait (jue du pape. Jus(ju'au XVIIP siècle, cette indépendance fut souvent attaquée ; les évèques de Màcon eurent enfin gain de cause en 1744. Une décision du conseil d'Etat sulfit alors pour terminer ce débat qui avait duré sept siècles*.

' Voir Loraiii, édit., }). ^61, cl M. Cliavol, loco cit. page 115.

Le cimetière de la paroisse s'étendait autour de l'église, au midi et au couchant: il servait aussi à la sépulture des domestiques de l'Abbaye. On voit enfin dans la Bibliotheca Gluniacensis (col. 1597) que si la porte du couvent ne s'ouvrait pas^ quand ils avaient frappé trois coups, les moines attardés devaient aller passer la nuit chez le curé'*' de Saint- Mayeul, sous peine d'excommunication.

La démolition de l'église commença le 2 avril 1798. Une bande révolutionnaire en avait détruit déjà, le 28 novembre 1793, les ornements et le mobilier.

Page 1