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la tête; il n’est pas encore bien guéri de sa blessure et vous avez pu le voir défaillir à laudience. Est-ce le coup de fusil des Crettiez qui lui vaut d’être ici ?
Parlerai-je de ce brave Sonnerat, tout étonné de ce qu'il voit et entend, et qui a ri de si bon cœur pendant les dépositions des témoins, et qui semble ici comme au spectacle. Quel fut son crime, à celui-là ? Et quel fut celui de Chevret dont pas un témoin n'a pu affirmer la participation effective aux actes de pillage ou d'incendie P
Oserez-vous dire de ces hommes qu’ils sont des malfaiteurs et qu'ils méritent une condamnation ? À Cluses, où on les connaît bien, ils ont toujours passé pour des gens paisibles et inoffensifs. Tout à l’heure j’ai entendu, avec tristesse, insinuer contre eux que certains objets avaient disparu de l'usine. Je proteste là contre. |
Non, il n’y a pas eu vol pendant la scène de dévastation de Pusine. Si répréhensible qu’elle puisse être, la foule qui y a pris part agissait sous lempire de passions violentes, mais qui sont restées pures de toute arrière-pensée vile. Quoiqu’on puisse dire des actes qu’elle a commis, ils gardent quand même une certaine beauté tragique ; on peut les condamner, on n'a pas le droit de les salir. |
Messieurs les Jurés, je crois être sûr à l’avance de votre justice. Trois solutions vous sont proposées. L’accusation vous demande de solidariser tous les accusés dans un verdict de condamnation ; la défense des Crettiez vous a supplié de les unir dans un même acquittement,
Moi je vous dis : votre conscience ne peut ni condamner ces ouvriers qui sont des victimes, ni acquitter ces patrons qui sont des meurtriers. Et je vous dis cela avec tristesse, avec pitié. Oui, je suis plein de commisération pour ces quatre malheureux. ÎIs furent seulement le bras qui exécute; leur responsabilité s'en trouve beaucoup atténuée. La peine que vous prononcerez contre eux, je la voudrais réduite au minimum, et si je la réclame c’est uniquement pour des raisons d’ordre social que vous ne pouvez pas méconnaitre.
Des patrons comme les Crettiez, voyez-vous, sont les pires obstacles à l’évolution du progrès. Ce sont des hommes de haine
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et de guerre civile. Acquittez-les et vous verrez combien suscitera de désastres dans ce pays la contagion de leur exemple. L’écho des fusillades à travers les grèves irait bientôt troubler la paix de vos campagnes, éveiller le remords dans vos consciences.
Non, non, vous ne pouvez pas faire cela. Vous apporterez tout à l’heure le verdict de raison, de fermeté et de justice réfléchie ; le verdict de réparation et de paix sociale que le pays attend de vous.
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L'Emancipatrice, rue de Pondichéry, 3, Paris. — 8306-1-5.
L Vi S JF { REVUE BIMENSUELLE INTERNATIONALE (64 PAGES)
Paraissant le 5 et le 20 de chaque mois
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